‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 96 sur 142 · LES PEINTURES POUR LA SALLE DE LA GILDE DE SAINT LUC · texte numérisé non relu

LES PEINTURES POUR LA SALLE DE LA GILDE DE SAINT LUC

principal du „Vierschaar” de Hulst. Ce tableau est en hauteur alors que celui de Hulst et les dessins de l’Ermitage sont en largeur. Au milieu siège la Justice, le lion couché à ses pieds; à sa droite l’ange avec le glaive et la balance; à côté de celui-ci trois petits anges. A gauche Moïse tient les tables de la Loi qu’il montre à Aaron. Les autres figures Veritas, Justifia et Fortitudo sont omises. Les tables portent ces inscriptions empruntées au Deutéronome : Verhoort uw broederen ghy Rechters etide Recbtct Redit tusschen een yghelyck synen broeder en den Vreemdelinck ; livre 19, verset 15: Ghy en suit niet oneerlijck handelen . . . en sut . . . voor de gerecht . . . no ch geen . . . (Le texte dans la Bible néerlandaise est le suivant: Ghy en suit uwen naasten geen onrecht doen oncler schijn van redit noch hem met gewelt verdrucken). Le tableau porte: Arti victoriae Jacobus Jordaens donabat. 11 se range parmi les productions grossières dont notre peintre ne bâcla qu’un trop grand nombre durant cette partie de sa vie. Moïse et Aaron sont des figures bien vulgaires; la Justice a l’air bien indolente; l’allégorie est d’une candeur par trop puérile; il y a abus d’épaisses ombres brunes à peine relevées de quelques pauvres lumières.

Dans la vente des œuvres laissées par Jordaens, figura sous le N° 73 un grand tableau haut de 5 pieds 1\ pieds, large de 8 pieds, représentant un tribunal ou Moïse et Aaron. II fut vendu 30 florins, il s’agissait probablement d’une troisième version du même sujet.

Outre ce tableau Jordaens peignit encore pour la grande salle de la Gilde de Saint-Luc deux plafonds qui se trouvent aussi au Musée d’Anvers. Le premier représente le Commerce et l’Industrie protégeant les Arts. La Vierge de l’Industrie, la coiffure richement constellée de perles, siège sur un banc de marbre dont le dossier est formé d’une balustrade. Elle est vêtue d’une robe blanche et bleu clair. Un artiste, drapé d’un manteau rouge et d’une robe blanche, s’agenouille à ses pieds et trempe les lèvres à un verre qu’elle lui tend. Sur le même banc, à droite, est assis Mercure, le dieu du commerce, étendant son caducée sur son protégé. A côté du dieu quatre femmes personnifient les arts. A gauche une femme agenouillée étend la main vers l’artiste; dans cette composition figurent encore Apollon avec l’arc et la lyre, et deux Cupidons, dont l’un tient un tambour de basque.

C’est une scène allégorique bien ordonnée, dont les tons sobres se détachent avec assez d’éclat mais sont assourdis par d’opaques et surabondantes ombres. L’œuvre n’est guère décorative, Apollon est un rustre à l’attitude plutôt piteuse; Mercure, affalé sur le banc n’a rien non plus d’un Immortel; l’artiste semble plutôt s’abreuver au sein de la Vierge de l’Industrie qu’à sa coupe. A l’origine les coins du tableau étaient coupés, par la suite on les a rétablis et recouverts de peinture noire.

Constatons en passant que dans la collection de M. Fairfax Murray à Londres, se trouve un dessin colorié traitant un sujet allégorique indéchiffrable présentant néanmoins quelque analogie avec la peinture exécutée pour la Gilde de Saint-Luc. Une vierge assise sur une éminence est armée d’un bouclier orné d’une tête de Méduse. Le Temps tient une couronne au-dessus de sa tête. A côté du Temps, Mercure; de l’autre côté un vieillard coiffé d’une couronne murale offre une grappe de fruits à la vierge; un homme agenouillé présente une assiette de fruits et un autre un cœur enflammé à la même déesse devant laquelle sont rangés quantité d’hommes, de femmes et d’enfants.

Le deuxième plafond représente Pégase faisant jaillir la source de l’Hippocrène du Parnasse : un cheval blanc ailé s’élance sur le Parnasse et fait sortir de la double cime de la montagne la fontaine d’Apollon et des Muses. Cinq amours planent plus bas; à droite figure une couple de satyres. C’est un tableau aussi grossier de conception que de facture; l’ordonnance en est absolument déplaisante; bref, le tout est dépourvu du moindre mérite artistique.

JÉSUS PARMI LES DOCTEURS DE LA LOI

Jordaens ne fut pas seul à orner le local de la Gilde de Saint-Luc: Arthur Quellin l’enrichit du buste en marbre du marquis de Caracena, gouverneur des Pays-Bas du Sud et Théodore Boyermans le décora d’un plafond s’accordant avec ceux brossés par Jordaens. La gilde exprima sa reconnaissance aux deux peintres en une pièce de vers inscrite dans les registres de la société. Nous n’entreprendrons point la traduction des vers boiteux rimaillés en l’honneur de Jordaens. 11 suffit que nous les reproduisions ci-dessous, à titre de document, dans le texte original. (1)

La seule chose à relever dans cette méchante poésie est que par deux fois le poétereau s’adresse à Jordaens en lui donnant du Mijnheer , du monsieur, titre dont on n’abusait guère à cette époque et qui n’était même décerné qu’aux personnages très considérés et d’une très haute condition.

