‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 16 sur 142 · TABLEAUX MYTHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

TABLEAUX MYTHOLOGIQUES

Le tableau est certes de la première époque et accuse de saisissants traits de parenté avec diverses autres œuvres des mêmes années. Marie Madeleine a quelque chose de tapageur dans la mise et dans le geste qu’elle avait aussi dans le Calvaire de l’église des Dominicains à Anvers; l’apôtre Jean est la même figure que le plus jeune des Quatre Évangélistes du Louvre, Joseph d’Arimathie est le même qu’un autre de ces quatre évangélistes. Le modèle qui posa pour les deux personnages présentait une bizarre déformation de l’oreille gauche, l’hélix étant replié en un angle droit, la pointe dirigée contre la tempe. La peinture aussi concorde avec celle des œuvres de la première époque: les bras et les mains de la Madeleine, la jambe nue de l’apôtre sont de teinte brun foncé, d’autres parties sont calcinées jusqu’au noir, tels la vieille au cierge et Joseph d’Arimathie; ni les jours ni les ombres ne sont transparents; le tout est dur. La main de l’artiste accuse encore une certaine gaucherie, son goût n’est guère épuré, sa Madeleine est déclamatoire et le romantisme de Saint Jean fait encore songer à une autre école. J’estime que ce tableau date d’environ 1617. La preuve que Jordaens s’était pourtant déjà fait une conception personnelle de l’art, nous est fournie par son Joseph d’Arimathie qui se précipite subitement en avant les mains tendues comme s’il voulait aussi tâter ce qu’il voit; cette preuve nous la trouvons encore dans la petite mère tenant un bout de cierge à la main, une figure vraiment touchante, moins préoccupée du miracle même que de l’émoi dans lequel il plonge son maître.

Le tableau faisait déjà partie de la collection des princes de Saxe en 1783 et il fut catalogué par Guarienti à cette époque, comme une des plus belles œuvres de Jordaens. En 1734 il figurait à la vente des œuvres laissées par Jordaens et il fut renseigné dans le catalogue, sous le No. 96, en ces termes: „ les Femmes au Tombeau du Christ, très beau et très achevé, haut de 7 pieds 4{ pouces, large de 5 pieds 1 pouce”. 11 fut acquis pour 155 florins. (1) Le cabinet des Estampes de Berlin possède un dessin de cette composition par Jordaens, provenant de la vente Adolphe van Beckerath (Berlin, 1901).

Tableaux Mythologiques. — En ces années Jordaens traita aussi des sujets mythologiques.

Le plus ancien de ses tableaux de ce genre est l'Offrande à Pomune du Musée de Madrid. La Déesse, objet de ce culte, n’est pas une idole mais une femme vivante drapée de rouge, couronnée de céréales, les mains tenant une corne d’abondance. Devant elle s’agenouille un jeune garçon vêtu d’une casaque brun foncé et d’une culotte jaune clair. Devant lui, sur le sol, s’étalent des fruits. Une femme habillée de rouge, un enfant sur les bras, invoque la déesse; à côté d’elle on voit une jarre à lait en cuivre et la tête d’un second enfant. Fuis se succèdent, en allant de gauche à droite, une vieille au teint hâlé, un berger sa houlette à la main; deux femmes, chacune une jarre à lait sur la tête; une troisième, en chapeau de paille; et enfin trois bergers. A gauche de Pomone on voit deux bêtes à cornes; à l’arrière-plan un rideau blanc et un ciel bleu à nuages blancs.

Le tableau est fortement marqué au cachet de Jordaens: il a voulu peindre une scène de la vie rurale; les personnages sont empruntés au monde qui lui fournit ses types pour l’Adoration des Bergers : la mère avec le bébé est la paysanne des plus anciennes versions du Satyre et le Paysan; le vieux rustre le plus rapproché de Pomone a une tête d’Évangéliste ; les deux cruches à lait et le chapeau de paille pointu appartiennent aux accessoires favoris de Jordaens. La peinture est ferme jusqu’à la dureté, avec des parties en tons pleins et

(1) Catalogus of naamlijst van schilderijen door Oerard Hoet. Catalogus van schilderijen van Jacques Jordaens, verkogt den 22 Maart 1734 in ’s Hage. I. Blz. 400 — 406.

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