LA SIGNIFICATION DE JORDAENS
par le gouvernement belge auprès du gouvernement néerlandais afin d’obtenir l’autorisation d’élever un monument à Jordaens à Putte, Guillaume II, roi des Pays-Bas fit transférer les pierres tombales abandonnées en cet endroit, dans un petit terrain qu’il fit entourer d’un grillage. En 1877 lors des fêtes de Rubens, un petit monument fut élevé sur cette place au pied duquel furent inhumées la bière de Jordaens, celles du peintre Adrien van Stalbemt, décédé le 21 septembre 1662 et de son épouse Barbe Verdelft, morte le 15 décembre 1663, enfin celle de Guillaume de Pape, mort en 1674. Le monument est couronné du buste en bronze de Jordaens, sculpté par Jef Lambeaux; le devant est orné d’une palette en bronze entourée d’une couronne de laurier; à gauche est le médaillon de bronze d’Adrien de Stalbemt. Derrière se lit cette inscription: „le monument élevé par une commission de Belges et de Néerlandais à la mémoire de J. Jordaens, A. van Stalbemt et G. de Pape, à l’endroit de leur sépulture avec les souscriptions de l’administration communale d’Anvers et de nombreux amis de l’art fut inauguré le 22 août 1877 pendant les fêtes célébrées à Anvers à l’occasion du 300e anniversaire de la naissance de Rubens” (1).
Comme nous avons eu l’occasion de le rappeler plus d’une fois au cours de cet ouvrage, les tableaux laissés par Jordaens furent vendus en vente publique à La Haye, le 22 mars 1734. Le catalogue comprenait 109 numéros dont 42 étaient renseignés formellement comme ayant été peints par le maître même. Nous reproduisons plus loin ce catalogue en entier.
Le 8 août 1886 la statue de Jordaens, sculptée par Jules Pécher, et érigée par la ville natale du peintre avec les fonds légués à cet effet par M. Auguste Nottebohm, fut inaugurée dans un carrefour du Parc d’Anvers. En 1902 cette statue fut transportée sur la Place de la Commune où elle fait face à celle d’Antoine Van Dyck.
En 1905 Anvers décida de commémorer encore une fois son illustre enfant d’une façon digne de lui. A cet effet elle organisa une Exposition de ses œuvres dans les salles du Musée des Beaux-Arts: 91 de ses tableaux, 57 dessins, 8 tapisseries, toutes ses eaux-fortes et les gravures d’après ses œuvres furent réunis à cette occasion, prêtés par les Musées et collections particulières de Belgique, d’Angleterre, de Hollande, de France, d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie, de Danemarck, de Suède et de Russie.
La signification de Jordaens. — Nous avons suivi Jordaens dans sa longue carrière et l’avons étudié comme homme et comme artiste. En dehors de sa conversion au protestantisme son histoire n’offre aucun événement d’importance: il fut un travailleur et il vécut pour son œuvre. Comme homme il fut heureux; fils d’une famille bourgeoise honnête et aisée son existence se déroula paisiblement; il fit fortune et il fut aussi considéré dans sa ville natale que renommé à l’étranger. Comme artiste il occupa durant des années le plus haut rang dans sa bonne ville. Des commandes lui venaient de nombreuses têtes couronnées. Il était le dernier des grands maîtres de l’âge d’or de l’Ecole Anversoise. Il demeura fidèle aux traditions qui avaient fait la gloire de cette école; l’amour de la pleine et vigoureuse vie, pour la savoureuse réalité, pour l’éclat et la couleur, pour ia chaude lumière, pour tout ce qui rend la terre agréable et digne d’être habitée. Il possédait en outre une personnalité franchement caractérisée. Dès le début il se sentit attiré par les particularités de la vie flamande. Ni le prestige des Grecs et des Romains, ni la grâce Italienne ne parvinrent à le séduire;
(1) Dit gedenkteeken opgericht door eene cOmmissie van Belgen en Nederlanders ter gedachtenis van J. Jordaens, A. van Stalbemt en Q. de Pape op de plaats hunner grafsteden uit de bijdragen van het Antwerpsche Gemeentebestuur en van talrijke vrienden der knnst werd onthuld den 22 Augustus 1877 tijdens de feesten binnen Antwerpen gevierd ter gelegenheid der 300e verjaring van Rubens’ geboortedag.