BACCHANALE
Dans quelques-uns de ses tableaux on voit Silène, et ces tableaux portent alors le nom du glouton ventru.
Bacchanale. Gand — Une composition de ce genre et de cette époque me semble être la toile acquise récemment par le musée de Gand dans une vente à Amsterdam et dont le sujet n’est pas clairement déterminé. A droite on voit une jeune femme (la Fécondité?) entre un satyre et une faunesse; elle est drapée dans une étoffe rouge et blanche, dont elle écarte les plis de manière à montrer son beau corps nu. Deux satyrions se tiennent devant elle; une femme ou une nymphe vue de dos est assise par terre; une autre, debout, porte, dans un linge blanc, une gerbe de fleurs et de fruits en offrande à la femme nue. A l’extrême gauche est accroupi un dieu fluvial. A l’arrière-plan une étoffe est tendue entre des arbres sur l’un desquels est juché un vieux satyre offrant une grappe de raisins à la femme nue, et un plus jeune, qui s’accroche aux branches. L’inaptitude de Jordaens a trouver d’heureuses formes pour ses compositions allégoriques nuit encore une fois à l’intelligence de cette scène.
Elle appartient très probablement à l’époque de la Fécondité. Les corps nus baignent en pleine clarté, tranchant sur des ombres accusées; une vive lumière illumine aussi le ciel, des tons radieux et éclatants, rouge, blanc et bleu, teignent les draperies. La peinture est polie et tourne à l’émail de la porcelaine. L’ensemble est clair et réjouissant. De belles jeunes femmes aux chairs potelées, parmi des satyres au cuir brun foncé, font encore une fois songer au grand tableau du musée de Bruxelles.
Le Neptune et Amphitrite de la galerie d’Arenberg à Bruxelles représente une autre importante composition mythologique. A l’avant-plan sont deux chevaux marins blancs. Neptune est assis sur l’un et tient Amphitrite sur l’autre. Deux petits Cupidons portent le trident du dieu. A droite, dans la mer, un Triton embouche sa conque, deux autres cornent de la même façon, un quatrième chevauche un dauphin. A son ordinaire Jordaens n’affiche pas un respect exagéré pour les dieux de l’antiquité. Neptune a l’air d’un Silène, sa corpulence est baignée d’un reflet ardent mais sans éclat; Amphitrite est une commère rejouie et potelée; elle est assise sur un tapis rouge, elle est éclairée par une lumière plus vive, mais d’un éclat uniforme. Les amours chargés du trident sont adorables; les Tritons à gauche plutôt insignifiants. Dans le ciel flotte une grande draperie et planent deux autres amours, à l’avant-plan les vagues écumantes déferlent sur la plage, au fond de la perspective le soleil couchant empourpre le ciel. Le tableau est joyeux, agréable à voir, mais d’une peinture tant soit peu veule. Le dos outrageusement osseux du Triton à l’avant-plan, la tonalité brunâtre dominante indiquent que le tableau fut peint vers 1630.
Le tableau est renseigné sous le N° 162 dans une édition du catalogue de peintures, antiquités, etc., du musée de l’Etat à Amsterdam : „Neptune et Vénus traînés par des chevaux marins et des Tritons”. Il figura dans la vente de Guillaume II, roi des Pays-Bas (La Haye, 1842 et Amsterdam, 1850) et dans celle de Neville D. Goldsmid de La Haye (Paris, 1876). C’est probablement le même que celui mentionné dans le catalogue des œuvres laissées par Jordaens (La Haye, 1734, N° 71): „Un très grand tableau étant un Triomphe Marin, haut de 8 pieds, large de 12 pieds et 5 pouces”. Un tableau concordant avec celui décrit plut haut fut vendu à Amsterdam le 22 mai 1765 dans une vente de peintures provenant de la Saxe.
Jordaens traita ce sujet plus d’une fois. Un tableau de moindre dimension que celui dont nous venons de nous occuper figura dans une vente à Amsterdam le 5 juin 1765, et