IL N’ALLA POINT EN ITALIE
perfectionner là bas dans une technique à laquelle on avait commencé à s’initier chez soi et ce perfectionnement était d’autant plus facile qu’il n’y avait plus à craindre de conflit entre les deux tendances, l’indigène et l’exotique, Rubens ayant repris aux Italiens toutes les qualités que les Flamands pouvaient s’assimiler. A supposer que Jordaens eût fait intimement connaissance avec l’art des Italiens, il est plus que probable qu’il ne serait pas devenu autre que ce qu’il a été. Sa conception de l’art était si loin de la leur, sa façon de comprendre l’univers différait si essentiellement de leurs vues, qu’il n’aurait pas plus été compris là bas qu’il ne les aurait goûtés lui même. Au XVIe siècle, au moment où tous allaient se perfectionner au delà des Alpes, un de ses frères spirituels, Pierre Breughel, avait traversé les
monts tout comme les autres, mais il était rentré au pays sans avoir été entamé en rien dans son essence flamande et il était même demeuré le plus flamand des peintres de son temps; son fils Breughel de Velours devait s’y abâtardir tout aussi peu. Les généreux dons naturels de Rubens mûrirent au chaud soleil méridional, il s’assimila beaucoup de mérites qui contribuèrent à son développement sans qu’il fit le moindre sacrifice de son originalité; Van Dyck
y épura sa manière mais en demeurant complètement lui même. Ce ne fut en somme qu’au seizième siècle, et surtout durant la première moitié, que l’influence du Midi nous fut préjudiciable en amenant les Néerlandais à répudier la tradition nationale et à voir par les yeux, à sentir par le tempérament des étrangers. Après 1600, la métamorphose était un fait accompli, une nouvelle manière était adoptée, une nouvelle école était née et le voyage en Italie, s’il contribuait encore au développement de nos peintres, ne devait plus les métamorphoser complètement.
Nous ne prétendrons point que Jordaens n’eût rien appris en Italie. Au pays où l’admiration pour l’antiquité était devenue un culte, où le Vinci, Mantegna, Michel Ange, Raphaël, Titien avaient régné, on s’habituait à attacher une haute valeur à la noblesse de la conception et à l'invention ingénieuse; on apprenait à respecter son art, à se discipliner, à exiger beaucoup de soi-même, toutes qualités que Jordaens ne posséda jamais à un très haut degré. Il ne pécha que trop souvent par l’indigence du sujet, la négligence de la composition, et une facture trop lâchée; il ne recula point devant certaines brutalités qui
ÉTUDE DE BŒUFS — Dessin (Louvre, Paris).