‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 85 sur 142 · PI ETA · texte numérisé non relu

PI ETA

à droite se tiennent deux prêtres; à gauche deux hommes du peuple; à l’arrière-plan un paysan s’appuie sur une de ses bêtes à cornes; un badaud a grimpé pour mieux voir sur le socle d’une colonne; la femme au panier de fruits se dirige vers la gauche; deux chiens sautent aux jambes du Christ en aboyant.

Le musée de Brunswick possède un dessin, dans lequel Jordaens a esquissé la même scène à grands traits. L’action est identique mais les personnages ont de nouveau subi quelques modifications: le Christ est armé d’un fouet, quelques marchands ont pris la fuite en levant les bras au ciel. Dans le haut, des curieux regardent par la fenêtre; d’autres se sont juchés sur les socles des colonnes; en bas on retrouve l’homme appuyé sur son bâton et aussi la femme aux fruits qui porte, en outre, un enfant.

Nous connaissons un autre dessin par une lithographie de Villain. La composition est de nouveau toute autre. Le Sauveur renverse aussi la table du changeur; devant lui s’enfuits une couple de canards, plus loin un autre prend la volée; une paysanne étend les bras pour le rattraper; un chien aboie aux jambes du Christ. A Pavant-plan grouillent des chèvres, des moutons, des bêtes à cornes.

On a fait mention encore d’un dessin à la craie noire sur fond jaune et rehaussé de blanc, lithographié par Mauzaisse; mais nous ne l’avons pas rencontré (1).

Pieta. — La Pieta est le troisième sujet biblique traité à l’eau-forte par Jordaens en 1652. Le tableau se trouve dans l’église du Béguinage à Anvers pour lequel il fut peint.

Le Sauveur est étendu sur le sol, la tête et les épaules reposant sur le sein de sa mère, un bras accoudé sur ses genoux. Marie, assise, éplorée, porte un linge au visage de son Fils. Derrière elle, à gauche, une femme se tord les mains avec désespoir. Madeleine est agenouillée à droite et désigne la blessure de l’une des mains du Christ. Derrière elle se trouve une vieille tenant un vaisseau de cuivre et s’apprêtant à laver le corps. Derrière celle-ci, sont trois hommes, Jean, Joseph d’Arimathie et Nicodème, debout près de la croix. Jean se prend douloureusement le menton dans la main; l’un des deux autres s’appuie à un des échelons de l’échelle dressée contre la croix. Le corps du Christ est émacié, une pâle lumière est répandue sur le cadavre, des ombres d’un bleu d’ardoise se jouent aux rondeurs de la poitrine et des teintes plus sombres encore au bas des jambes. Les ombres sur les visages des femmes sont du même bleu-gris, sauf sur celui de la femme tenant le vaisseau de cuivre, laquelle est teintée d’un brun métallique. Les hommes aussi sont ombrés de teintes cuivrées ou gris foncé. L’éclairage est vague. Toute la scène respire la détresse et le deuil muet. Le tableau n’a certes pas été peint avant 1652, il fait plutôt penser à des œuvres de la dernière époque de Jordaens et il y a lieu de supposer qu’il a peint le tout en des tons tristes et sombres pour rendre le sentiment même de la scène. Le tableau a souffert de repeints; d’ailleurs il n’a jamais compté parmi les meilleurs du maître.

L’eau-forte ne diffère du tableau que par quelques détails infimes. A la différence de l’eau-forte le tableau ne montre ni le bras de la croix, ni un vol d’anges se désolant dans les nuées. Dans l’eau-forte on distingue aussi le personnage appuyé contre la croix. Dans l’eau-forte, encore, Madeleine montre la blessure au pied du Christ et non celle à sa main; le geste de la femme éplorée, à gauche, est autre que dans le tableau; les accessoires gisant sur le sol sont disposés autrement. Mais en général la scène est identique dans les deux œuvres et l’eau-forte aura été exécutée en même temps que le tableau ou du moins peu après celui-ci.

