‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 77 sur 142 · ARGUS ET MERCURE · texte numérisé non relu

ARGUS ET MERCURE

Argus aux sous de sa flûte, puis de le tuer à coups de pierre et d’enlever Io. Jordaens

apporte une modification à la fable. Il fait périr Argus par l’épée.

La version la plus importante de ce sujet semble être celle que Jordaens fit graver par Schelte a Bolswert. Quatre vaches sont en train de paître dans un paysage fertile au bord d’une rivière. Argus est assis sur un talus non loin d’io changée en vache blanche. Son chien est près de lui. A ses pieds Mercure tire du fourreau le glaive avec lequel il va tuer Argus; il a déposé sur le sol la flûte avec laquelle il l’a endormi.

Le tableau représentant la même scène dans un paysage un peu modifié, se trouve au Musée de Lyon. En le comparant à la gravure on constate qu’il a été fortement raccourci du haut et des deux côtés. Ainsi il a été amputé de la majeure partie du paysage et de l’arrière-train de la vache de gauche. La peinture est brune de ton, la touche moelleuse mais un peu rude, les animaux sont bien brossés, mais sans rien de magistral. Mercure se détache avantageusement sur le fond sombre et ardent. Ce tableau appartenait naguère à la collection de Cévry, qui passa dans les mains de Dehon, à qui il fut acheté pour le Musée de Lyon.

Un autre tableau représentant le même sujet appartient à Sir Archibald Campbell à Garscube (1). Waagen ne le trouve pas si éclatant de couleur que le tableau l’Enfant prodigue (?) de Dresde, mais bon et original tout de même.

Jordaens ne traita pas exclusivement cette seule scène de l’histoire d’Argus; il en représenta tous les épisodes. Un des premiers se rencontre sur un tableautin daté de 1640

et qui se trouvait en 1905, en vente chez un marchand bruxellois. Argus se tient avec lo

dans un paysage; deux nymphes et un Fleuve étoffent la scène. Ce petit tableau a pour pendant Mercure endormant Argus aux sons de sa flûte. Ces deux œuvrettes sont agréables et soignées, quoique un peu sombres de ton.

Une autre scène, antérieure à celle de la gravure, est traitée dans un tableau de dimension réduite appartenant à M. Paul Meyerheim de Berlin et représentant Mercure arrivant parmi les bergers. La figure du dieu est d’une rare élégance. Un autre épisode est traité dans un tableautin appartenant à M. Delbeke d’Anvers; on y voit Mercure, à peine arrivé et qui s’approche d’Argus au milieu de son troupeau. Une autre scène encore de la légende figure dans un tableau de la vente Menke (Anvers, 1904) et portant l’inscription /. Jord. fecit 1647. On y voit Mercure jouant de la flûte aux côtés d’Argus, qui s’assoupit. Derrière lui, un peu plus haut, se trouvent lo et trois autres vaches. A gauche, sur le bord d’une rivière, des arbres et au premier plan quatre moutons, un chien et une chèvre. Le tableau d’une chaude tonalité n’a guère de valeur artistique.

Après que Mercure a tiré son glaive du fourreau il l’aiguise sur un rocher. C’est cette scène que Jordaens représente dans une composition de plus d’importance, appartenant à Mme Charles Wauters, d’Anvers, et que tout indique avoir été peinte à la première époque du maître.

Un autre moment encore de l’aventure d’Argus et de Mercure est illustré dans un tableau de moindre valeur que possède l’Ermitage de Saint-Pétersbourg; Mercure a déjà levé le glaive pour abattre la tête d’Argus endormi. La scène se passe dans un paysage étoffé par lo et d’autres vaches.

Jordaens traita la même scène dans une eau-forte qu’il data de 1652. Argus dort la tête posée sur un quartier de roc. Mercure, un genou sur la pierre, a levé le glaive pour

(1) WAAGEN, Art. Treasures in Great Britain, III. 292.

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