ATALANTE ET HIPPOMÈNE
lui sont offertes, il s’agit d’une fête en son honneur, sa fête patronale ou peut-être ses fiançailles.
C’est bien le plus beau portrait de famille peint par Jordaens et même un de ses chefs-d’œuvre. 11 mérite ce titre par son superbe coloris. La robe jaune de la fille aînée, son linge blanc, la chaise rouge sur laquelle elle est assise, les fleurs sur ses genoux et le jeu des lumières et des reflets sur tout cela sont merveilleux. La robe rouge des deux autres sœurs, le coussin rouge sur lequel est assis le fils aîné, le collet rouge du manteau du père, les fichus couleur crème des plus jeunes sœurs forment une éclatante et magnifique harmonie. Les tons de chair ne sont pas moins vivaces: les bras nus, le cou et le visage de l’aînée, la figure ensoleillée de la puînée avec les chaudes ombres sur la joue et sur le cou; le teint plus discret de la cadette maintenu dans une pénombre transparente, la claire tête blonde du plus jeune garçon, toutes ces têtes diffèrent l’une de l’autre mais sont toutes également superbes. Le père a une belle et intelligente figure. La mère a été peinte en quelques traits, presque esquissée; elle est touchante de vie intime, avec ses yeux éveillés, sa physionomie aimable et un peu attendrie. La plupart des enfants ont ses traits: le nez fort, de petits yeux. La fille aînée a un air débonnaire, simple et un peu embarrassé ; tous ces témoignages de sympathie la rendent sans doute confuse; la seconde a un visage épais, les traits assez durs, mais le rayonnement de son beau et radieux visage, de son opulente chevelure, de son fichu de linge, en fait une apparition exquise. La fille cadette tient le plus de la mère, tout son visage vibre de couleur et de lumière. Les garçons ont une expression plus accusée: l’aîné calme, sérieux; le second interrogeant le spectateur d’un regard pénétrant; le troisième de mine plus éveillée; le dernier, un écolier naïf et bien portant.
Le groupe très serré a pourtant du mouvement, du jeu et ne pose guère. La peinture est ferme et large à la fois, la touche aisée et sobre: un simple coup de pinceau et l’effet est obtenu. Le jeu des lumières et des reflets est plein de vie; c’est un chatoîment et un miroitement perpétuels, une ardeur harmonieuse et des éclats éblouissants. Le modelé des chairs se teint de bleu, la lumière, répandue à profusion, demeure transparente et caressante.
La femme à la médaille. — Un portrait dans la même manière que la famille à Cassel est le portrait de femme qu’on trouve au Musée de l’Académie à Vienne. La dame a une opulente chevelure bouclée dans laquelle folâtrent des tons d’or; des perles blanches ornent les cheveux et les oreilles; un fichu de gaze est jeté sur ses épaules. Elle a une rose au corsage. Elle regarde à gauche en détournant le visage; elle tient à la main un médaillon, un portrait d’homme enrichi de pierreries. La peinture est large et souple, la couleur lumineuse et transparente.