LA VISITATION
on lui paya un extra de neuf florins pour le „bleu d’azur” employé dans le tableau. La quittance, signée de la main du peintre, figure encore dans les archives de l’église. Nous en donnons le fac-similé ci-dessous et nous en transcrivons le texte néerlandais:
Ontvanghen by my onderschreven vanden Eersaemen Sr. Frederick Verstraeten Griffier der stede van Rypelinonde de somma van dryhondert en vyftich ghuldens. Item van het assur blaeu 9 gl. en dat aengaende het stuek schilderye voor ons Lieve Vrouwen Autaer. In teecken der waerheydt hebbe dit geschreven. Actum desen 14" Octobre 1642.
359 guld. Jaecques Jordaens.
Ce tableau fut emporté lors de la Révolution française par les commissaires de la République et donné en 1805 au Musée de Lyon qui le possède encore. Une copie, qui décorait l’autel de l’école dominicale annexée à l’église, fut restaurée en 1880 et placée dans l’église même. Elle passe pour l’original.
Jordaens a conçu la scène comme se déroulant devant la maison d’Elisabeth, un
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édifice seigneurial en pierre blanche avec perron. Elisabeth vient à la rencontre de Marie au sommet de ce perron dont Marie vient de gravir la première marche. Joseph, porteur d’un sac de voyage, d’un bâton et d’une cruche d’étain, suit son épouse. Le mari d’Elisabeth, un vénérable vieillard, prend Joseph par la main. Elisabeth fait un accueil cordial à sa nièce, elle pose les bras sur ceux de la Vierge Marie comme pour lui faciliter la montée. Au pied du perron, à droite, l’âne, attaché à un pilier, se régale déjà d’une botte de gazon. Elisabeth porte une robe noire et une étoffe blanche sur la tête et les épaules; Marie, un chapeau de paille, une robe foncée sous une draperie rouge et bleue; Joachim une robe foncée et un manteau couleur d’or; Joseph est nu-tête, enveloppé dans un sarrau verdâtre qui lui tombe jusqu’aux genoux.
C’est une belle peinture, éclatante et radieuse de ton. Les personnages sont pleins de naturel ; ils ont l’expression simple et franche de dignes bourgeois qui se revoient avec plaisir. Elisabeth et Joachim représentent un couple de la classe aisée; Joseph et Marie ont plutôt un air rustique. Pour sa Visitation Jordaens s’inspira d’une œuvre analogue de Rubens, non point de celle que son prédécesseur peignit sur le volet de droite de sa
l’adoration des mages (Eglise Saint-Nicolas, Dixmude)
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l’adoration des mages
Descente de Croix de la cathédrale d’Anvers, mais de la version qu’il fit graver par Pierre de Jode, Jordaens imita aussi la Présentation an temple peinte par Rubens sur le volet de droite du même triptique, pour le tableau qui se trouve au musée de Dresde.
L’Adoration des Mages.
grande église de Dixmude est datée de 1644. L’autel fut construit en 1643-1644 par maître Jacques de Cocx, tailleur de pierres à Gand, pour 2850 livres parisis ou florins; Jordaens toucha pour son tableau la somme de 1800 florins. (1)
Dans cette œuvre aussi Jordaens suivit la tradition de Rubens et son Adoration des Mages est imitée de celle que le grand maître avait peinte en 1625 pour l’église de l’abbaye de Saint-Michel.
A droite la Vierge est assise avec l’Enfant. Un mage s’agenouille devant elle. Un autre roi se tient debout, à droite de son compagnon. Le nègre occupe le milieu du tableau.
Dans le haut la suite avec des chevaux et des chameaux.
En bas à droite est couché le bœuf. Comme Rubens Jordaens voulait faire de cette scène une fête pour les yeux:
de superbes atours portés par des princes, des figures décoratives dans un milieu fastueux. La Mère et l’enfant, les rois et leurs pages, les paysans exotiques avec leurs chevaux et leurs chameaux, enfin le bœuf et l’âne insépa-
Dixmude. — L 'Adoration des Mages du maître-autel de la
L’ADORATION DES MAGES (Dessin, Musée Plantin-Moretus, Anvers).
(1) Deze altaer is gemaeckt geweest door Meester Jacques de Cocx, steenhnuwer te Qent en heeft gekost 2850 p(ond) p(arisis) (Diksmude, Kerkelijk Resolutieboeck 1645).
