‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 109 sur 142 · LES DERNIERS JOURS · texte numérisé non relu

LES DERNIERS JOURS

Le second portrait, s’il n’appartient pas aux tout derniers est certes de la dernière manière et compte parmi les meilleurs de Jordaens. Il se trouve au Musée de Buda-Pesth et représente un vieillard assis dans un fauteuil rouge; une main posée sur le dossier. Le personnage est complètement vêtu de noir; seuls le col et les manchettes tranchent par leur blancheur sur le costume sombre. Le bas de sa longue chevelure est frisé; le haut du crâne est dépouillé; il porte la moustache et la virgule. 11 a l’air abattu et mortifié, un peu farouche. La peinture est superbe; ferme à souhait, sans dureté; la lumière est douce, sans mollesse, les ombres sont transparentes, le ton d’une souveraine finesse.

Les derniers jours. — Jordaens travailla jusqu’à la fin de ses jours, mais comme

nous l’avons dit, nous ne connaissons que quelques-unes de ses dernières productions. 11 y a lieu de supposer qu’il en peignit bien davantage, mais que la plupart de ces tableaux étaient moins réussis ou furent taxés après sa mort à une valeur moindre, de sorte qu’on n’y attacha point d’importance et qu’on les négligea même au point de les laisser s’égarer. Quelques renseignements sur cette dernière époque sont parvenus jusqu’à nous. Mathias Schuyts, un peintre de Hambourg, qui visita notre artiste en 1669, nota sur la garde d’un exemplaire du Schilderboek de CharlesVan Mander: Jacques Jordaens a été le disciple d’Adam van Noort”. En 1669 je le trouvai encore activement occupé à peindre lorsque je lui fis visite étant à Anvers. 11 se montra très cordial et très courtois, car il me fit les honneurs de sa maison et il me montra les nombreuses oeuvres d’art qu’il possédait tant de sa main que de celle d’autres (1). Et deux ans après Sandrart, qui l’avait connu personnellement écrivit qu’en 1671, le peintre, alors dans sa 78e année, vivait très paisiblement et très heureux à Anvers, où il avait acquis de grandes richesses et où il vivait très considéré (2). Dans les toutes dernières années de sa vie il déclina néanmoins. Constantin Huygens note le samedi 7 juin 1677 dans son Journal: „I1 (le prince d’Orange) m’envoya quérir incontinent après disné et me fit venir avecq luy chez Jordaens, qui parla à luy assis dans une chaise dans laquelle on le portoit. 11 disoit avoir 86 ans et radottoit parlant mal à propos de temps en temps” (3). „I1 mourut dans la nuit du 18 octobre 1678; la même nuit décéda sa fille Elisabeth qui était demeurée

(1) Jacob Jordaens iss den dissipel geweest van Adam van Ohrt. A° 1669 vont ick hem noch nârstich schilderen, doen ick t’Antwerpen wezende hem bezocht, ick bevont hem seer îrindelick ende beleeft, want hei mij in sein huys over al voerde ende al sein Kunst (der hei seer veel, so van eigen als ander, hadde) toonde. C. VOSMAER, Onde aanteekeningen over Rubens, Jordaens etc. (Kunstkronijk 1872, p. 12.)

(2) Also lebt er noch in gutem Wolstand zu Antorf, im 78. Jahr seines Alters, ganz ruhig, und samlet benebens grossen Reichtum und Ehre. (Teutsche Academie. Zweyter Theil. blz. 336).

(3) Journal de Constantin Huygens. Ouvrages de la „Historisch Genootschap” Utrecht. Nouvelle Série. No. 32. P. 174.

portrait d’homme (Musée de Buda-Pesth)

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