LES PEINTURES DE HULST
Sur le deuxième tableau Jan Vos rima tout aussi platement:
La paix apparaît au Romain et au Batave Le carnage a cessé sur le pont
L’olivier de la paix s’obtient le mieux par le laurier de la guerre Quiconque guerroie pour la paix a raison de combattre. (1)
Enfin le troisième tableau est célébré de cette façon par le rhéteur officiel :
Ici le Philistin est défait par Samson
Qui délivre l’église et la patrie a bien mérité de Dieu et du peuple. (2)
On attribue un quatrième tableau à Jordaens, Goliath décapité par David, mais comme ni les comptes de la ville, ni la description du palais municipal, ne mentionnent notre peintre comme l’auteur de cette œuvre, cette attribution ne repose sur aucune certitude.
On rapporte que Govert Flinck livra les esquisses pour les tableaux historiques décorant l’hôtel de ville d’Amsterdam et que le travail fut exécuté par Ovens, Lievens, Jordaens et Legrand. En vérité Govert Flinck peignit lui-même plusieurs de ces tableaux et les autres sont dus à Ferdinand Bol, Jan Lievens, Bronckhorst, Nicolas Helt Stokade et Brizé. (3)
Les tableaux de Jordaens sont placés à une si vertigineuse hauteur que c’est à peine si l’on peut en distinguer le sujet. Encore moins pourrait-on juger de leur valeur. Dans tous les cas cette valeur paraît être assez nulle. On ne conçoit point comment l’architecte Van Campen qui avait collaboré avec Jordaens à la Salle d’Orange de la Maison du Bois et qui lui avait même réservé la place d’honneur, relégua ici son œuvre hors de la portée de la vue pour réserver les places avantageuses à d’autres peintres. Faut-il supposer qu’il voulut par là venger à Amsterdam l’école hollandaise de la préférence témoignée par Amélie de Solms aux artistes flamands pour la décoration de la Maison du Bois. On ne s’explique guère mieux comment la ville d’Amsterdam paya une somme aussi considérable pour une œuvre que nul ne pourrait apercevoir.
Les peintures de Hulst. — En 1663 Jordaens exécuta les peintures ornant à Hulst ia grande salle, ou Vierschaar (tribunal) dans le Landhuis ou maison du bailliage de cette ville. Ces peintures couvrent les trois côtés de la cheminée et représentent la Glorification de la Justice. Celle-ci est assise à l’avant-plan et au milieu du tableau; un lion est couché à ses pieds; de la main droite elle tient la table de la Loi sur laquelle on lit ce verset du Deutéronome: Verhoort aw broederen ghey Rechters ende rechtet recht tnsschen eenenygelyck ende synen broeder ende vreemdeiinck. (Entendez vos frères, ô juges, et jugez selon l’équité entre tout homme et son frère ou l’étranger). Au fond à droite un ange avec le glaive et le balance et une autre figure allégorique: la Vérité, toute nue, tenant le classique miroir. A gauche Moïse, Aaron, Fortitado (la bravoure), une femme vêtue d’une armure, tenant
(1) De vreê vertoont zich by Romein en Batavier.
Zoo ziet men op de brug Met moordtkrakeel beslecbten.
De vreed’ olijf verkrijgt men best door krijgslauwrier.
Wïe oorlog voert om vreed' is loffelyk in ’t vechten.
(2) Hier wordt de Filestyn door Samsons kracht verslaagen,
Wie kerk en haart bevrijdt kan Godt en ’t volk behaagen.
Jan Vos, Gedichten, I, 394.
(3) Œuvres de Vondel éditées par Van Lennep VI. 615. VII. 88, 89. IX. 658.
210 LES PEINTURES POUR LA SALLE DE LA GlLDE DE SAINT LUC
une colonne; Justifia (la Justice) drapée de blanc, de rouge et de bleu; et deux enfants nus. Aaron, un vieillard à barbe et à cheveux gris, porte son costume sacerdotal; placé au pied de la table de la Loi il montre celle-ci. Moïse, à la barbe et aux cheveux noirs, les deux rayons traditionnels lui jaillissant du front, passe la tête par dessus cette table. L’œuvre est assez grossière et elle est en fort mauvais état, mais la Vérité représentait sans doute une séduisante figure. Le tableau porte cette inscription: J. Jord. fe A0 1663.
Aux côtés de la cheminée sont représentées encore deux petites scènes. A droite un ange avec un glaive et une balance, accompagné de cette inscription: Tweclerley weechschael en tweederley zwaerdt is den heere een griiwel ja die beyde . . . (Deux balances et deux épées différentes font horreur au Seigneur). A gauche trois anges, l’un avec un masque, l’autre affublé d’une tête de Méduse, et le troisième qui fait la culbute. Ce sujet est commenté en ces termes : De Heere heeft een afgryzen van den bloedgierigen en den bedrieger, de Heere straft aile ongerechtigen. (Sap. VI). (Le Seigneur a horreur du sanguinaire et du trompeur.
Il punit toute iniquité).
Ces tableaux se trouvent encore à leur place et sont conservés dans leur état primitif, mais ils sont ternis et embus; à droite l’inscription a été repeinte et elle est devenue en partie indéchiffrable.
Ces tableaux furent payés 200 rijksdaalders à Jordaens.
Dans les comptes du „Hu!ster Ambacht”, qui exerçait autrefois des droits de propriété sur l’immeuble en question, mention est faite de cette œuvre. 0)
Jordaens exécuta un fort joli dessin de la peinture principale décorant la cheminée de Hulst. La composition y est reproduite en entier, sauf la figure de la Justice. Ce dessin se trouve au cabinet des estampes du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Les peintures pour la salle de la Gilde de Saint-Luc. — En 1663 le roi d’Espagne, Philippe IV avait fondé l’académie d’Anvers et l’antique Gilde de Saint-Luc avait obtenu de l’administration communale la jouissance d’une aile de l’édifice de la Bourse de Commerce. C’est dans ce bâtiment que la nouvelle académie installa d’abord une salle de spectacle et ensuite les classes de son école d’art. Nombre de peintres s’offrirent pour décorer cette salle de spectacle. Jordaens leur donna le bon exemple. En 1665 il fit don à l’académie de son tableau La Justice ou le Droit humain basé sur le Droit religieux, appartenant aujourd’hui au Musée d’Anvers. La composition est en majeure partie la même que celle du tableau
(1) 22 Juni 1663. Twee hondert Ryxdaalders gebooden voor de schilderije die moet koomen voor de schoorsteen in de Vierschaar ende twee gedeputeerden benoemt om daerover met den heer Schilder Jordaens te handelen en op 2 Juli 1663: Rapport van gen. Heeren dat het voorsc. bod was aangenomen. (Communiqué par M. P. N. Brouns. Découvert par M. F. Caland, archiviste à Hulst).