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LA MAISON OÙ IL EST NÉ

Les premiers ancêtres de celui-ci dont il soit fait mention dans les documents officiels sont ses trisaïeux Henri Jordaens et son épouse Marguerite van Uffele. Us vivaient à Anvers où ils moururent avant 1541. Leur fils Simon était un fripier ou mieux ce que nous appellerions aujourd’hui un commissaire priseur ou un directeur de ventes, qui épousa Elisabeth van Aelten et mourut avant 1550. Il eux deux fils: Simon et Pierre, le premier, un fripier comme son père; le second dont la profession demeure ignorée. Ce dernier, le grand père de Jordaens, épousa Anna Faulx; leur fils aîné s’appela Jacques et fut marchand de toiles ou de serges (sargie-verkooper). Ce Jacques épousa le 2 septembre 1590, Barbara van Wolschaten. Leur fils aîné, Jacques, le grand peintre, naquit le 19 Mai 1593 et fut baptisé le lendemain à l’église, Notre Dame. Ses parents eurent encore dix autres enfants, huit filles et deux fils, dont il n’y a rien à dire si ce n’est que trois des filles et un des garçons entrèrent au couvent. (1)

On connait exactement la date de la naissance de Jordaens. Sur le portrait gravé par Petrus De Jode d’après un tableau du maître et publié en 1649 par Jan Meyssens, celui-ci a inscrit le 19 mai 1594 comme étant le jour où notre peintre serait venu au monde; mais quoique cette date lui ait été fournie sans aucun doute par l’intéressé même, elle n’en est pas moins inexacte. Le registre baptistaire de l’église Notre Dame d’Anvers qui embrasse la période entre le 30 Mai 1592 et le 25 Juin 1606 et qui se trouve conservé dans les bureaux de l’état civil, porte ce qui suit: „Anno 1593 20 maij Jacus (nom du père) idem Jordaens (nom du fils) berbel (nom de la mère) dirick de moij, elisabeth van briel (noms des parrains)”. Le père de Jordaens mourut le 5 août 1613, sa mère le 11 février 1655.

La maison où il est né. La fortune de sa famille. — La maison natale de Jordaens, appelée autrefois Het Paradijs (le Paradis) est située dans la rue Haute et porte le numéro 13; une plaque de marbre encastrée dans la façade aux frais de l’administration communale rappelle le fait mémorable qui s’y passa. L’édifice datant du seizième siècle existe encore et n’a subi que peu de mutilations. Les croisées de pierre ont été remplacées par des fenêtres dans le goût moderne, mais la façade avec son pignon à degrés a été préservée; des motifs dans le style de la Renaissance flamande ornent encore l’intervalle entre le rez-de-chaussée et le premier étage. 11 y a trois étages en tout sans compter les combles. La distribution intérieure a été modifiée, toutefois on reconnaît destinctement que le bas comprenait un vaste vestibule où l’on entrait en venant de la rue et derrière lequel se trouvait une petite cour. La rue Haute qui représentait alors le centre du commerce des draps, conduit de la Grand-Place au Rivage, c’est-à-dire qu’elle réunit deux des places les plus importantes d’Anvers. La boutique du père Jordaens sa trouvait à proximité de la Grand-Place; en s’engageant plus loin dans la rue on rencontrait les halles aux draps de Nieuwkerke, d’Armentières, de Weert dans le Limbourg, de Leere, de Turnhout, d’Herenthals et de Tournai. Ces édifices ainsi que quelques importantes demeures de marchands donnaient à la rue un aspect cossu et pittoresque qu’elle a encore conservé en partie aujourd’hui.

La famille de Jordaens appartenait à la bourgeoisie aisée: la maison patricienne de ses parents en témoigne et ce que nous savons au surplus de la situation matérielle de ses proches le confirme. En 1561 son grand père et les deux frères de celui-ci, Simon et Michel vendaient leur jardin de plaisance avec maison (eenen Speelhoff inetten huijse) situés au Champ Saint Willebrord près de la ville (2); en 1581 son grand oncle Simon

(1) P. GÉNARD. — Notice sur Jacques Jordaens. — Gand 1852. (Extrait du Messager des Sciences historiques de Belgique, page 8.)

