‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 69 sur 142 · PAUL ET BARNABE À LYSTRA · texte numérisé non relu

PAUL ET BARNABE À LYSTRA

1816 on le replaça sur l’autel à Dixmude; en 1884 il fut restauré par M. Maillard d’Anvers.

Jordaens peignit et dessina plus d’une fois Y Adoration des Mages. Dans la vente Nicolas Nieuhof (Amsterdam, 1777) figura une Adoration, dont la composition concorde de façon saisissante avec celle du tableau de Dixmude.

A la vente des tableaux laissés par le peintre (La Haye, 1734) se trouvait un tableau représentant le même sujet, de 9 pieds 4 pouces sur 6 pieds 7 pouces, vendu pour 150 florins. C’est probablement le même tableau qui se trouve actuellement au Musée de Rotterdam. Au même Musée on voit le Portement de la Croix, formant le pendant de Y Adoration des Mages et qui parut aussi dans la vente de la succession du maître. Tous deux appartenaient à la collection du roi Guillaume 11 et furent mis en vente en 1850 et 1851. Ils reparurent lors de la vente Viruly van Vuren et Dalem (Amsterdam, 1880); ils furent offerts par M. C. E. Viruly au Musée d’Amsterdam. Ce sont deux tableaux de facture grossière et non de la main de Jordaens, quoique sortis de son atelier: le Portement de la Croix, surtout, est sombre, sans éclat ni couleur, avec des figures entassées; Y Adoration présente des parties richement colorées se détachant vigoureusement sur le ton de rouille de l’arrière-plan. Les deux tableaux semblent avoir été peints pendant les dernières années de Jordaens, sous son influence, mais par ses élèves.

Le Musée Plantin Moretus possède une Adoration des Mages offrant beaucoup d’analogie avec le tableau de Dixmude. La distribution de ce dessin est identiquement la même; l’attitude de certains des personnages diffère un peu, ainsi la Vierge presse l’Enfant du bras gauche et non du droit, le roi agenouillé ne tient le vase d’or que d’une main; les chameaux sont autrement placés; mais Jordaens a suivi en général la composition de son tableau. Le dessin est marqué: 1653 4 Avril. J. J rds.

Paul et Barnabe à Lystra. — Le tableau Paul et Barnabe du Musée de l’Académie des Beaux-Arts à Vienne date de 1645. A l’arrière-plan, à gauche, se voit un temple devant lequel se dresse la statue de Jupiter. Sur les degrés du socle de la statue se tiennent Paul et Barnabé que les prêtres et le peuple acclament et à qui ils rendent les honneurs divins. Un prêtre balance l’encensoir devant eux, deux enfants portent des chandeliers. A l’avantplan, à gauche, des serviteurs du temple mènent deux taureaux; on voit encore un personnage transvasant du vin d’une cruche dans un vase précieux, deux enfants qui portent des couronnes, un homme et une femme portant des vases sur la tête, un garçon jouant de la flûte, une mère et son enfant. A droite on voit une femme et un enfant offrant chacun une couronne, un paralytique tendant ses béquilles vers Paul et divers hommes et femmes dont plusieurs se sont juchés sur le socle d’une colonne et qui, avec d’autres, accoudés aux balustrades du temple, contemplent le spectacle. Paul est surpris et irrité: lui qui était venu prêcher contre l’idolâtrie, se voit lui-même l’objet d’un culte idolâtre. Il porte une main à sa tunique sur sa poitrine, de l’autre il fait un geste de protestation. Avec une expression d’épouvante il se détourne de la multitude aveuglée. Barnabé jette les bras en l’air, consterné et terrifié de ce qui se passe.

C’est un tableau bien composé et bien ordonné, dessiné et peint avec soin; la couleur est riche et abondante sans excès; l’éclairage assez froid à droite, devient plus ardent à gauche avec des tons fondus sur le corps de la femme portant l’amphore. L’expression et le geste de Paul et de Barnabé sont d’une vérité saisissante: plus passionnés chez le premier, plus sobres chez le second. Le sentiment de vénération et de confiance éprouvé pour le

SAINT YVES

pouvoir surhumain des prédicateurs de la foi nouvelle se lit dans l’attitude et le geste de la foule. Le tableau est marqué: J. Jor. fecit 1645.

11 figura dans une vente anonyme à Amsterdam le 30 août 1740, et aussi dans celle de Catherine Backx, veuve d’Allard de la Court (Leyde, 1766).

Jordaens a dû peindre un second tableau représentant le même sujet, mais de moindre dimension et en hauteur tandis que celui de Vienne est en largeur. 11 faisait partie de la vente Pierre Leenders de Neufville (Amsterdam, 1765) et de celle de Nicolas Nieuhof (Amsterdam, 1777).

Un Paul ù Lystra du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, portant le nom de Jordaens, lui est attribué par erreur.