Betaelt Tobias Ryckaerts, schilder over Jordaens, schilder tôt Antwerpen, over de leveringhe van schilderye in den hoogen oultaer 1800 p. p.
Item betaelt denzelven over zyne moeyemsse over ’t procureeren dezelve schilderye 144 p. p.
En aen Galle, timnierman over het raem en de bespanning 36 p. p. Kirchenrechnung von Diksmude tiber das Dienstjahr 1643 — 1644, (Gazette de Diksmude, 1 novembre 1884, extrait du: Robert Pieters, Geschiedenis van Dixmude. Page 218).
l’adoration des mages
râbles de cette scène, lui offrirent tout comme à son prédécesseur largement de quoi faire resplendir sa peinture. Mais il conçut ses couleurs d’une autre façon que Rubens. Celui-ci avait fait du mage agenouillé, vêtu d’un surplis blanc, le centre de cet opulent poème coloriste; Jordaens voulut et trouva quelque chose de plus extraordinaire. 11 plaça le roi nègre au milieu du tableau et, tout comme Rubens, il le revêtit d’une robe verte; mais au lieu du vert clair il choisit un vert-bouteille foncé et comme il l’aurait fait sur du verre il fit jouer et ricocher d’éblouissants reflets métalliques sur l’étoffe, de telle sorte que là où elle est frappée par la lumière elle présente presque des moirures d’argent et que là où elle demeure dans l’ombre elle devient si sombre que l’on n’en distingue presque plus la couleur. Autour de cette tache de couleur aussi étrange que précieuse et puissante, il
PAUL ET BARNABE A LYSTRA (Musée de l’Académie des Beaux-Arts à Vienne).
entasse les tons opulents plus ordinaires qui chantent et clament avec éclat, mais qui se fondent aisément en un harmonieux ensemble. Le roi agenouillé porte un manteau de soie blanche bordé d’or, à collet d’hermine, sur lequel s’enroulent une chaîne d’or et un ruban rouge; le mage debout est vêtu d’une tunique de toile blanche sur laquelle se drape le manteau d’un rouge écarlate. La Vierge a une robe rouge, du linge blanc, une draperie gris-bleu. Par-dessus ces tons éclatent et pétillent encore en accents sonores les visages rissolés des gens de la suite et des spectateurs, leurs bonnets rouges, leurs casaques bleues et, çà et là, un perroquet rouge, un cheval blanc, une tête de baudet blanc et gris, les têtes grises des chameaux et le superbe bœuf plus prodigieux encore que le magistral morceau analogue dans le tableau de Rubens, l’auxiliaire complaisant, le renfort toujours bien venu auquel Jordaens ne fait jamais appel en vain quand il a besoin de comparses
l’adoration des mages
flamboyants. Par sa couleur ce tableau a la splendeur et la joie d’une fête; la lumière répandue avec la même profusion sur toutes les parties de cette vaste peinture et qui fait rayonner celle-ci d’argent ensoleillé, ajoute encore à ce caractère d’allégresse princière.
Jordaens se préoccupe moins de l’élégance et de la grâce de ses personnages mêmes. Si sa Vierge est une des plus avenantes figures qu’il peignit; si le roi à genoux a un visage vénérable; en revanche le monarque debout a l’air farouche et ne semble s’associer qu’à contre-cœur et de mauvaise grâce à ces marques de ferveur: il fait l’effet d’un rude loup de mer que l’on obligerait à balancer un encensoir. Le roi nègre qui se penche pour regarder Marie est tellement ahuri qu’il en perd tout décorum royal et qu’il va tout de travers.
PAUL ET BARNABE A LYSTRA (Dessin de la collection de M. Max Rooses, Anvers).
La suite et les spectateurs sont des gens du peuple, rieurs et narquois, bruyants et turbulents, d’aucuns sonnant même de la trompe, ébaubis ou ébaudis, témoignant chacun à sa façon l’impression que leur cause ce rare spectacle.
Mais cette allégresse brutale et pourtant cordiale ne nuit pas à la solennité, à la gloire ensoleillée de l’ensemble et l’œuvre s’impose comme une des merveilles dues au pinceau de Jordaens; pareille à une grandiose mosaïque où tout éclate en tons clairs et vifs, où tout vibre et pétille de lumière, bref où le coloris flamand célèbre un de ses plus formidables triomphes.
Sur le socle du vase posé devant le mage agenouillé, on lit l’inscription Jac.Jord. 1644. En 1736 le tableau fut lavé par Henri Pieters; en 1794 il fut emporté à Paris; le 30 mars