La Gilde de Saint-Luc ne se borna pas à remercier les deux peintres par ces rimes lamentables. Les comptes de 1666 — 1667 de la Chambre Rhétorique de Olijftak (la branche d’olivier) portent que la gilde paya 336 florins pour une aiguière avec bassin en argent

offerte à «monsieur” Jordaens. Boyermans reçut pour sa part un buste en vermeil d’une

valeur de 50 pattakons (125 florins).

Jésus parmi les docteurs de la loi. Mayence. — Un autre tableau de 1663 qui se trouve au Musée de Mayence et qui représente Jésus âgé de douze ans parmi les docteurs de la Loi, vaut bien mieux que tout ce fatras allégorique. Il fut peint pour le maître autel de l’église Sainte-Walburge à Furne. 11 fut emporté en 1794 par les commissaires de la République française, et donné par Napoléon 1er au Musée de Mayence. 11 porte J. Jor. fec. 1663.

L’Enfant Jésus, vêtu d’une robe gris bleu, unie et tombante, occupe le milieu de cette

importante toile. Il lève la main droite en tendant l’index, il repose la gauche sur une bible ouverte. Marie, vêtue d’une éclatante robe bleu clair, et Joseph pénètrent dans le temple et contemplent le spectacle avec surprise. Derrière eux est un vieux prêtre en surplis blanc; au-dessus d’eux un autre en manteau d’or; devant eux un docteur se penche pour ramasser un livre. A droite se prélasse un des grands dignitaires du temple vêtu d’un fastueux manteau rouge, le capuchon rabaissé sur la tête. Il domine un groupe de deux théologiens, l’un assis à une table, la plume à la main, un livre ouvert devant lui, l’autre penché vers le premier et lui indiquant une page de ce livre. Tout en haut, au-dessus de Jésus, trône le grand prêtre, penché en avant et écoutant l’enfant prodige. A droite et à gauche du

(1) Poësis sucht vernoecht, sij sucht om ’t onvermogen van haer weldoenders oock te loonen na waerdij: vernoecht om dat niet al haer vrinden sijn ontvlogen die haer met Schilder-CONST soo heerlijck komen bij.

Terwijl u heeft gelieft uijt gonst tôt dese Camer een onwaerdeerlijckheit van Const te dragen op: noch nemmer en gaf aen haer iet aengenamer, dus singht sij uwen lof stets op PARNASSI top.

Die haer met stom gespreeck seer godlijck heeft verheven op ’t welfsel van de bors gelijck als in een kerck, tôt haerder eer gesticht, van MAGISTRAET gegeven: alwaer PlCTURA bout den inganck van het werck.

Sij sal terwijl de nijt sal op haer cneukels bijten in dander eeuwen met onsterfelijck geschal u naem en Scilder-CONST bewaren van verslijten en schrijven op haer borst JORDAENS bemint het al.

Die waerde vrint, (aen wien sij wettich is verbonden) die maeckt haer schaem-root door syn overgroote gonst. Sij schelt haer rijmers luij, en vaddich door de sonden van veel ondanckbaerheit en weijnicheit van const.

Toch laat u goetheit niet verbelgen dit t’ ontfangen slecht uijt gedachtenis, int minsten niet gelijck aen u verdiensten, neemt den goeden wil gevangen tôt pant en vasten borch dat vrintscap niet en wijckt.

Dies vat ickt woort en schijn Poesi te believen, niet naer ’t haer wel gevalt, maer naer het heden past: sy bidt dat ick haer vrint soud’ met een woort gerieven mijn Heer JORDAENS aen u heeft sij mij dit belast.

MIJNHEER ist dat ons GOD door segen comt te geven tôt welstant onser guld iet wonderlijck en goet daer suit gij als ons vrint en eijgenaer med’ leven, bedancken duijsentmael dat gij ons Camer doet.

Het Jonstich Versaem de Violieren. Page 103. Manuscrit des Archives de l’Académie d’Anvers. No. 29).

JÉSUS AGÉ DE DOUZE ans prêchant dans le temple (Musée de Mayence),

(93ri9yfiM 9b 992uM) 3J3M3T 3 J 8MAQ THAHDBflq 2HA 3XU0Q 3Q 30A 8U831

JÉSUS PARMI LES DOCTEURS DE LA LOI

pontife sont ressemblés un grand nombres de prêtres. Au-dessus de lui un de ces prêtres se penche par dessus une balustrade. Au fond la riche architecture du temple.

