LE CHRIST EN CROIX — L’ASSOMPTION DE LA VIERGE
l’église et l’obscurité du tableau prêtait aux figures une confusion fantastique. A mesure que la lumière du soleil devenait plus forte la vie anima les parties claires, l’or et l’argent étincelèrent dans les taches lumineuses; un éclat d’apothéose se mit à rayonner dans les ténèbres et peu à peu le combat entre la lumière et le brun devint un chant dramatique pour finir en un hymne célébrant le triomphe de la lumière. Les draperies de Marie, Jean et Madeleine devinrent plus moelleuses et plus caressantes, la tête du cheval blanc, la draperie d’or du centurion prirent plus de souplesse ; là-haut seulement continuèrent à régner la douleur et la nuit; les tortures du Dieu magnanime jusqu’à l’holocauste et des deux sinistres larrons martyrisés saturaient les ténèbres de leurs affres et de leurs convulsions suprêmes. L’impression était devenue formidable et je compris que Jordaens avait tout mis en œuvre pour arriver à cet effet voulu et qu’il y était parvenu; qu’il avait sacrifié la beauté des formes, la séduction de la couleur et de la lumière pour interpréter exclusivement le conflit mystérieux entre la clarté et les ténèbres de manière à rendre encore la souffrance du Sauveur et les remords de ses compagnons avec une plus crispante intensité au milieu du deuil et des déchirements de la nature.
Il est certain que ce tableau fut peint vers 1670 et qu’il représente un des ouvrages les plus considérables des dernières années de l’artiste.
Le Christ en Croix. Tournai. — De la même époque date un autre Christ en Croix, mais d’une bien moindre valeur artistique; celui de la cathédrale de Tournai. Ici de nouveau les bras du Christ s’étirent presque perpendiculairement. Marie-Madeleine agenouillée, embrasse le pied de la croix. Le soldat romain tend l’éponge imbibée de fiel au bout de sa lance. Marie, Jean, trois centurions dont l’un sur un cheval blanc, un homme et une femme avec son enfant sont groupés à côté de la croix. La tableau assez sombre en luimême est placé, de plus, dans une chapelle obscure. Les ombres sont noires, le soldat à la lance est peint en ocre brune. La Vierge en bleu et Jean en rouge sont mats et sourds ; l’attitude de Madeleine, vêtue de jaune, est d’un goût douteux. Çà et là des taches de lumière émergent de ce marais de ténèbres mais ces lueurs sont impuissantes à communiquer quelque vie, quelque attrait à cette scène ténébreuse dans laquelle la main de Jordaens n’est sans doute que pour bien peu de chose.
L’assomption de la Vierge. — Deux tableaux appartenant à l’Administration des établissements de bienfaisance de la ville d’Anvers, doivent être rangés parmi les tout derniers de notre peintre. Le premier est une Assomption de la Vierge, appartenant à l’Ecole Teirninckx, le second une Pieta, propriété de l’administration des Hospices et qui se trouve à l’orphelinat des filles.
Dans le premier tableau la Vierge, les mains levées, monte au ciel. Sur sa robe blanche elle porte une draperie bleue; autour d’elle voltigent des angelets; au-dessus de sa tête rayonne une gloire éblouissante. En bas s’ouvre le tombeau vide devant lequel s’agenouillent trois femmes; deux d’entre elles en ont retiré des fleurs qu’elles montrent aux apôtres. L’un de ceux-ci regarde dans la tombe derrière laquelle il est placé; il se penche tellement pardessus le bord du sépulcre qu’il montre le dos et le derrière de la tête. Les onze autres apôtres sont rangés autour du tombeau; la plupart contemplent la caverne béante; un seul suit des yeux l’assomption de la Vierge.
Au milieu le tableau est très sombre, dans le haut des taches de lumière sont projetées sur la Vierge et sur les angelets; des clartés baignent aussi les femmes en robes blanche