LE MARTYRE DE SAINTE APOLLINE
du maître autel fut commandé à Rubens. Ils consultèrent problabement celui-ci sur le choix des artistes à charger des deux autres tableaux; le grand maître entretenant des relations amicales avec ces bons pères et leur ayant même confié l’éducation de son fils aîné. De commun accord ils désignèrent Antoine van Dyck qui fut chargé de décorer le retable de gauche et Jordaens à qui l’on demanda un tableau pour celui de droite. Rubens peignit les Fiançailles de Sainte Catherine et y représenta la plupart des saints vénérés dans l’église des Augustins; van Dyck brossa un Saint Augustin en extase et Jordaens un Martyre de Sainte Apolline, invoquée dans cette église contre le mal de dents.
En 1628 ces trois œuvres furent achevées; Rubens toucha 3000 florins pour sa part,
van Dyck en reçut 600; quant à Jordaens on ignore le prix qui lui fut payé, mais il résulte dans tous les cas de cette commande qu’en 1628 notre peintre était mis au même rang que van Dyck, c’est à dire immédiatement après Rubens. (1) Arrêtons-nous à ce Martyre de Sainte Apolline. Au milieu du tableau, sur une éminence à laquelle mènent quelques degrés, Sainte Apolline est agenouillée, les mains liées et croisées sur la poitrine, vêtue d’une draperie blanche ci fortes ombres bleuâtres. Un bourreau, le torse nu, lui tire la tête en arrière et lui arrache les dents au moyen d’une pince. A gauche est un officier monté sur un cheval pommelé ; il porte une ample draperie rouge qui le couvre entièrement de manière à ne montrer que ses bottes à l’écuyère de cuir jaune. Il est coiffé d’un grand turban d’étoffe blanche orné d’une plume jaune. Derrière on voit un second cavalier chevauchant un alezan marqué d’une étoile au front. En haut, trône la statue de marbre de Jupiter, le globe terrestre dans une main, la foudre dans l’autre; l’aigle à son côté; un vase d’encens sur son piédestal. En bas, à l’avant-plan, un bourreau agenouillé attise un feu de bois dans lequel la légende veut que la sainte se soit précipitée et y ait trouvé la fin de son supplice. A côté de ce bourreau, un chien à tête brune, le corps blanc tacheté de gris. A droite, à mi-hauteur, se tient un vieux prêtre, vêtu d’une robe bleue et d’un manteau brun-violet; une main appuyée
(1) 1628. Hoc anno proeurata est pictura ad modum elegans Sti Augustini in extasi contemplantis divina attributa, a Domino Van Dyck depicta constitit 600 florenis.
Item Martyrium Stæ Apolloniae a domino Jordaens depictum.
Item tabulam procuravimus insignissimam pro summo altari depictam a perillustri Domino Petro Paulo Rubens; estimata est 3000 florenis. (Extrait du Diarium Augustinianum, folio 131, copié et envoyé à Frans Mois par le frère Ignace Coenen, prieur des Augustins, le 15 mai 1764).
TÊTE D’APÔTRE (Musée de Bruxelles).
le martyre de sainte appoline (Eglise Saint-Augustin, Anvers)
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