PEINTURES VENDUES A MARTIN VAN LANQENHOVEN
et une vieille qui tient un bassin. Le ton de tout le tableau est clair et velouté, moelleux mais sans faiblesse. Plus que n’importe quelle autre de Jordaens, cette œuvre se rapproche de la manière de van Dyck non seulement sous le rapport du sentiment mais aussi sous celui de l’exécution. Elle provient de la collection du duc de Marlborough.
Peintures vendues à Martin van Lanqenhoven. La manière de peindre de Jordaens. — Durant les années 1646-1648 des commandes particulièrement importantes furent faites à Jordaens. En 1646 il vendit cinq tableaux à la fois à Martin van Langenhoven. Le fait nous est connu par un acte notarié faisant partie des archives communales d’Anvers. (1) Il en résulte que le 28 Août 1648 le peintre se présenta au domicile du notaire van Cantelbeek et déclara que les cinq tableaux que Martin van Langenhoven lui avait achetés, plus de deux ans auparavant avaient été peints, repeints et „surpeints” de sa main, à telle enseigne que s’il lui était arrivé de traiter encore antérieurement les mêmes sujets, il n’en tenait pas moins lesdits tableaux pour de l’ouvrage original. D’après les termes de l’acte, que son style notarial et prolixe ne rend pas un modèle de clarté, Jordaens a donc dû garantir l’originalité des tableaux dont il entama la confection vers 1646, qu’il acheva et livra ensuite et qui étaient: Comme chantent les vieux les jeunes piaillent....; Candaule, Argus et Vulcain. Voilà donc les titres de quatre des cinq tableaux vendus et une déclaration du peintre concernant ses diverses manières de peindre. Il y avait des tableaux qu’il achevait sans recourir à n’importe quelle aide; il y en avait qu’il faisait copier et dans lesquels il corrigeait et améliorait ce qui lui plaisait moins dans les œuvres antérieures et qu’il retouchait, repeignait et „surpeignait” au point qu’ils pouvaient passer pour son propre ouvrage. Et en effet nous trouvons des versions de ses sujets de prédilection, qui existent à plus d’un exemplaire et qui présentent des variantes plus ou moins importantes. Il est vrai aussi qu’il traita plusieurs fois le même sujet sans recourir à la moindre collaboration. Mais il n’est pas moins avéré que certains tableaux catalogués sous son nom et qui sortirent en effet de son atelier furent en réalité peints par ses élèves et qu’ils répètent une œuvre du maître plus ou moins modifiée et sans que celui-ci y ait seulement mis la main. Il a collaboré dans une certaine mesure à d’autres tableaux sans que l’on puisse dire qu’il en ait fait son œuvre propre. De tels usages régnaient dans d’autres ateliers anversois de son temps pour ne citer que celui de Rubens. On comprend facilement que si les peintres trouvaient leur avantage dans de telles pratiques ils rencontraient parfois aussi des acheteurs qui mettaient en doute l’authenticité absolue et la parfaite originalité des ouvrages fabriqués ainsi et qui refusaient même de les accepter pour de bonne marchandise. D’autres acheteurs admettaient la collaboration de ces aides mais ils faisaient aussi leur prix en conséquence. Cela résulte de l’acte notarial passé, en 1648, par Jordaens et Jean Philips Silvercron, et dont nous parlerons plus loin. Ces pratiques avaient encore pour conséquence
(1) 25 Augustus 1648. — Compareerde in propren persoone Sr. Jacques Jordaens constschilder alhier my notaris bekent, Ende heeft hij comparant voor de gerechte waerheyt geseyt, vcrclaert ende, geaffirmeert, waerachtig te sijne dat de vyff stucken schilderye die Sr. Martinus van Langenhoven van hem comparant heeft gecocht bat dan twee jaeren geleden geheelycken van zyn eygen hant geschildert herschildert ende verandert zyn in dier voeghen dat niettegenstaende van hem comparant den selven zinne noch voor dato geschildert is geweest, naer welckers consept de selve huer beginsel ontfangen hebben, door het welcke hy comparant gemoveert zynde, heeft de selve laeten copieren, ende omme te verbeteren ende te amplieren tgene hem comparant int voorgaende misnoegde, heeft die veranderende aile met zyn eygen hant geschildert, overschildert ende herschildert, in der vuegen dat hy comparant die hout voor principalen, zoo goet als zyne andere ordinaere wercken, te weten het stuck zoo doude zongen ende candaula, den argus ende den vulcanus heeft hij comparant van eerst aen begonst, sonder argelist. Aldus gedaen ten woonhuyse mijns notaris ter presentien van Guilliam van Craesbeck meester van Zyne Majesteyts munte ende Gaspar van Cantelbeek coopman, inwoonderen deser stadt als getuygen hiertoe geroepen ende versocht.
Jacques jordaens.
U. van Cantelbeck, notaris.
Communiqué par M. F. Jos. van den Branden, Archiviste de la ville d'Anvers.