‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 72 sur 142 · TABLEAUX COMMANDÉS PAR SILVERCRON POUR CHRISTINE, REINE DE SUÈDE · texte numérisé non relu

TABLEAUX COMMANDÉS PAR SILVERCRON POUR CHRISTINE, REINE DE SUÈDE

de compromettre la réputation de l'artiste en faisant passer pour son œuvre des tableaux indignes de lui. On rencontre dans la plupart des Musées des œuvres de Jordaens, lesquelles, sans être toutes de premier ordre ont pourtant été peintes de sa main; mais lorsqu’on a l’occasion de voir les innombrables tableaux qui lui sont attribués dans les collections particulières, on est littéralement consterné par la profusion d’ouvrages de valeur infime, présentant quelque chose de sa manière, traitant des sujets interprétés par lui, dans lesquels on retrouve même des traits qui le caractérisent, qui portent son nom et qui ne sont absolument pas de lui, mais bien d’élèves, d’aides, d’imitateurs, de copistes. Nous ne savons pas quels étaient ces auxiliaires mais nous ne perdons pas grand chose à ignorer leur nom; en effet la plupart de ces tableaux sont dépourvus de toute valeur artistique: pas de maître à suivre aussi difficilement que Jordaens.

Tableaux commandés par Silvercron pour Christine, reine de Suède. — Le 21 avril 1648 Jean Philippe Silvercron, demeurant à La Haye, commanda tant en son nom qu’en celui de Henri Hondius, trente-cinq tableaux dont les sujets devaient être désignés par la suite. Ils devaient mesurer 3 aunes et un quart et demi de largeur et 4A aunes et un demi quart de hauteur. Ils étaient destinés à orner un plafond vu qu’ils devraient été exécutés en raccourci. Chaque tableau serait payé 80 livres de Flandre ou 480 florins ; soit pour tout le travail 16.800 florins ou environ 100.000 francs de notre monnaie. Ils devaient être terminés au plus tard le premier mai 1649.

L’artiste s’engageait „à les peindre soigneusement en partie lui-même, et à les faire peindre en partie par d’autres, comme lui, Jordaens le jugerait bon. Et ce qui sera peint par d’autres il s’engage cà le repeindre de telle sorte que ce soit tenu pour le propre ouvrage du Signor Jordaens, et aussi à le signer de sa marque et de son nom”. (1)

Nous ignorons quel sujet traitaient ces 35 tableaux. 11 est presque hors de doute qu’ils formaient une série et qu’ils étaient destinés à un personnage important. Si nous recherchons les ouvrages importants exécutés à cette époque par Jordaens et si nous notons aussi quels furent les intermédiaires par l’entremise de qui la commande fut faite nous pouvons en conclure que cet ouvrage considérable fut exécuté pour le compte de Christine, reine de Suède. La capricieuse souveraine qui abdiqua en 1654 à l’âge de 29 ans, avait, au dire de Sandrart son contemporain, fait peindre „une salle spacieuse par Jordaens et l’artiste s’était acquis beaucoup d’honneur par ce travail”. Sandrart ne dit pas ce que représentaient ces peintures, ni combien de tableaux elles comportaient; nous ignorons aussi ce qu’elles sont devenues.

Les noms des intermédiaires nous font supposer qu’elles furent exécutées pour la reine

(1) Wel ende curieuslijck ten deele zelffs te schilderen ende ten deele door andere, sooals het bequaemst door hem Jordaens goet gevonden sal worden. Ende ’t gene door andere geschildert zal wesen blijft bij gehouden zoo te overschilderen dat het voor zijn Signors Jordaens eygen werck gehouden sal worden ende overzulx zijnen naem ende teeckeninge daer onder te stellen.

F. JOS. VAN DEN BkANDEN, ouvrage cité. Page 828.

P1F.TA (M. le Consul Weber, Hambourg).

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