LE ROI CANDAULE
quoi se résume toute sa toilette. Elle s’offre dans son éblouissante nudité; elle met un pied sur une escabelle qui lui servira à atteindre son lit, un lit à rideaux d’un rouge foncé et à pilastres d’or. Elle tourne à moitié le visage non pas du côté où sont cachés les deux hommes et où elle les découvrirait mais vers les spectateurs qui pourront admirer ce délicieux minois. Un coin du tableau témoigne de nouveau du penchant de Jordaens à une gaillardise un peu triviale. A côté de l’adorable épouse du roi on remarque un vase intime fait de verre, sans doute afin de mieux nous montrer que la dame vient de s’en servir. A droite sont les deux espions: l’effronté Gygès qui ébloui par la splendeur inégalée du spectacle, dépouille toute retenue et avance avidement la tête par la fente du rideau; et
ARGUS ET MERCURE (Madame Ch. Wouters, Anvers).
Candaule le majestueux imbécile qui, coiffé de la couronne, avance la tête par-dessus l’épaule de son ministre.
Jordaens tenait cette fois l’occasion de peindre une femme réalisant son idéal: un adorable minois et un corps moelleux comme un duvet, un dos potelé sans exagération, se ramassant en plis savoureux depuis les épaules jusqu’aux hanches et se déployant sous les hanches en ces chairs opulentes et épanouies, que les mères anversoises, parlant des formes potelées de leurs enfants, appellent, en flamand, de la „chair cà saucisses”; enfin des jambes agréablement fuselées et se rattachant vigoureusement aux rondeurs jumelles qui les surplombent. C’est bien la femme telle que Jordaens la rêvait dans toute sa beauté et