LA DEMEURE DE JORDAENS
De 1623 à 1624 Jordaens avait encore admis deux élèves: Jean Kersgiter et Matthieu Peetersen; en 1633-1634: Roger de Cuyper; en 1636-1637: Henri Willemsen ; en 1640- 1641: Henri Rockso; en 1644-1645: Guillaume de Vries; en 1646-1647 six autres encore: Aurélien de Meyer, Jean Goulincken, André Snijders, Conrad Hansens, Adrien de Munckninck, Pauwels Goetvelt. Tous ceux-ci sont mentionnés dans les „Liggeren,” mais par la suite il n’en est plus question; ils ne seront dont pas arrivés à la maîtrise. Il en aura sans doute agréé bien d’autres encore; mais après cette année où ils abondent nous n’en trouvons plus de cités qu’un couple: Arnold Jordaens, en 1652-1653, et Mercelis Librechts en 1666-1667, tous deux aussi inconnus que les précédents. Nous savons très peu de chose des élèves de Jordaens; le nom de quelques-uns et rien de plus. Jusqu’à présent nous aurions pu admettre que Jordaens ne forma pas d’école, qu’il n’eut d’autres disciples que
le seul Jean Cossiers; nous n’en savons guère plus long sur ses aides et collaborateurs. Or lorsqu’en 1905 nous fîmes partie du comité organisateur de l’exposition de ses œuvres et fûmes appelé en conséquence à faire un choix parmi les innombrables tableaux qu’on nous présentait sous son nom, nous nous étonnâmes de l’abondance des productions imitées des siennes: peintures auxquelles il n’avait probablement pas mis la main, mais qui avaient été exécutées dans son atelier ou même au dehors, par des peintres ayant appris leur métier chez lui et qui n’imitaient pas seulement sa couleur et son dessin, mais qui lui empruntaient aussi ses sujets. Nous ignorons qui ils sont; mais nous avons pu constater qu’ils différaient de moyens et de mérites. Tous sont au-dessous du maître, mais, tandis que d’aucuns ne nous présentent que des caricatures de ses créations, d’autres font preuve de tant de talent que nous en sommes à nous demander s’il n’arriva point à cet inégal et inconstant Jordaens de peindre de temps en temps un tableau, lequel quoique bien différent de ses bons ouvrages n’était néanmoins pas tout à fait indigne de lui. Mais ses élèves insignifiants ou de quelque mérite ont ceci de commun avec tous ses collaborateurs et imitateurs qu’ils sont tout à fait inconnus et qu’ils le demeureront sans doute toujours.
La demeure de Jordaens. — A la fin de cette période de onze ans Jordaens se fit construire un hôtel qu’il alla occuper et où il demeura jusqu’à la fin de sa vie. Le 15 Janvier 1618, il avait acheté une grande „maison de fond” avec cour, dans la rue Haute, dont
SCIPION ET ALLUCIUS (Dessin, Musée Boymans, Rotterdam).