‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 92 sur 142 · SAINT CHARLES BORROMÉE · texte numérisé non relu

SAINT CHARLES BORROMÉE

Le tableau de Jordaens est signé: J. Jordaens. Il représente Saint Charles Borromée priant pour les pestiférés. Le Saint, agenouillé sur une éminence, haute de quelques marches fait appel à la médiation de Marie, qui apparaît un peu au-dessus de lui, offrant une palme à son fils descendu sur une gloire et le suppliant d’exaucer la prière du prélat. A côté du Christ on voit d’un côté deux petits anges, de l’autre côté un ange plus grand, tenant une couronne de roses dans une main et un cœur enflammé

dans l’autre. Sur le sol gît une pestiférée, un enfant suspendu à son sein, à côté d’elle une autre femme la soigne; on voit encore par terre un agneau mort, et, au milieu, le cadavre d’un homme.

L’œuvre est ingénieusement ordonnée de manière à remplir la haute toile; les personnages s’étagent de bas en haut en ligne brisée sans que le peintre se soit donné la moindre peine pour masquer son artifice. 11 a tenu surtout à s’imposer par l’audace de la forme.

Le saint en prière rejette la tête en arrière et a écarté les bras en un geste tourmenté et violent; avec son vêtement de couleur éclatante il occupe le centre du tableau et domine toute la scène.

La femme malade et l’homme mort au pied du tableau sont tout aussi contorsionnés; elle, le torse renversé, lui le corps plié en deux, la tête et les épaules en avant; tous deux disposés ainsi intentionnellement. La couleur aussi vise à l’effet. Des tons éclatants ressortent sur le fond sombre: la robe et le camail rouge ainsi que le blanc surplis du cardinal, l’ample manteau bleu de la Vierge, au milieu, dans le haut l’ardeur fauve baignant le Christ d’une lueur mate ; les tons froids et clairs de la malade et du cadavre se détachent sur les ombres opaques et se fondent avec elles en dégradations progressives, de manière h former un ensemble à la fois plein de contrastes et très homogène. Ces tons sombres, cette recherche des énergiques oppositions de couleur; l’allure risquée et la physionomie vulgaire et assez banale du saint démontrent que Jordaens est en train de chercher une nouvelle manière, sa dernière, sa manière sombre et plus réaliste. Il entrera encore plus loin dans cette voie, il versera dans

SAINT CHARLES BORROMÉE (Eglise Saint-Jacques, Anvers).

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