ESQUISSES
d’autres peintres d’histoire brossaient des esquisses pour leurs toiles les plus importantes, nous ne connaissons de Jordaens aucun projet de ce genre, si ce n’est les trois esquisses de son Triomphe de Frédéric-Henri, qu’il envoya avec quelques autres encore à la Haye pour y être soumises à Amélie de Solms. Ceci est vraiment prodigieux, et nous permet d’en conclure que Jordaens composait si facilement ses tableaux ou apportait si aisément des modifications à des sujets déjà traités par lui, qu’il ne lui fallait point recourir à des esquisses complètes.
Nous connaissons tout aussi peu d’esquisses pour les figures ou les groupes détachés de ses grands tableaux. Le Musée de Madrid et l’Ermitage de Saint Pétersbourg possèdent chacun un tableau: le premier intitulé les Trois Musiciens, deux enfants en train de chanter et un troisième les accompagnant sur la flûte; l’autre Trois têtes d’enfants, mais l’attribution de ces tableaux à Jordaens est un peu aventurée. Aucun des deux ne représente des figures utilisées par le maître dans d’autres œuvres.
Autrement authentiques et importantes sont quelques autres études: les trois têtes, deux de femmes et l’une d’un homme, du Musée d’Anvers; les deux têtes d’hommes du Musée de Gand; les trois femmes et un enfant de la galerie du baron Brukenthal à Hermannstadt; la tête de jeune fille appartenant à M. Mensing d’Amsterdam. Toutes se distinguent par une extraordinaire audace jointe à une extrême assurance dans la touche et dans le coloris. Elles attestent encore plus clairement que n’importe quel tableau combien Jordaens avait l’œil juste, combien il était maître de son pinceau et combien, sans la moindre hésitation, il parvenait d’emblée à rendre ce qu’il avait devant les yeux ou dans l’esprit.
Lors de l’Exposition des œuvres de Jordaens qui eut lieu à Anvers en 1905, dont nous avons déjà parlé maintes fois au cours de ce travail, et qui fut une véritable révélation pour plus d’une œuvre du maître, furent rassemblés un grand nombre de ses dessins les plus remarquables et presque toutes ses esquisses. Grâce à cette partie si intéressante et si complète de l’Exposition il a été possible d’étudier Jordaens dans des manifestations de son talent sur lesquelles l’attention n’avait guère été attirée jusqu’à présent.