(I) WlEGEL. Die Werke der Maler in iliren Handzeichnungen. No. 392.

GRAVURES D’APRÈS LES ŒUVRES DE JORDAENS

Un dessin à la plume de Jordaens, lavé à l’encre et concordant avec son eau-forte de la Pieta, figura dans la vente Van de Zande (Paris, 1855).

Quatre des eaux-fortes exécutées en 1652 par Jordaens, traitent des sujets mythologiques: lupiter et la chèvre Amalthée, mentionnée à la page 91 ; Mercure sur le point de décapiter Argus, (voir page 147); Jupiter et la et Cacus enlevant les vaches d' Hercule. Dans l’avant-dernière de ces eaux-fortes Jupiter occupe le milieu d’un paysage, son aigle à côté de lui; il soulève la draperie d’Io qui se défend cà peine. Dans un nuage on aperçoit J unon et son paon, épiant son volage époux avec jalousie. Dans la dernière eau-forte, Cacus ayant saisi une des vaches par la queue veut la faire marcher à reculons, la bête se rebiffe et s’est laissée choir. Une couple de vaches et un jeune garçon se trouvent à droite; derrière Cacus on

JUPITER ET 10 (D’après l’eau-forte de Jordaens).

voit encore six personnages dominant la scène, une femme avec un enfant sur le bras, et enfin un petit chien. Ces deux dernières eaux-fortes sont les meilleures de Jordaens ; aucun tableau du maître ne les rappelle. Un dessin du second de ces sujets figura dans la vente Wouters (Bruxelles, 1797) et Jordaens utilisa cette composition comme patron de l’une des tapisseries de sa série des „Proverbes”, celle intitulée Ex puteo vaccam cauda trahit ecce magister (Le maître retire ainsi la vache du puits par la queue). Jordaens traita fort probablement le même sujet dans un tableau qui nous est inconnu.

On attribue encore à Jordaens une couple d’eaux-fortes: Saturne dévorant ses enfants et Bacchus endormi, toutes deux non datées; un dessin de la première figura dans la vente Wouters.

GRAVURES D’APRÈS LES ŒUVRES DE JORDAENS

Gravures d’après les œuvres de Jordaens. — La plupart des bons graveurs de l’école de Rubens ont gravé des planches d’après des œuvres de Jordaens et parmi celles-ci on compte plus d’un chef-d’œuvre. Quelques-unes représentent de précieux documents pour l’histoire de notre peintre.

La gravure du Satyre et le Paysan porte le nom de Lucas Vorsterman et son monogramme habituel (voir page 19); on ignore encore si la planche est due au père ou bien au fils. L’époque où elle fut exécutée, le fait que Sandrart rapporte qu’elle fut gravée par Lucas Vorsterman sans ajouter qu’elle le fut par le fils, nous feraient présumer qu’elle est l’œuvre du plus célèbre des deux; d’autre part, la manière assez grossière de la gravure nous la ferait attribuer au fils. Néanmoins ce dernier motif n’est pas suffisant pour que nous contestions la paternité de l’œuvre à l’aîné des deux Vorsterman.

CACUS ENLEVANT LES VACHES d’hercule (D’après de l’eau-forte de Jordaens).

Schelte a Bolswert grava diverses planches d’après Jordaens : Les jeunes piaillent comme chantaient les vieux, dont nous parlons à la page 77 et qui fut gravée d’après le tableau du musée d’Anvers; Mercure tirant le glaive pour tuer Argus, mentionnée page 147 et gravée d’après le tableau du Musée de Lyon ; Jupiter et la chèvre Amalthée d’après le tableau du Louvre (page 87); le Christ en croix dont nous avons parlé à la page 15 et qui reproduit non sans d’importantes modifications le tableau de l’Etablissement Teirninck à Anvers. Il est à remarquer aussi que les autres gravures ne reproduisent pas tout à fait identiquement les tableaux connus; ce qui nous permet de supposer que Jordaens revit l’œuvre de Bolswert et qu’il retoucha la version originale à l’intention du graveur.

