‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 103 sur 142 · VANITAS · texte numérisé non relu

VANITAS

et or comme une chasuble de prêtre; l’autre présente une sombre et vieille tête de Juif et tient le corps par les jambes. Tous deux se penchent en avant et président attentivement à la besogne. Deux ouvriers, le torse nu, se trouvent du côté de la tête dans le sépulcre; le premier se tient ventre à terre, l’autre n’est vu que jusqu’à la ceinture, ses jambes plongeant dans le tombeau. Jean accroupi entre eux leur donne un coup de main. A l’arrièreplan est Marie éplorée, et Madeleine, un pot d’aromates dans une main, essuie ses larmes de l’autre main, deux autres femmes affligées sont près d’elle.

Le tableau est peint dans un ton sombre. Le corps du Christ et le linceul sur lesquels la lumière se projette le plus vivement, ressortent en pleine vigueur.

Les lourdes ombres sont répandues sur le mort et revêtent la toile d’une teinte plombée. Marie et Madeleine sont illuminées plus faiblement; les autres figures sont dans la pénombre. La scène est assez grossièrement conçue; la façon dont les manœuvres disposent du corps est presque révoltante.

L’exécution aussi est brutale, mais la peinture est large. Joseph d’Arimathie et l’ouvrier à gauche sont des figures brossées à l’emportepièce. En somme le tout représente une scène bien rendue de douleur et de détresse, conçue d’une façon réaliste, habilement exécutée. Ce tableau fut peint pour l’abbaye Pierre Pot à Anvers. Le Rijksmuseum d’Amsterdam possède un dessin à la craie rouge et noire, de la même composition.

Vanitas. — Au Musée de Bruxelles se trouve un tableau qui doit dater de la même époque,

Vanitas (Les Vanités terrestres).

Quantité d’objets précieux sont répandus sur une table et symbolisent la richesse; un superbe plat d’argent, de la vaiselle précieuse. D’autres objets représentant les jouissances de la vie, le pouvoir, le prestige, la gloire, autant de privilèges que le mort réduit à néant; des instruments de musique, des livres, des fleurs, des fruits, des armures, un casque empanaché, un globe terrestre, le tout surmonté par un canard logé dans une tête de mort. Ce dernier détail résume le tableau par une sorte de rébus: de dood in ’t end (La mort à la fin de tout), jeu de mots intraduisible en français et dans lequel le peintre moraliste a tiré parti de l’homonymie des mots end (fin) et eend (canard). 11 en résulte le double sens: la mort dans le canard et la mort à la

LE CHRIST DESCENDU DE LA CROIX (Eglise du Béguinage, Anvers).

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