NYMPHES. BEAUTÉ FÉMININE
ratatiné; la jeune femme coiffée d’un bonnet flottant fait l’effet d’une bacchante flamande, potelée, friande, une expression espiègle et réjouie répandue sur ses traits. Aucun ton plein et vigoureux ne domine ici; toute la scène se voile comme d’une discrète buée d’or que rehaussent et qu’avivent encore la draperie jaune d’or de la jeune femme à gauche et du jeune garçon à droite. Les accessoires: le hochet, les bassinoires, les ustensiles bachiques accrochés au bâton du nègre, la toison de la chèvre, tout est caressé de cette lumière veloutée et contribue au charme de l’ensemble.
Ce tableau remonte à l’époque dont nous nous occupons. Bacchus présente encore ce torse noueux et ces côtes saillantes que l’on remarque dans les œuvres de Jordaens des environs de 1630; mais le ton velouté et vaporeux qui estompe tout le tableau est particulier à ceux peints entre les années 1635 et 1640; le petit joueur de flûte est une des figures
rencontrées dans les versions de Comme chantent les vieux de 1638 à 1640. Le tableau appartenait déjà en 1749 au duc de Hesse.
Le Musée d’Arras possède une ancienne copie de cette œuvre. Nous constatons encore une fois combien il reste peu de chose du prestige des créations de Jordaens à cette époque quand ce n’est pas lui-même qui leur insuffle sa vie et son âme. Ce ne sont que formes mortes, sans esprit, sans éclat, qui grimacent au lieu de rire franchement, qui vous rebutent par leur froideur au lieu de vous entraîner avec eux dans leur expansive allégresse. Dans la collection du prince Branicki à Varsovie se trouve une autre ancienne copie du même tableau. Un Bacchus avec sept autres figures vint sous le marteau dans la vente Robijns (Bruxelles, 1758).
Nymphes. Beauté féminine. — En dehors de Bacchus et du Jupiter pleurnicheur Jordaens chérissait entre tous les personnages mythologiques les nymphes, les nymphes nues; elles lui personnifiaient la beauté féminine. A l’époque dont nous parlons son type de femme s’était complètement métamorphosé. Il avait commencé dans son Adoration des Bergers par peindre la matrone, la ménagère flamande, d’une simplicité bourgeoise dont les couleurs et les chairs s’étaient étiolées à ne jamais sortir de la chambre et de la cuisine, sans duvet et sans fleur. Quelques années plus tard dans ses premières versions du Satyre et le Paysan il prend pour modèle la paysanne flamande, solidement membrée, aux traits réguliers, au teint vif, au visage ovale et allongé, aux pommettes saillantes, au menton un peu en galoche, telle qu’avait été sa femme. Il ne lui prête que peu de vie spirituelle; il ne voit en elle
ON N’ACHÈTE PAS UN CHAT DANS UN SAC (Dessin, M. J. Rump, Copenhague).