Les autres sujets jordaenesques reproduits par le même graveur sont Silène avec le sonneur de trompe et une Nymphe et Pan gardeur de chèvres et de moutons. Dans la première de

GRAVURES D’APRÈS LES ŒUVRES DE JORDAENS

ces gravures Silène occupe le milieu du groupe et tient une corbeille de raisins devant lui ; une nymphe couronnée de bluets et d’épis appuie son bras à son épaule; de l’autre côté un personnage sonne de la trompe. Ce tableau a aussi été intitulé Pan et Cérès. Des tableaux représentant le même sujet ont figuré dans les ventes Pommersfeld (Wurzbourg, 1857 et Paris, 1867) et Randon de Boisset (Paris, 1797). Dans l’exposition des œuvres de Jordaens en 1905 on vit un tableau représentant le même groupe et appartenant à M"'e Paul Parmentier de Knocke. La peinture est très chaude; le joueur de trompe est vigoureux, le Silène un peu veule. Le tableau fut peint vers 1640. Le cabinet d’estampes de Berlin en possède un dessin avec l’inscription Flore, Silène et Zéphire, 1639. Les noms des deux premiers s’adaptent bien à leurs personnages; mais il me paraît risqué d’appeler Zéphire un bonhomme cornu. Toutefois, étant donné la date de cette inscription il faut bien admettre que c’est Jordaens même qui le baptisa ainsi et qui donna à tout le groupe le titre inscrit sur le dessin. A l’exposition de Stockholm en 1893 figura un tableau analogue appartenant à la comtesse de la Gardie, à Helsingborg. Outre les trois personnages précités on y voit une vieille se réchauffant les mains à un couvet qu’elle tient devant elle, et un jeune garçon offrant un fruit à Silène. Ce tableau fit partie des collections Crozat et Poulain ci Paris et de celle du comte G. P. Sparre en Suède. Un autre exemplaire de ce sujet parut dans la vente Jean Adrien Snyers (Anvers, 1818).

Un amateur écossais,

M. William Grieve Eastland, en possède aussi un exemplaire.

Pan gardeur de chèvres et de moutons fut gravé par Schelte a Bolswert d’après un tableau qui se trouve au Rijksmuseum d’Amsterdam. Un jeune satyre assis par terre joue de la flûte qu’il tient à deux mains. 11 tourne son radieux visage vers le spectateur; il est couronné de pampres. Devant lui est un bouc; deux moutons et un bélier sont couchés plus loin; un paysage forme le fond. La peinture est grossière. De lourdes ombres gris noir couvrent le dos et les bras du satyre. Le visage est agréable, mais l’expression manque de finesse; les animaux sont d’une exécution assez faible et ne sont pas dignes du maître. La composition fait songer à Y Education de Jupiter du Louvre, mais la facture en est tellement inférieure qu’il y a lieu de douter que Bolswert ait pris ce tableau pour modèle de sa gravure.

Schelte a Bolswert étant mort en 1659, les tableaux gravés par lui sont donc antérieurs à cette année.

Pontius grava la Fuite en Egypte (voir page 110); son œuvre reproduit le groupe

GRAVURES D’APRÈS LES ŒUVRES DE JORDAENS

principal du tableau appartenant à Mme Bosschaert-Dubois, d’Anvers. Il grava aussi le tableau le Roi boit, décrit à la page 75. Pontius mourut en 1658.

Marinus décédé en 1639, grava le Martyre de Sainte Apolline de l’église des Augustins, dont nous avons parlé à la page 39 et qui fut peint en 1628, et Y Adoration des Bergers (voir page 18), d’après un tableau inconnu. Il grava en outre le Christ devant Caïphe. Le Sauveur est traîné devant le grand-prêtre par une bande de soldats et de valets; un de ceux-ci n’a pour tout vêtement qu’un linge qui lui ceint les reins; il tient d’une main le Christ par les cheveux et de l’autre par la corde avec laquelle on l’a garrotté; un soldat en armure brandit le poing sous le visage du Sauveur; des hommes du peuple entourent le prisonnier; d’aucuns le huent et le menacent du poing. Caïphe s’est levé de son siège et il déchire ses vêtements en prononçants ces paroles: „11 a blasphémé Dieu!” Un chien est couché aux pieds du pontife; dans le fond on aperçoit un temple somptueux.

