LA PI ETA
jaune ou bleue. La lumière scintille aussi sur quelques tètes d’apôtres. Mais la tonalité sombre l’emporte dans les ombres rousses et dans un éclairage si gris que les figures ne parviennent à y transparaître qu’à moitié. Les chairs ont des teintes rissolées sur lesquelles les ombres jettent des touches de rouille. Çà et là font saillie un front, un crâne, un cou ou un bras, mais le tout représente un puits de ténèbres avec à peine quelques lueurs çà et là.
C’est évidemment une œuvre d’après 1670. Jordaens étudia l’effet de la lumière farouche dans la profusion des ténèbres. Les figures sont plutôt ébauchées que dessinées; les draperies sont trop serrées ou ne présentent que des plis étroits; aucune richesse de couleur ou de lumière; l’étude des figures est devenue l’accessoire; pour séduire l’artiste il n’y a plus que le scintillement mystérieux d’un feu qui couve; la brusque irruption d’une chaude lumière, la radiation d’une demi-clarté. Nous constatons chez Jordaens la même déformation de la manière comme chez Frans Hais. Celui-ci témoigna aussi dans les dernières années de sa vie d’une prédilection outrée pour les ombres opaques et noires comme le charbon.
Ce tableau, ainsi que tous les autres de l’établissement, fut donné par le fondateur, le
vénérable Teirninckx. A l’origine il décorait l’autel de la chapelle. On le conserve aujourd’hui dans le salle des peintures.
C’est la seule Assomption que nous connaissions de Jordaens. 11 a certainement dû en peintre d’autres. L’une figura dans la vente P. J. van Rijmenam (Malines, 1838), une autre dans la vente Simon (Bruxelles, 1852). Parthey signale une esquisse dans la collection Bartels à Berlin. Un dessin du même sujet se trouve encore au château de Chantilly; d’autres dessins parurent dans les ventes Jacob De Wit (Amsterdam, 1755) et Daniel De Jonghe (Rotterdam, 1810). Au début de sa carrière Jordaens avait peint en collaboration avec Snellinckx une Assomption avec deux anges. Le tableau est mentionné dans l’inventaire de la veuve Jan van Haecht à Anvers, dressé les 5-7 juillet 1627. (1)
La Pieta. — La Pieta de la maison des Orphelines qui se trouvait à la vente mortuaire
du peintre doit donc aussi être considérée comme ayant été peinte à la fin de sa vie; d’ailleurs toute la manière nous en dit l’époque. Le Sauveur, détaché de la croix, s’allonge sur le sol, la tête sur les genoux de Marie. Son corps est vilainement enflé, ses jambes sont recouvertes d’un drap blanc que soulève un des disciples. Avarie porte en pleurant la main gauche à son visage; Jean, vêtu de rouge, est agenouillé aux pieds du Christ, il étreint le mort et aide à soulever le linceul. Derrière Marie une vieille femme tient un cierge à la main, une jeune femme une petite corbeille. Un vieillard vêtu d’une robe écarlate s’appuie à une échelle appliquée contre la croix. Derrière Jean deux femmes dont l’une tient un vaisseau de cuivre. A l’avant-plan une aiguière et un bassin de cuivre; au fond des rochers. Le soir est tombé et le soleil couchant a laissé une ardeur orange dans le ciel. La peinture est opaque et sombre avec des ombres gris foncé et de vifs effets de couleur sur le suaire, sur la robe rouge de Jean et le corsage blanc de la jeune femme à gauche.
Jordaens légua ce tableau à l’Orphelinat des Filles. Dans les archives de l’établissement appartenant actuellement au Bureau des Hospices qui y a son siège, on lit: „27 septembre ,,1679 du sieur Weerts, conseiller à La Haye, 25 livres de Flandre, en guise d’aumône de „la part de son beau-père Sr. Jacq. Jordaens outre la donation des tableaux suivants. . fl. 150. —
„d°. du conseiller Weerts précité un autre tableau fait par le susdit Jacques Jordaens, „une descente de la croix de la grandeur d’un grand tableau de cheminée qu’il consacre
(1) F. JOS. VAN DEN BRANDEN, Verzamelingen van schildertjen te Antwerpen. (Antwerpsch Archievenblad, XXI. 326).