(2) P. GÉNARD. Op. cit. p. 8—9.

l’enfance de jordaens

hérita d’une maison attenant au doyenné de l’église Notre Dame. Lorsque Marie De Bodt, veuve de son oncle Simon, mourut le 2 Octobre 1659 l’inventaire de ses biens établit qu’elle laissait une fortune de 146.187 florins et 4^ sols; en espèces sonnantes seules on trouva dans sa maison la somme énorme de 27.364 florins et 6 sous. (1) Lorsque le 18 mars 1634 notre peintre partagea la succession paternelle avec son frère Isaac et ses sœurs Anna, Madeleine et Elisabeth, il reçut pour sa part sa maison natale et le 10 mars 1635 il fit l’acquisition, probablement avec l’argent qu’il avait hérité, de deux autres maisons dans la rue des Teinturiers. (2) Autant de preuves de l’aisance de la famille.

L’enfance de Jordaens. — Nous ne savons rien de ses années d’enfance. 11 avait à peine quatorze ans lorsqu’il entra comme apprenti chez un peintre anversois. 11 ne fréquenta donc pas longtemps l’école. 11 y avait reçu l’instruction dont se contentaient à cette époque les garçons de la bourgeoisie. Il écrivait une fort jolie main; il rédigeait convenablement une lettre dans sa langue maternelle et les pièces écrites par lui en français attestent qu’il possédait aussi une connaissance très suffisante de cette langue. Ses œuvres prouvent qu’il s’était assimilé de la mythologie ce dont il en aurait besoin pour son art; quand, par la suite, il se fut converti au protestantisme, il acquit une érudition peu commune en Histoire Sainte.

Il n’alla point en Italie. • — Ses biographes des derniers siècles, pour autant qu’on puisse appeler biographes les chroniqueurs qui nous ont fourni quelques maigres renseignements sur lui, s’accordent unanimement sur ce fait qu’il ne se rendit pas en Italie. Le plus ancien d’entre eux, Sandrart, que les autres ont d’ailleurs copié, dit de lui: „11 demeura à Anvers, ce dont on lui fit un grief. On lui a notamment „reproché de ne pas avoir vu „ les antiques et les œuvres des grands maîtres de l’Italie, ce dont il convient lui même. „C’est pourquoi il chercha cà rencontrer le plus possible d’œuvres des meilleurs maîtres: „Titien, Véronèse, Carache, Bassano et d’autres, afin de pouvoir les étudier, et en effet il „en a tiré quelque profit”.

A notre avis cette recherche et cette utilisation des œuvres de maîtres italiens est une invention de l’historien allemand, qui jugeait indispensable de plaider les circonstances atténuantes en faveur de Jordaens coupable de s’être avisé d’avoir du talent sans aller prendre des leçons de l’autre côté des Alpes. On ne découvre pourtant pas la moindre trace d’imitation des maîtres italiens dans les œuvres de Jordaens, ni dans le choix des sujets, ni dans la façon de les traiter. Dans la collection de tableaux qu’il laissa et que son petit fils fit vendre à La Haye en 1734 on ne rencontre aucun tableau italien, quoique ni l’argent ni les occasions n’aient manqué à Jordaens de se procurer quelques œuvres des maîtres qu’au dire de Sandrart il aurait recherchées. Si ses œuvres se ressentent de la révolution accomplie dans l’art du Midi, cette circonstance est due surtout à l’influence exercée par l’étranger sur celui que Jordaens et les artistes anversois de son temps reconnaissaient pour leur maître et leur guide à tous et qui s’appelait Rubens.

Après le retour de celui-ci dans sa patrie tous devinrent directement ou indirectement ses disciples; on continuait à se rendre en Italie, on y admirait toujours aussi ardemment les maîtres du Midi, mais on demeurait fidèle au prestige du maître indigène; on allait se

(1) Inventaire des biens trouvés dans la mortuaire de mademoiselle Marie De Bodt, veuve de feu Simon Jordaens, décédée le 2 octobre 1659 dans sa demeure dénommée le Peigne d'Or (collection de feu M. le chevalier Albert van Havre à Anvers).

(2) F. Jos. VAN DEN BRANDEN. — Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool. p. 831.

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