L’auteur du présent ouvrage possède un dessin à la craie rouge et noire, avec des rehauts bleu-vert et blanc à l’aquarelle, dans lequel est traité le même sujet mais d’une manière très différente. La plupart des accessoires ont été maintenus, mais les groupes et certains personnages sont disposés autrement. C’est le plus grand dessin non seulement de Jordaens mais de n’importe quel autre peintre flamand, il mesure 73 sur 98 centimètres.

L’Albertina de Vienne possède un dessin du groupe des cinq personnes à droite du tableau, copié de celui-ci.

Saint Yves. Bruxelles. — Le Saint-Yves accueillant de pauvres plaideurs, du Musée de Bruxelles est daté de la même année 1645. Le saint jurisconsulte se trouve au milieu de son cabinet; il est complètement drapé dans une toge de velours rouge bordée d’hermine; la barbe et les cheveux sont longs et gris. 11 lève la main droite et l’index, en haranguant les besoigneux qui l’appellent à leur aide. Ses clients se tiennent à droite près de l’entrée de la chambre; c’est une mère à genoux, tenant un enfant sur les bras, le petit caresse un chien sautant vers la femme; puis un paysan en sarrau bleu verdâtre, tenant son bonnet dans ses mains tendues en un geste suppliant; une paysanne à chapeau de paille et deux enfants auprès d’elle. A gauche trois commis sont assis à une table couverte d’un tapis rouge. Au-dessus de leurs têtes, dans des rayons, s’alignent des livres et des registres; on voit aussi un sac d’argent et quelques accessoires de bureau. Des marches menant vers le bas de la pièce, se précipite un chien. La scène se passe dans une vaste chambre dans le style de l’époque, avec une fenêtre au milieu de l’arrière-plan et une fenêtre ouverte du côté droit. La lumière pénètre à flots par la fenêtre et elle tombe chaude et éclatante sur les personnages à droite; elle s’affaiblit graduellement mais, dans tout le tableau, elle demeure douce et caressante. La scène est maintenue dans un ton mat interrompu seulement par le plein coup de lumière à droite. Les couleurs sont riches, le rouge domine, puis viennent le brun-jaune et le bleu-vert. L’artiste s’est ingénié à rendre le jeu de l’ardente lumière du soleil dans l’ombre discrète. Les formes et les tons sont fermes. Le tout forme une cordiale scène familiale qui se passe dans une maison de bourgeois, où les commis sont à la besogne, où de petites gens viennent mettre à contribution le personnage influent. Yves est une figure respectable, mais malgré son air grave et noble, il demeure néanmoins un homme d’affaires, un bon bourgeois, et il ne fait guère songer à un saint. Ce petit tableau de genre dans le goût religieux se recommande par une facture absolument réussie. On voit que Jordaens l’a soigné et caressé. 11 est marqué: /. Jord. fecit 1645.

Il vint sous le marteau dans la vente Bruynincx (Anvers, 1835) et fut adjugé à Gérard Legrelle. En 1898 Sedelmeyer le vendit au Musée de Bruxelles. Jordaens utilisa cette compo-

SAINT YVES

sition pour l’une des tapisseries de sa série des Proverbes, appartenant au prince Schwarzenberg, et qui lui fut commandée le 22 septembre 1644 par les tisserands de tapis Frans van Cotthem, Jan Cordys et Baudouin van Beveren. La tapisserie, représentant l’histoire de Saint Yves porte pour inscription: „Ingens est usura malum, mala pestis in urbe.” (L’usure est un grand mal, une grave peste dans la ville).

Le Musée d’Anvers possède un tableau dont il fit l’acquisition, il y a quelques années en Angleterre, tableau qui traite le même sujet et qui fut peint à peu près à la même époque. 11 décorait probablement un retable, car il est bien plus grand que l’autre et plus

SAINT YVES (Musée de Bruxelles).

haut que large. Le saint occupe de nouveau le milieu de la scène dans la même attitude et portant le même costume. Devant lui s’agenouille une femme portant un enfant sur les bras; à droite se tiennent un vieillard, une vieille paysanne et un couple d’enfants qui implorent l’assistance du saint avocat; à gauche un jeune homme lui tend une supplique, et un vieillard assiste à la scène. Au fond on voit une porte ouverte et une fenêtre grillée entre deux pilastres. Au bas à droite, un chien qui aboie aux suppliants, un roquet saute vers la femme à genoux. Une chaude lumière tombe sur le saint et sur les figures de gauche, les deux personnages de derrière sont dans un clair obscur. Comme le précédent ce tableau est maintenu dans une tonalité ardente tempérée par une surabondance d’ombres. La peinture a été légèrement noircie par le temps de sorte que la lumière est devenue brunâtre et

VALET AMENANT UN CHEVAL À SON MAÎTRE (Musée de CaSSel)

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