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LA FUITE EN EQYPTE

PORTRAITS

La Fuite en Egypte. — - Quelques tableaux connus sont datés de la dernière année de cette période, 1641. D’abord une Fuite en Egypte appartenant à Mme Bosschaert-Dubois, d’Anvers. La saint famille traverse un paysage; Marie assise sur l’âne, l’enfant Jésus sur ses genoux; elle porte un linge blanc sur la tête, une robe rouge et un manteau bleu dans lequel elle s’est enveloppée. Joseph ouvre la marche, nu-tête, vêtu d’une tunique bleue et d’une étoffe grise; un bœuf trotte à son côté. Un grand ange drapé de jaune lui montre le chemin, il est précédé de trois angelets: le premier porte une corbeille de vêtements sur la tête, les deux autres mènent le bœuf par une longe. Au fond s’étend un paysage avec de

petits arbres à gauche et un grand à droite. Le tableau est signé: J. Jor. fec. 1641.

Il est remarquable par sa tonalité claire et sa lumière fondue, concordant avec celles des derniers tableaux de cette période 1631 — 1641 ; il y a lieu d’admirer aussi la fraîcheur du paysage se détachant sur le ciel gris. L’ensemble est fort décoratif et le tableau fut probablement destiné à orner une cheminée.

L’église Saint-Antoine à Anvers possède une réplique de ce tableau due sans doute à un élève. On n’y voit point le grand ange qui montre le chemin à Joseph; le paysage à

été modifié. Il y a quatre grands arbres à droite, un cinquième au milieu.

Pontius grava le groupe principal. Dans son estampe, Marie, Joseph et les trois angelets approchent de l’eau qu’ils vont traverser à gué. Le grand ange a de nouveau été omis. A l’arrière-plan on voit une idole se fendre par le milieu. Le dessus s’écroule. L’image, placée sur un piédestal, tient un globe à la main. L’inscription nous apprend qu’il s’agit d’Adonis.

Waagen note une Fuite en Egypte, qui fait partie de la collection du prince Schouvaloff à Saint-Pétersbourg. Il existe du même sujet un dessin au pastel, noir, rouge et blanc, avec quelques autres couleurs encore. Il figura dans les ventes d’Amsterdam (30 octobre 1780); Pierre Wouters (Bruxelles, 1797), Walschot (Anvers, 1817). Le catalogue de cette dernière le décrit ainsi: „Marie est assise sur l’âne conduite par Joseph, des anges les précèdent.”

Portraits. — La même année 1641 Jordaens peignit une couple de portraits, dont l’un, un portrait d’homme, se trouvait dans la vente Huybrechts (Anvers, 1902) et appartient à présent à la maison Colnaghi de Londres. Le „pourtraituré” est un personnage corpulent, assis dans un fauteuil sur un coussin rouge. Il est vu de trois quarts; il porte une sorte de calotte, un pourpoint de soie noire, une fraise à plis lâches et des manchettes unies et retroussées. 11 est âgé de 73 ans; il a la barbe et les cheveux gris. Il repose tranquillement. L’optimisme sied d’ailleurs à cet heureux mortel, qui trône dans une maison luxueuse, au sein de l’opulence. La main droite repose sur le bras du fauteuil; la main gauche, tenant un papier plié, sur la jambe. A l’arrière-plan une arcade s’arrondit entre deux colonnes et ouvre une perspective sur le ciel. Ce portrait porte ces caractères sur le socle de la colonne de gauche: Aetatis 73. A0 1641. Plus que partout ailleurs l’atmosphère est saturée ici de chaude lumière répandue sur le tout comme une buée d’or et imprégnant la peinture d’un fluide plein de charme et de morbidesse. Jordaens n’a jamais poussé cette caractéristique à ce degré dans d’autres œuvres. C’est en 1637 dans son Marchand de poisson de Bruxelles, qu’il commence à adopter cette manière moelleuse et fondue. En 1641 il l’a poussée à l’extrême. Durant la seconde moitié de la période 1641 — 1651 il revient de cette exagération et retourne à un ton plus ferme. Les dates sont là pour contrôler et confirmer l’évidence de cette observation et pour nous permettre d’en conclure que cette manière artificielle ne dura que ces quelques années.

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