LE SATYRE ET LE PAYSAN
la date est établie par des documents historiques, il devient extrêmement délicat de ranger ses œuvres dans leur ordre chronologique et il nous faudra les examiner avec la plus rigoureuse minutie pour y découvrir les traces de la lente transformation de sa manière. Chez d’autres maîtres, par exemple chez Rubens, Rembrandt et van Dyck, la métamorphose s’accomplit par degrés, mais régulièrement et continûment; chez Jordaens, au contraire, des changements analogues se produisent incontestablement mais ceux-ci ne sautent pas aux yeux, ils ne suivent pas une voie ferme et progressive; on ne saurait les déterminer avec la même certitude. Aussi n’y est-on jamais arrivé. Néanmoins écrire l’histoire de ses œuvres sans tenter tout au moins de classer celles-ci dans l’ordre où elles furent créées serait s’aventurer dans un dédale sans fil pour se guider soi-même, sans lumière pour le lecteur.
NEPTUNE ET AMPHITRlTE (Duc d’Aiemberg, Bruxelles).
Certes la tâche est ardue et on risque constamment de s’égarer, mais cette tâche n’en demeure pas moins attrayante, car elle nous impose l’obligation d’approfondir les particularités de chaque tableau du maître et de suivre les fluctuations que sa facture subit dans le cours des années.
11 ne renonce pas à ses sujets puisés dans la vie usuelle; bien au contraire, plus que jamais il se confine dans la peinture de scènes domestiques empruntées aux mœurs et aux coutumes de la bourgeoisie flamande. Mais sa façon de traiter ces sujets s’écarte considérablement de celle qu’il avait adoptée jusqu’à présent.
Le Satyre et le Paysan. Musée de Bruxelles. — Un tableau dans lequel cette transformation de sa manière s’accuse de la façon la plus frappante est le Satyre et le