TABLEAUX MYTHOLOGIQUES
éclatants, notamment en rouge et en blanc; les chairs blanches et brunes présentent de violentes oppositions, de même les lourdes ombres noires et d’autres légères et transparentes. Les personnages de dehors ligneux manquent de charme tant sous le rapport des formes que des attitudes. Non seulement ce tableau doit être le plus ancien de la série mythologique mais un des tout premiers de ses œuvres. Il date probablement d’environ 1618.
A cette époque il peignit aussi son Atalante et Méléagre. Nous connaissons deux versions du même sujet. La première appartient à M. Charles Madsen, de Copenhague. La rude et plantureuse commère des premières versions du Satyre et le Paysan occupe le centre du groupe, la hure du sanglier dans son giron. Le jeune Méléagre non moins fruste et taillé à grands coups, non moins rudement peint aussi, se tient auprès d’elle. A droite sont trois individus dont l’un pose la main sur l’épaule d’Atalante. D’un quatrième comparse on n’aperçoit que les deux mains tendues en avant. A l’avant-plan on découvre les têtes de deux chiens de chasse. Le tableau se recommande par son vigoureux coloris: les touches s’appliquent largement sur les chairs claires d’Atalante et de Méléagre; les trois chasseurs diffèrent très heureusement l’un de l’autre: le premier d’un brun ardent coiffé du bonnet bleu si souvent utilisé par Jordaens, le second avec une superbe et fine tête argentée; le troisième vêtu de rouge et d’une teinte bien plus foncée. La hure et les deux chiens sont peints magistralement. Ce tableau date incontestablement des environs de 1620; le même modèle a servi pour Méléagre et pour le plus jeune berger de l'Adoration de Stockholm.
Plusieurs années après et probablement vers 1628 Jordaens peignit son second Atalante et Méléagre, qui se trouve au Musée de Madrid. Atalante est assise à droite: les jambes nues jusqu’aux genoux, un des bras et un des seins également nus. Une draperie rouge et une autre jaune lui ceignent les reins. Une main tient un arc, l’autre repose sur celle de Méléagre. Celui-ci tient la poignée de son glaive de la main droite; il a la poitrine et l’un de ses bras complètement nus; il tourne la tête vers la droite. Trois personnages s’approchent, dont l’un porte la lourde tête du sanglier offert par Méléagre à Atalante. A gauche quatre chasseurs, à pied, accueillent le trophée en l’acclamant; deux cavaliers, la lance au poing, les dominent. Cinq chiens de chasse se pressent autour de Méléagre. A l’arrière-plan on aperçoit le ciel bleu avec des nuages clairs, et un peu de feuillage.
Les corps d’Atalante et de Méléagre se présentent en une belle lumière alternant avec des ombres profondes; elle a les membres potelés, le jeune homme a de solides pectoraux et le cou très musculeux. Ce sont les mêmes modèles que ceux du précédent tableau mais moins lourdement charpentés et de coloris moins violent. Des personnages sur la gauche, le plus près du cadre présente certes la grisonnante tête crépue et le cou musculeux d’un des Quatres Évangélistes. Le reste n’accuse rien de particulièrement jordaenesque. L’individu qui lève le bras a le ton mat et brunâtre ainsi que le dos raboteux d’un des personnages du Saint Martin de 1630. Les animaux sont tout à fait dans la manière de Jordaens, le cheval blanc est le même que celui de Sainte Apolline. Sans qu’il puisse être question de chef-d’œuvre, il convient d’admirer le bonheur du mouvement d’Atalante relevant vers Méléagre son visage plein d’une saisissante expression de langueur, et aussi l’expression de vague mélancolie du jeune homme. Les chasseurs réjouis sont crânement traités. Malheureusement la composition est bien décousue; au groupe paisible et si homogène du tableau de M. Madsen le peintre a adjoint ces chasseurs tonitruants et il a augmenté d’un morceau décoratif la scène principale si profondément ressentie, détruisant par cette turbulente intrusion la sérénité et la belle unité de l'ensemble.
M. Masson, d’Amiens, possède un dessin dans lequel les cinq personnages du premier