‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 27 sur 142 · PAN ET SYRINX · texte numérisé non relu

PAN ET SYRINX

La substitution d’une beauté sculpturale, artistiquement drapée, et dont la pose décèle un souci d’élégance, à la figure principale du tableau de Bruxelles, à cette figure qui domine tout le reste et dont la raideur et la couleur dure arrêtaient impérieusement l’attention, cette substitution prête à toute la composition un aspect plus séduisant, plus flatteur et plus décoratif, mais au détriment de son originalité et de son âpre saveur. Le tout en devient doucereux et banal ; c’est assez dire combien cette Fécondité est inférieure à celle de Bruxelles. Le tableau de Londres fut certainement peint après l’autre. 11 suffirait de la peinture pour en témoigner; mais, en outre, les attitudes des personnages sont beaucoup plus naturelles et plus logiques dans le premier tableau que dans le second. Dans le premier la déesse est tournée vers les chèvre-pieds et leurs compagnes qui lui apportent les produits de la terre et il est certain que cette pose audacieuse et ce dos de femme inondé de lumière jusqu’à vous

éblouir, ont précisément requis Jordaens et représentaient même la raison d’être de son tableau. Dans le second l’élégante jeune femme nous fait l’effet de poser; dans tous les cas elle ne s’accorde guère avec les autres personnages. Dans le premier une puissante figure de satyre porte non sans effort la formidable gerbe de fruits et d’herbages; son geste est une trouvaille de naturel, ce robuste gaillard est l’homme de la situation; dans le second l’énorme charge est supportée sans peine, sans le moindre effort par l’avenante créature, qu’elle devrait pourtant accabler de son poids. La première composition si logique et si plausible à donc fait place à une version plus recherchée et moins satisfaisante: loin d’améliorer le tableau primitif cette version nouvelle l’a affaibli et diminué.

Comme ceux du premier tableau les fruits et les herbages du second ont été exécutés par Snijders dans sa manière brillante et éclatante, avec sa coutumière finesse de touche. Dès cette époque comme par la suite Jordaens confiait la peinture des accessoires de certains de ses tableaux, principalement les natures mortes et les paysages, à des confrères excellant dans l’une ou l’autre spécialité et avec qui il travaillait conjointement. Ainsi nous trouvons dans l’inventaire des biens de „damoiselle Anthonette Wiael, veuve de Jan van Haecht, dressé du 5 au 7 juillet 1627”, une „Assomption de la Vierge avec dix anges, de Geert Snellinckx et Jordaens” et „Deux diptiques de Tobie van Haecht (le paysagiste) avec figures de Jordaens”. (1)

Pan et Syrinx. — Quelques tableaux mythologiques appartiennent à la même période; d’abord Pan et Syrinx du musée de Bruxelles. Syrinx, à ce que rapporte la Fable, était la fille du fleuve Ladon ; Pan, le dieu des bois et des prés, s’éprit de la nymphe et se mit

(1) F. JOS. VAN DEN Branden, Verzameling van Scliilderijen te Anhverpen. (Archives d'Anvers, XXI, 326, 327.

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