Une planche gravée par Jacob Neefs présente beaucoup d’analogie avec celle-ci; elle représente le Christ devant Pilate. Jésus est mené devant le proconsul romain par les deux mêmes soudards qui l’ont conduit devant Caïphe.

L’homme nu le tient encore par les cheveux et par les liens; le soldat le tient également par une corde mais ne le menace plus du poing; un couple de soldats se tient derrière le Christ; de l’autre côté se trouvent les Pharisiens qui l’accusent. Au fond on voit Pilate qui s’est levé de son siège. On ne connaît de tableau d’aucune de ces deux scènes.

Dans la vente Pierre Wouters (Bruxelles, 1797) figura un dessin décrit comme suit: , Jésus-Christ devant Pilate, en largeur, composé de 19 figures, à la craie noire, rouge et blanche, et au lavis”. Le dessin diffère de la gravure en ce sens que celle-ci est en hauteur. Dans la vente Gildemeester (Amsterdam, 1800), il y avait un dessin représentant le Christ garrotté, conduit par les soldats devant Caïphe, et livré aux outrages des docteurs de la loi. Ce dessin à la plume, était lavé à l’encre et rehaussé de couleur. La composition diffère notablement de celle de la gravure. Dans la vente Habich (Cassel, 1892) on vit un dessin portant le millésime 1652 et représentant le Christ aux outrages. Le Sauveur dépouillé de ses vêtements est assis au milieu de ses bourreaux. Un soudard le tire par ses liens un autre le nargue. Jacques Neefs grava aussi le Satyre et le Paysan, cette planche diffère considérablement des tableaux sur le même sujet; nous l’avons décrite à la page 23. Du même graveur existe aussi une Vanitas (La Vanité). Une jeune femme aux boucles flottantes tient un peigne à la main et se regarde dans un miroir que lui présente un bouffon; un vieillard lui montre la tête de mort qu’il tient à la main. 11 existe une ancienne copie de

GRAVURES D’APRÈS LES ŒUVRES DE JORDAENS

cette gravure, intutilée „Nosce te ipsum” et accompagnée d’un quatrain latin. Dans la vente James Hazard (Bruxelles, 1789) parut un dessin identique à cette gravure; il appartient à M. Fairfax Murray, à Londres. Dans la vente Loquet (Amsterdam, 1783) on vit une version peinte du même sujet et comprise de la même façon. Le catalogue de la vente Dupuis (Bruxelles, 1865) renseigne une jeune femme tenant une tête de mort.

Enfin Neefs grava encore une Scène d'amour entre un berger et une bergère. Coquettement vêtue comme à la ville, la pastourelle s’adosse à une roche plantée d’arbres et d’autres végétaux; elle est coiffée d’un chapeau de paille et tient une houlette; elle est entourée de quatre moutons. Corydon, agenouillé devant elle, lui déclare son amour, en portant la main à son cœur; il tient aussi une houlette, mais elle se détourne de son adorateur et du geste elle repousse son amour. Le tableau d’après lequel cette planche fut gravée ne nous est pas connu. Elle n’a d’ailleurs rien de la manière et du mode de Jordaens. L’Albertina possède un dessin représentant le même sujet et également conçu et traité dans un style peu jordaenesque.

Jordaens a cependant représenté plusieurs fois des idylles entre bergers et bergères; le cabinet des estampes de Berlin possède un dessin en couleur représentant un berger appuyé sur une chèvre près d’une pastourelle qui lui verse du lait. Sur la hauteur, au fond, on voit des moutons et une chèvre. Dans les ventes de mademoiselle Regaus (Bruxelles, 1775) Horion (Bruxelles,

1788) et Gooris (Malines,

1844) parut le même sujet traité en peinture.

