‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 6 sur 142 · JORDAENS CHEZ ADAM VAN NOORT · texte numérisé non relu

JORDAENS CHEZ ADAM VAN NOORT

nous rebutent, sans contribuer le moins du monde à la vérité ou à la puissance de ses scènes. L’étude des classiques aurait sans doute affiné son goût et l’aurait rendu plus sévère pour lui-même, sans que sa personnalité en eût souffert ou sans que la maîtrise de son exécution en eût été atteinte.

Iordaens chez Adam van Noort. — Le premier renseignement certain que nous possédions sur Jordaens comme peintre, est qu’il entra en 1607 comme élève chez Adam van Noort. Dans les registres (Liggeren) de la Gilde de Saint Luc qui nous fournissent ledit renseignement, notre Jacques est inscrit le second des vingt-neuf élèves admis sous le même doyennat. Comme l’année administrative commençait en octobre, il y a lieu de supposer qu’il fut agréé en ce mois; il n’avait donc pas atteint encore ses quatorze ans et demi. Son maître est notoire par le grand nombre de ses élèves et plus encore par la gloire que conquirent deux de ses disciples: Rubens et Jordaens. On ne sait à peu près rien de positif sur son œuvre.

On lui attribue toute sorte de tableaux, sans que l’on puisse prouver qu’il ait peint un seul de ceux-ci. De plus toutes ces œuvres diffèrent tellement les unes des autres qu’en les voyant réunies on ne songerait un seul moment à les attribuer au même peintre.

Quelques-uns seulement de ses dessins sont parvenus jusqu’à nous; nous connaissons aussi certaines gravures d’après ses originaux; mais ces œuvres d’une authenticité certaine ne révèlent aucun talent original et n’accusent pas la moindre parenté avec n’importe quelle œuvre de ses deux illustres élèves. Le seul tableau attribué à van Noort qui présente quelque analogie avec ses dessins est le Christ appelant à lui les enfants, du musée de Bruxelles, tableau ne se rattachant d’aucune manière à ceux de Rubens et de Jordaens. Tout nous fait présumer qu’on le tenait pour un bon maître primaire, habile à enseigner aux commençants les rudiments de leur métier et qui se faisait fort bien voir de cette jeunesse. En dépit des assertions de nombreux biographes, qui lui attribuent un caractère brutal et d’autres défauts encore, ce fut sans doute un fort digne homme. (1)

Il est établi que Jordaens n’eut pas d’autre maître, et on serait amené naturellement à en déduire que les premières œuvres de notre peintre devaient refléter la peinture de van Noort. Malheureusement nous ne connaissons pas ces toutes premières œuvres. La première sur laquelle nous oserions placer une date doit être de 1617; la première sur

TÈTE DE FEMME Dessin (Musée de Brunswick).

(1) Voir sur Adam van Noort et l’influence qu’il exerça sur ses élèves, mon ouvrage Rubens sa vie et son œuvre, pages 41 et 44.

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