ARIANE DANS LA SUITE DE BACCUUS
moelleuses, d’un gris bleu sur les nymphes, d’un gris velouté sur Cupidon. La tête du dieu de l’amour est maintenue dans une ombre épaisse, en teintes brunes, comme Jordaens ombra par la suite tant de têtes, mais en remplaçant le brun par le gris. Les chairs n’ont plus la fermeté d’autrefois et prennent déjà la mollesse de celles qu’il peignit vers 1640.
Ce qui nous frappe dans ce tableau ce sont les superbes corps de femmes: ils sont plantureux sans exagération, cambrés et souples comme les nymphes de Rubens et, n’étaient les traits un peu frustes de celle de devant, et aussi quelque froideur dans les ombres, on les prendrait pour des figures du grand maître. Le Cupidon est bien un enfant tel que Jordaens aimait à les peindre, dans le genre du garçonnet aux cheveux frisés dans le Miracle de Saint Martin. De belles taches de lumière lui tombent sur la poitrine; mais le reste du corps est plongé dans une ombre trop exagérée. Les nymphes, prises chacune à part, sont délicieuses mais leur groupement est moins heureux. Les dégradations de la lumière sur les trois corps nus sont des plus réussies. La première est le mieux éclairée, sa chair est chaudement teintée et présente des rondeurs comme imprégnées de lumière, avec de fortes ombres bleuâtres; la moelleuse nudité est couverte en partie d’un linge blanc de teinte plus dure; la deuxième est de teinte plus discrète et plus amortie, elle se modèle en des rondeurs ombrées plus mollement et les boucles de sa chevelure se fondent dans la pénombre; la troisième disparaît dans l’obscurité, sa tête est à moitié effacée. Il s’agit d’un délicieux assemblage de beaux corps qui ressortent graduellement d’un arrière-plan paisible et caressant où rien ne prend un accent trop vif. Des flambées rouges jaillissent du tapis, lesquelles répandent leur chaleur sur les deux dormeuses du dessus.
Ce tableau fit partie de la vente du 7 juin 1738 à Amsterdam, et fut renseigné ainsi: „Nymphes dormantes avec Cupidon; un capital et crâne tableau”.
Dans la succession de Jordaens (La Haye, 1734) se trouvait un tableau „Trois femmes nues avec un ange” haut de 3 pieds 1\ pouces, large de 3 pieds 5 pouces. 11 était plus petit que le précédent et il n’alla qu’à 10 florins 10 sous. Le catalogue de la vente de Joli. Lod. Strantwyk (Amsterdam, 1781) renseigne un tableau comme suit: „Trois nymphes dorment dans un beau et radieux paysage; Cupidon les contemple; un peu plus loin des prairies, et un castel s’élève au bord de l’eau”. A la vente de Neyman d’Amsterdam (Paris, 1776) figura un dessin de „trois nymphes dormant sous un voile tendu entre deux arbres; Cupidon et divers animaux complètent la composition”. Le sujet est visiblement le même que celui du tableau précédent, mais les accessoires ont été quelque peu modifiés. Dans une vente qui eut lieu à Amsterdam le 14 mai 1832, nous trouvons encore „les trois Grâces avec quelques enfants dans un paysage”. Un tableau se rapprochant beaucoup de tous ceux-ci figura dans la vente Pierre Lyonnet (Amsterdam, 1791). „Une nymphe nue reposant dans un paysage boisé. Devant elle se tient Cupidon une flèche à la main, dans l’intention de la viser. Le tableau est étoffé de toute sorte d’oiseaux terrestres et aquatiques”.
Ariane dans la suite de Bacchus. — Le tableau du Musée de Dresde, Ariane dans la suite de Bacclius se rapproche beaucoup par le sujet comme par l’exécution de celui dont nous venons de parler. Ici encore plusieurs nymphes sont couchées sur le sol. Sur une petit éminence on voit Ariane, sous les traits de ce que l’on appelle familièrement „une grosse dondon”, de chair plus adipeuse que résistante. Elle est entourée de trois autres nymphes; l’une est vue de dos, une seconde étendue à moitié s’appuie sur son coude; la troisième, debout, fait face au spectateur. Toutes sont aussi bien en chair qu’Ariane, mais de formes moins grossières toutefois. A gauche s’avancent deux satyres porteurs de cornes