Pierre De Jode le Jeune grava une Adoration des Bergers. A droite la Vierge agenouillée devant la crèche dans laquelle est couché l’Enfant, tient celui-ci à deux mains. Derrière elle Saint Joseph se découvre; l’âne est à côté de lui. Devant Marie s’agenouillent une vieille et une bergère qui lui offre un canard et qui tient un panier d’œufs. Derrière cette bergère un enfant tenant un œuf à la main. Plus loin un chien et un vieux berger portant un agneau; plus en arrière, une bergère, la cruche à lait sur la tête; le bœuf et quatre bergers contemplant la scène. Trois anges planent dans le nue en déroulant une banderolle portant une inscription. Le Louvre possède le dessin d’après lequel cette planche a été gravée. Il est enlevé à grands traits, lavé à l’encre, rehaussé de blanc et de bistre. Cette œuvre présente beaucoup d’analogie avec celle qui se trouve au musée d’Anvers, mais dans la dernière il y a trois bergères de plus.

Pierre De Jode, le jeune, grava encore le Miracle de Saint Martin dont nous parlons à la page 42. Le fond du tableau diffère quelque peu de celui de la gravure. Enfin on doit au même De Jode la gravure d’un Couple de Bouffons; l’homme en froc de moine tient d’une main un hibou sur un perchoir et montre l’oiseau de l’autre main; une jeune commère, le bonnet un peu de travers sur son visage déluré, appuie le bras sur l’épaule du moine et

BERGER ET BERGÈRE (Dessin, Cabinet des Estampes, Berlin).

TAPISSERIES: PROVERBES. CHEVAUX. SCÈNES CHAMPÊTRES

le désigne du doigt. La scène se passe dans l’encadrement d’une fenêtre. Au bas on lit un quatrain dont doici la traduction. «Quoique nous ne soyons que deux notre race est bien plus nombreuse, et si tous les membres ne portent point notre livrée, ils ne se conduisent pas autrement que nous.” (1)

Le peintre-poète a voulu dire par là que le monde est peuplé de fous et de hiboux différant par les dehors des personnages de ses groupes, mais n’étant guère plus sages.

Alexandre Voet grava une autre scène de fous dont nous avons parlé à la page 84.

Nicolas Lauwers (1600 — 1652) grava Y Histoire de Philémon et Baucis. Jupiter et Mercure à peu près nus, une simple draperie ceignant leurs reins, sont attablés chez le couple modèle. Philémon apporte une corbeille de fruits à ses hôtes; Baucis se tient de l’autre côté de la table près de Mercure; à l’avant-plan une oie détale en cacardant. Cette œuvre accuse une parenté manifeste avec la manière de Rubens. Ce maître ou du moins un de ses élèves peignit le même épisode avec quelques variantes; ce tableau qui se trouve au Musée impérial de Vienne fut mis autrefois par erreur sous le nom de Jordaens. Par contre le Musée de Helsingfors possède une peinture de Jordaens concordant bien avec la gravure de Lauwers.

Un tableau représentant le même sujet fit partie de la vente Jean Ayge (Amsterdam, 1702); on le rencontra ensuite dans deux ventes anonymes (Amsterdam, 27 avril 1713 et 2 Avril 1751) et dans la vente du comte André de Stobberg (Soeder-Hanovre, 1859). Une esquisse en fut vendue dans la vente Conrad von Siegburg (Bruxelles, 1901). Le British Muséum en possède une copie assez pâle.

P. Gladitsch grava une autre version du même sujet. Jupiter est assis à gauche et Mercure derrière la table. A l’avant-plan Baucis rattrape l’oie fugitive. Une lampe est suspendue au plafond. Nous ne connaissons pas le tableau d’après lequel cette planche a été gravée.

