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LES NONNES HOSPITALIÈRES

des reflets entremêlent leurs ardeurs et font entrevoir les formes sans les faire ressortir; c’est tout au plus si se dessine un coin de la table semblant transpercer la toile, une tête parlante, une jambe dont le relief s’accuse sous la table. Le tableau provient de la vieille église des Augustins à Anvers; les archives de l’ancien couvent qui auraient pu nous éclairer sur l’origine de cette œuvre sont perdues; mais nous sommes certain que Jordaens la peignit durant ses dernières années, à l’époque où il recourait fréquemment à ses teintes cuivrées et où il affectionnait plus que jamais les éclairages audacieux. Reynolds qui eut l’occasion de voir le tableau à sa place primitive dans l’église des Augustins, en admira quelques excellentes têtes dans la manière de Rubens.

Dans la vente Aarnout de Lange (Amsterdam, 1883) figura Le Christ à table avec ses disciples, un dessin à la plume lavé de bistre.

Dans le bas-côté de droite de l’église des Augustins où était accrochée la Cène, Reynolds remarqua un autre tableau de Jordaens: le Christ en prière dans le Jardin des Oliviers. Quelques années auparavant Descamps avait vu le même tableau (1) dont il dit: „Notre- Seigneur semble s’évanouir dans les bras d’un ange à la vue des instruments de la passion que des anges lui présentent; au bas sont les disciples endormis”. Il appelle ce tableau un bon morceau, bien composé, bien peint et d’un effet piquant. Il semble avoir été un pendant de la Cène et une œuvre de bien moins haute valeur que celle-ci. Chose curieuse elle n’est pas renseignée parmi les tableaux enlevés par les commissaires de la République française, alors que la Cène figure sur leur liste. Le tableau fut acheté à Anvers en 1809 par Mr Lechanteur, Commissaire de la Marine sous l’empire, et donné à l’église Sainte- Catherine à Honfleur en même temps qu’un Portement de la Croix provenant de la même église.

Les nonnes hospitalières. — Le deuxième tableau de la dernière époque de Jordaens, que possède le Musée d’Anvers s’intitule les Sœurs hospitalières et représente une scène des infirmeries de l’hôpital Sainte-Elisabeth d’Anvers, pour lequel il fut peint d’ailleurs. Dans les archives pourtant bien conservées des Hôpitaux et Hospices Anversois, comprenant aussi les documents se rapportant à l’ancien hôpital, malheureusement aucune mention n’est faite de cette importante toile rappelant probablement les bienfaiteurs et administrateurs dudit établissement.

La scène sa passe dans une salle dont le fond est tendu d’une draperie rouge à laquelle est adossé un fauteuil. Dans ce fauteuil est assise une nonne en robe noire et en guimpe blanche, sans doute la supérieure. Devant elle sur une table est posé une grande soupière en cuivre dont elle va distribuer le contenu. A côté d’elle à gauche une religieuse tout en blanc, tenant deux pains dans ses mains; à droite une autre sœur également en blanc, qui soutient une malade; plus à droite une autre encore qui donne à boire à une mère malade étendue par terre et pâle comme une morte. A gauche une cinquième nonne, tenant une chemise pardessus les épaules d’un malade. Devant la table un groupe attend la pitance qu’on va lui servir; à terre se groupent cinq patients et un enfant mort, sur le devant un homme mort ou à l’agonie et deux mères, chacune avec un enfant, qui implorent la compassion des religieuses. Dans une pièce latérale on voit une religieuse au chevet d’un malade. Plus à gauche, au fond, un cavalier et une dame distribuent des aumônes à trois pauvres; à droite un ecclésiastique: les trois derniers personnages sont incontestablement deux des donateurs et l’aumônier de l’établissement. Derrière ces personnages on

(I) Reynolds, Voyage, II, 283. — Descamps, Voyage pittoresque, p. 173.

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