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LE MIRACLE DE SAINT DOMINIQUE

tous les autres demeurent étrangers à cette aventure et eux-mêmes n’ont rien qui les différencie de la clientèle ordinaire de ce bateau de passage. Ils forment même deux groupes distincts de celui des apôtres. C’est d’abord le groupe du milieu composé d’un marin qui hisse la voile, d’un autre qui fait démarrer le bateau, deux vigoureux gaillards au torse nu, et de plusieurs paysans installés derrière eux et attentifs à leur manœuvre. Parmi ces campagnards se trouve un bambin qui pleurniche parce que son orange est tombée à l’eau et un bœuf appuyant la tête sur le bord du bateau. Dans le groupe de gauche on rencontre un deuxième marinier qui repousse le bateau en appuyant sa gaffe contre la rive; puis quantité de gens du peuple parmi lesquels une femme en chapeau de paille tenant un bébé sur les genoux, les pieds tendus en avant par dessus le bord, un nègre et un cheval dont la tète et le cou penchent au dessus de l’eau. Un tableau très décoratif, en somme, convenant à merveille pour orner la paroi d’une vaste salle. Les personnages sont aussi variés de caractères que d’attitudes, les groupes sont bien composés et concourent à un heureux ensemble; partout régnent la vie et le mouvement. Quant à la peinture elle est assez superficielle, mais la lumière et la couleur sont bien distribuées et s’harmonisent parfaitement. Le tableau fut transporté probablement des Pays-Bas en Suède par le fondateur du château, Louis de Gier, un Liégeois de naissance, ou par son fils Louis de Gier vers 1695. En 1905 ce tableau figura à l’Exposition Jordaens à Anvers.

Le Musée d’Amsterdam possède un tableau plus petit représentant le même sujet avec des parties identiques et d’autres modifiées. Saint-Pierre retirant le poisson, l’homme hissant la voile, un des deux marins qui font démarrer l’esquif, l’enfant qui pleure la perte de son orange, la femme au chapeau de paille s’y retrouvent à la même place et à peu près dans la même attitude; mais la plupart des autres personnages sont autres. A droite se dresse une sorte d’estacade sur et sous laquelle se tiennent quantité de personnes. En outre on aperçoit les clochers de la ville dans la perspective. Le tableau d’Amsterdam n’est certes ni une esquisse ni une réplique, c’est une nouvelle version, plus réduite, du même sujet: la cohue sur un bateau de passage. A mon avis ce tableau daterait des environs de l’an 1640. Une lumière ardente et intense alternant avec des ombres opaques baigne la foule bariolée; il règne un contraste accentué entre le monde sur le bateau mis en pleine lumière et la foule sur la rive et l’embarcadère maintenus dans des teintes grises et sourdes.

M. ]. Henri Tack de Créfeld possède une troisième version du même sujet ou plutôt de la même scène. Quantité de passagers au torse nu ont pris place sur le bateau que les marins font démarrer. Sur la rive on aperçoit quatre vaches. Deux autres vaches sont vues sur une éminence plus loin. A côté de celles-ci une femme drapée à l’antique et un guerrier en cuirasse, lèvent une main, elle la gauche et lui la droite, comme s’ils se juraient alliance. Au fond un paysage. La signification de cette scène est obscure. On a voulu y voir Circé et Ulysse au moment où la magicienne jure au roi d’Ithaque qu’elle ne profitera plus du départ de ses compagnons pour les méthamorphoser en pourceaux. Dans tous les cas Jordaens s’est proposé d’illustrer une scène de la Fable grecque.

Un tableau d’une composition analogue figura dans les ventes Thomas Schwenck (La Haye, 1767) et Jean Tack (Amsterdam, 1781). Le catalogue de la première le renseigne sous ce titre Une Alliance, justifié par les deux personnages qui lèvent la main.

Le Miracle de Saint Dominique. Oldenbourg. — 11 est certain qu’à l’époque dont nous parlons Jordaens peignit aussi des tableaux d’autel. Mais on ne peut dire en toute certitude lesquels sont de cette époque. Cependant un tableau, les Miracles cle Saint Dominique

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