Tapisseries: Proverbes. Chevaux. Scènes champêtres. — Nous avons déjà rapporté qu’au début de sa carrière, Jordaens avait exécuté à l’aquarelle maints cartons pour des tapisseries (voir page 9). Dans le cours de sa carrière il lui arriva d’exécuter encore pareils modèles, tantôt à l’aquarelle, tantôt à l’huile. Le 22 septembre 1644 il s’engagea par contrat à fournir à Frans van Cophem (ou Van Cotthem), Jean Cordijs et Baudouin van Beveren divers patrons pour «Une tapisserie de chambre, avec figures, savoir certains proverbes en allégorie choisis à sa convenance, et payables 8 florins l’aune” (2).

Le 30 juillet 1652 Jordaens livra au Signor Carlo Vinck une tapisserie de chambre représentant de «grands chevaux”. Le 5 juillet 1651 les patrons pour ces tapisseries avaient déjà été envoyés à titre d’échantillons à Hambourg par le négociant en tapisseries anversois Frans Smits; on nous les décrit en ces termes: «item deux patrons en papier représentant l’Action de chevaux, peints par Jordaens, le premier d’une grandeur de huit rouleaux, l’autre de neuf rouleaux, à six cents florins la pièce”. (3) Le 18 novembre 1652, Jan De Backer, négociant d’Anvers, commanda aux tapissiers bruxellois Henri Reydams et Everaard Leyniers «une belle tapisserie de chambre, ouvrage de Bruxelles, de sept pièces, large de six aunes, de Grands Chevaux, d’après le patron peint de Jordaens, comportant en tout trois cent soixante aunes, de la même qualité que celle d’une tapisserie de chambre, exécutée d’après

(1) Al syn wy maar met ons twee, Doch ons geslacht is sterck,

Sy draeghen niet ons kleedt, Maar sy doen oock zelve het werck.

(2) Een Camer tapitserije, figuerwerk, te weten sekere vuytgebeelde Spreeekwoorden, die hij daartoe bequaem sal vinden tegens 8 guldens ieder elle.

(3) Item twee stucken papiere patroonen van Actiën van peerden, geschildert van Jordaens, het eene groot acht rollen ende d’ander negen rollen tôt zes hondert gulden elck stuck.

le bouffon au hibou (D’après une gravure de Pierre De |ode le Jeune)

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TAPISSERIES : PROVERBES. CHEVAUX. SCÈNES CHAMPÊTRES

le même patron, livrée à Signor Carlo Vinck, le 30 juillet 1652” (1). 11 était stipulé qu’il n’entrerait point d’or dans cette tapisserie et qu’elle serait payée aux tisserands à raison de 16 florins l’aune carrée (2).

Frans Van Cotthem, Jan Cordys et Baudouin van Beveren étaient trois tisserands bruxellois; le premier ne tissa aucune des pièces de ses mains; le second, qui signait Cardys, en tissa trois; le troisième les cinq restantes. En 1647 la série entière fut acquise par l’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas Espagnols de 1646 à 1656. Il la paya 4610 florins 12$ sols. Lorsqu’il retourna à Vienne il les emporta avec lui, ainsi que toute sa riche collection de tableaux et d’autres œuvres d’art. Ces tapisseries appartiennent aujourd’hui au prince de Schwarzenberg et se trouvent à son château de Frauenberg en Bohême. 11 la prêta en 1905 à l’Exposition des œuvres de Jordaens qui eut lieu à Anvers. La série porte le titre de „Proverbes” quoique toutes les pièces ne représentent pas des proverbes proprement dits. Jordaens utilisa nombre des compositions qu’il avait peintes et auxquelles il apporta quelques modifications. Parmi ces compositions il y avait des sujets d’une autre nature auxquels il appliqua l’un ou l’autre dicton populaire. Les diverses pièces mesurent uniformément 3 mètres 75 de hauteur mais diffèrent de largeur. La plus grande a 5 m. 85 de largeur, une autre 5 m. 35, une autre œuvre 4 in. 65; deux ont 4 m. 60; une sixième 4 m. 45, la septième 3 m. 75 et la huitième 3 m. 55.

