‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 24 sur 142 · SAINT MARTIN DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN DÉLIVRANT UN POSSÉDÉ

de temps après avoir été achevé, et il fournit une de ses meilleures œuvres à Marinus. Il représente l’une des œuvres de Jordaens les plus universellement connues, quoique au point de vue artistique il ne soit pas tout à fait digne de cette popularité.

Dans l’inventaire d’Abraham Voet, le graveur anversois, dressé en 1685, figura une esquisse en couleur de ce tableau, dont la trace est perdue. (1) Une esquisse achevée, en papier collé sur du bois, a passé dans la vente Doncker (Bruxelles, 1798).

Saint Martin délivrant un possédé. — Ce que nous avons dit du Martyre de Sainte Apolline s’applique en grande partie à un autre tableau d’autel, exécuté une couple d’années plus tard, je veux parler du Saint Martin délivrant un possédé. Il fut peint pour le maître autel de l’église du couvent de Saint-Martin à Tournai et il est signé à gauche, dans le bas: „J. Jordaens Fecit A. 1630.” Par la suite il fut suspendu dans un des bas côtés de l’église; en 1794 il fut transporté à Paris par les Français; en 1811 Napoléon en fit cadeau au Musée de Bruxelles.

Moins théâtral que le Martyre de Sainte Apolline, il l’est pourtant encore trop. En bas, à droite, sur une couple de marches se trouvent cinq personnages: quatre hommes et une femme qui ont traîné un possédé auprès de Saint Martin, et qui s’efforcent de le maîtriser.

Un des hommes, un vieillard debout, le crâne à moitié dénudé, les jambes et le dos nus,

a saisi le patient par le poignet; le second, un jeune homme agenouillé, le prend d’une main par la taille et tient dans l’autre main un anneau de fer qu’il se met en devoir de

lui passer autour de la jambe; ce garçon aussi a le dos nu et il a rabattu son vêtement

autour de ses hanches. Le troisième, un individu aux cheveux noirs et frisés, pose une main sur l’épaule et l’autre à la ceinture du dément. Du quatrième on ne voit que la tête. La femme agenouillée tient le possédé par la jambe. A l’extrême droite on voit un enfant, vers lequel saute un grand chien. A gauche est Saint Martin en grand costume sacerdotal, revêtu d’une chape d’un brun doré dans laquelle sont brodées des figures coloriées; sous cette chape il porte le surplis; il est coiffé d’une mitre d’or. A ses côtés un enfant de chœur porte sa crosse et le prélat est assisté encore de deux acolytes dont on ne voit que la tête. Le saint lève la main droite et exorcise la victime, dont les bras et les jambes s’étirent convulsivement et qui, le visage contracté, les poings crispés, se livre à d’inouïs efforts pour se dégager. Au-dessus, à l’arrière-plan, Tetrodius, le maître du possédé, accoudé à la balustrade, contemple tranquillement la scène; à côté de lui se tient un nègre, un perroquet sur le poing.

Nous le répétons, la composition vise à l’effet théâtral: la lutte avec le possédé se passe au pied de l’escalier, une partie des personnages se tient debout, deux sont agenouillés; un degré plus haut se prélassent le saint évêque et sa suite; encore un peu plus haut trône le maître avec son domestique ; mais ce sont là des dispositions adoptées assez souvent pour les grands tableaux d’autel; plus grave est le manque d’unité et d’ensemble dramatiques. Jordaens n’est pas le premier qui peignit l’exorcisme d’un possédé. Dix années auparavant Rubens avait représenté une scène analogue dans deux tableaux de sa série des miracles de Saint Ignace, dont l’un se trouve dans l’église des Jésuites à Gênes, et dont l’autre, peint pour l’église du même ordre à Anvers, appartient au musée impérial de Vienne. Antérieurement encore dans un des tableaux qu’il peignit pour l’église des Jésuites à Mantoue, notamment dans une Transfiguration du Christ sur le Thabor, il traita un drame de ce genre: avant

(1) F. JüS. van den Branden, Verzamelingen van schilderijen te Antwerpen (Antwerpsch Arehievenblad, XXII, 45).

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