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SAINT YVES
n’intervient plus avec la même splendeur. De même ici le saint est une figure impressionante avec sa toge rouge et les cheveux blancs encadrant l’austère visage.
Un tableau traitant le même sujet, se trouve au „Staendehaus” à Breslau ; un autre vint sous le marteau dans la vente Cuypers de Rymenam (Bruxelles, 1813). Le Catalogue du Prince de Ligne (1794) renseigne un dessin, lavé de bistre, où saint Yves, entouré de divers solliciteurs, est assis à une table. Dans la vente J. J. de Raedt (Malines, 1839) figura un Saint Yves dont le catalogue fait cette mirifique description: „Un bureau de bienfaisance avec onze personnages. Des pauvres se présentent: parmi ceux-ci une belle femme qui se jette ci genoux, tandis que les commis la recommandent de leur mieux. Ces commis sont Van Dyck, debout, Breughel de Velours, Heymann et Dullaert qui la recommandent de leur mieux.” Le tableau mesurait 1 m. 52 sur 2 m. 06; donc à peu près le double de celui de Bruxelles.
Un tableau datant certes de la même époque et que Jordaens utilisa aussi comme modèle pour un des cartons de la série de tapisseries „ les Proverbes”, qui lui fut commandée le 22 septembre 1644, est le Nègre menant un cheval à son maître, du Musée de Cassel. La scène se place devant le perron d’un château dont l’entrée est ornée d’une colonnade. Près du castel, se tient le propriétaire, un personnage distingué, en pourpoint jaune, en chausses bouffantes, en hautes bottes à l’écuyère éperonnées. 11 se drape dans un manteau noir à doublure, il est coiffé d’un bonnet à plume. Près de lui se tiennent une jeune femme en toilette noire, blanche et jaune, un chien de chasse et un valet qui verse de l’eau dans une auge. Au milieu du tableau figure comme groupe principal un nègre vêtu d’un ample sarrau jaune d’or, d’un bonnet et de bas blancs; il tient par la bride un cheval à selle rouge qui se cabre en lançant très haut les pattes de devant. A droite Mercure avec une draperie bleue qui lui couvre à peine la moitié du corps, coiffé d’un cabasset ailé bleu, et le caducée à la main. On ne saisit point trop l’intervention du dieu du commerce et des voleurs dans cette scène bourgeoise. Symbolise-t-il la profession de l’honorable châtelain ou bien le métier plus louche du maquignon? Quoiqu’il en soit c’est une scène bien ordonnée, pleine de radieuse lumière, de tons vifs et joyeux. Le cheval cabré est un animal superbe, à la tête jolie, aux mouvements élastiques, à la robe luisante. La crâne figure du gentilhomme, examinant la bête avec dignité, la jeune femme de mine si séduisante et le Mercure savoureusement brossé sont toutes figures bien vivantes, se détachant à souhait sur le ciel pur et sans nuages.
Jordaens utilisa une seconde fois le motif du cheval mené auprès de son maître, dans un des cartons qu’il exécuta en 1653 pour Carlo Vinek et qui servirent de modèles pour une suite de tapisseries qui se trouvent au palais impérial de Vienne. On y voit Mercure menant un cheval à Louis XIII, roi de France.
Un tableau religieux de cette période est la Picta de la collection du consul Weber à Hambourg. Le Sauveur a été descendu de la croix et il gît à l’avant-plan complètement affaissé, le torse soulevé et maintenu par Marie-Madeleine. Des ombres d’un gris bleuâtre marbrent sa chair blanche; la tète se fond dans un vague crépuscule. La Madeleine éplorée est agenouillée auprès de lui, vêtue d’un méchant manteau jeté sur sa robe rouge. Une jeune femme ajuste le linceul aux pieds du Christ. La Vierge pleure et gémit, assise derrière le cadavre; elle est vêtue d’une robe bleu sombre, sur laquelle elle porte une draperie bleu clair. Elle tend une main, elle porte l’autre à sa poitrine. Sa détresse profonde est exprimée avec éloquence. Jean, les mains jointes, vêtu de rouge, est debout. Nicodème s’accoude à l’échelle, le menton dans sa main; il assiste à la scène avec Joseph d’Arimathie