La plus grande est intitulée: Ingens est nsura malum mata pestis in nrbe. L’usurier) est un grand fléau, une peste grave pour la ville). Jordaens y adapta son tableau Saint-Yves, peint en 1645 et appartenant aujourd’hui au Musée de Bruxelles (voir page 137). Le tableau fut certainement peint au moment où la tapisserie allait être tissée.

La seconde, par ordre de grandeur, porte l’inscription: Ex pnteo vaccam canda trahit ecce magister (Le maître a retiré la vache du puits par la queue). Jordaens traita probablement ce sujet dans un tableau, mais celui-ci ne nous est pas connu. 11 le traita aussi dans l’eauforte qu’il fit en 1652 (nous en parlons à la page 179) et qui est intitulée: Hercule dérobant les vaches de Cacus. La vieille avec la jarre de lait sur la tête et la vache à droite qui se trouvent sur l’eau-forte manquent dans la tapisserie.

La troisième tapisserie dans l’ordre des dimensions s’intitule: Quod cantant veteres tentât resonare juventus (Les jeunes piaillent comme chantaient les vieux). Le tableau, aujourd’hui au Musée d’Anvers, peint en 1638, lui servit de modèle; ici les personnages sont en pied et le rafraîchissoir avec les bouteilles à l’avant-plan a été omis.

Une des tapisseries de 4 m. 60 de largeur s’appelle: N atura paucis contenta (La nature se contente de peu). Pour celle-ci Jordaens utilisa le Satyre et le Paysan du Musée de Bruxelles, mais en substituant au satyre deux enfants dont l’un mange des raisins et dont l’autre met une guirlande de feuillage au cou d’une chèvre. Les personnages sont représentés en pied. M. Fairfax Murray possède un dessin traitant le même sujet et exécuté en forme de tapisserie (Voir la reproduction page 20).

L’autre tapisserie de la même largeur, porte pour titre: Ocnliis Domini pascit equum (L’œil du maître engraisse le cheval). Jordaens choisit pour illustrer ce proverbe son tableau

(1) Eene camere fijne tapisserije, Brussels werck, van seven stucken, ses ellen diep, van Oroote Peerden, naar den patroon geschildert van Jordaens, houdende in ailes drij hondert sestich ellen, van gelijcke deucht als geweest is eene camer, naar den selven patroon gemaeckt, gelevert aan Signor Carlo Vinck, den 30,te" July 1652.

(2) F. JOS. VAN DEN Branden, Geschiedenis der Antwerpsche schilderschool. Pages 826 — 827. Le nom du premier des trois tisserands Bruxellois est Van Cophem d’après Van den Branden; dans les Tapisseries Bruxelloises par Alph. Wauters on le nomme Van Cotthem. Le troisième a signé Cardys, ses tapisseries des Proverbes; Wauters l'appelle Cordys, Cordeys, Courdys, Coredys.

TAPISSERIES: PROVERBES. CHEVAUX. SCÈNES CHAMPÊTRES

Le Nègre menant un cheval à son maître, qui se trouve au Musée de Cassel et dont nous avons parlé page 139.

Pour le sujet de la pièce suivante, large de 4 m. 45, intitulée: Male partum, male dilabitur (Bien mal acquis ne profite guère) Jordaens emprunta quelques personnages du tableau Le Joyeux Repas appartenant au duc d’Abercorn, que nous décrivons page 154. La plupart des figures de cette tapisserie diffèrent notablement de celles du tableau et aussi de celles du dessin sur le même sujet (voir page 57) appartenant à M. Delacre, à Gand.

La tapisserie de 3 m. 75 de largeur, intitulée: Qui amat periculum peribit in eo (qui chérit le danger y périra), représente le même sujet que le tableau appartenant à M. Steengracht de La Haye et que le dessin Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse du

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