C’est un chef-d’œuvre d’observation et d’étude de caractère. Un même fait frappe tous les personnages: le stupéfiant phénomène d’un enfant qui vient faire la leçon aux plus savants docteurs de la loi, à des théologiens qui ont passé toute leur vie à approfondir et à élucider les mystères des Saintes-Ecritures. Marie en est abasourdie; elle en demeure bouche bée et la main étendue, elle n’en peut croire ses yeux et ses oreilles. L’artiste n’a pas donné un rôle bien intéressant à Joseph; il en fait un simple comparse. Mais les prêtres forment toute une galerie de têtes très caractéristiques. L’attention de beaucoup est fort tendue. Chez le grand prêtre notamment cette attention est telle qu’il en perd tout souci de tenue et d’étiquette et qu’il se penche en avant, attiré par la parole de l’enfant. Beaucoup d’autres prêtres sont littéralement subjugués, ils tendent l’oreille et fixent des regards émerveillés sur le jeune prodige. D’aucuns voudraient pénétrer et expliquer ce mystère. Le prêtre au manteau rouge à droite, le menton dans la main, tourmente sa longue barbe, et darde un regard scrutateur et méfiant à cet initié précoce; au-dessus de lui un autre appuyé à la balustrade voisine du trône pontifical, la tête posée sur son poing crispé, est intrigué jusqu’à la torture; il se sent pour ainsi dire humilié par la science de ce bambin, il se livre aux pires conjectures. D’autres rient et sourient sans attacher grande importance à ce phénomène. Deux vieillards écoutent avec calme et ne perdent pas un mot du jeune prédicateur; ils regardent gravement devant eux, et ferment à moitié les yeux pour que rien ne les distraie du merveilleux discours. A l’avant-plan, aux pieds de Jésus, règne un autre esprit. Là siègent les doctes éplucheurs de la Loi, blanchis dans l’étude du livre, ou devenus chauves à force de chercher des interprétations spécieuses; or, voilà que cet enfant contredit toute leur science, inflige un démenti à toutes leurs affirmations; c’est donc un impie, un schismatique; il pèche contre la sainte doctrine, il détourne le sens du verset; tenez, voici un mot qui le condamne. Et tous ces scribes de guetter un solécisme dans l’argumentation de l’enfant et de s’en réjouir comme d’une victoire. Mais Jésus continue simplement et paisiblement, interprète d’une science plus haute, d’une loi plus noble.

11 n’y a pas loin, en Flandre, de Furne à Dixmude et, probablement, quand les bonnes gens de la première de ces villes eurent à commander un tableau pour le maître autel de leur église, ils furent convaincus qu’ils ne trouveraient pas de meilleur peintre que celui qui avait exécuté une vingtaine d’années auparavant le tableau pour la ville voisine. De son côté Jordaens semble s’être rappelé son œuvre de 1644, quand il peignit celle de 1663; non point que la manière soit restée la même, au contraire, la différence saute aux yeux, mais l’analogie de l’ordonnance des deux tableaux est frappante. Dans l’un comme dans l’autre, il a pris pour foyer une figure se détachant par sa forme et sa couleur saillantes sur tout son entourage. Ici le petit Jésus occupe tout à fait le milieu de la toile, il est seul et tout droit; il est vêtu d’une robe violette en forme de chemise, qui le couvre tout entier, sa figure est encadrée d’une opulente chevelure brune. Le jeune docteur ne nous frappe point par sa beauté mais plutôt par une physionomie étrange, tout comme le roi nègre de Dixmude, et ici comme là, autour de cette figure rien moins que séduisante, se presse la légion brillante des gens d’église, se prélassant dans leurs costumes pontificaux: chasubles d’orfroi et de pourpre, surplis blancs, dalmatiques bleues et autres atours chaudement teintés. Marie avec sa robe d’un bleu clair et vif fait une tache extraordinairement radieuse, enchérissant sur celle non moins opulente fournie par le prêtre en rouge prestigieux et en blanc placé de l’autre côté. Dans le tableau de Dixmude règne une lumière argentée, ici

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une ardeur dorée. La richesse de la couleur a encore augmenté, mais cette couleur est plus lourde, plus fastueuse; le temple ressemble à un palais et les prêtres semblent s’être attifés,

comme s’ils avaient à recevoir un roi au lieu d’un enfant. Mais ils n’ont pas l’air bien

distingués. Ce sont autant d’individus livrés à de mauvaises passions, sans magnanimité dans le cœur, sans noblesse dans le sang.

Mais quelle splendeur dans cette couleur glorieuse, dans cette lumière d’or, dans ces tons si éclatants, répandus avec tant de munificence; quelle aisance dans l’interprétation de pensées profondes et dans la distribution de cette masse de personnages somptueux autour de cette humble figure d’enfant!

Jordaens peignit une seconde fois le même sujet dans un tableau appartenant à la Pinacothèque de Munich et qui fut probablement exécuté aussitôt après celui dont nous venons de parler. Cette toile plus petite mesure 235 cent, de haut sur 296 de large tandis

que celle de Mayence a 425 cent, de haut sur 330 de large. Les personnages sont plus

éparpillés; il y en a un de plus à gauche près du grand prêtre; mais dans le haut il n’y a plus la balustrade par dessus laquelle se penche un prêtre. L’architecture du temple diffère aussi. Le reste est identique; la couleur comme la composition. Mais en général la valeur de l’œuvre est moindre et elle ne présente ni le ton éclatant et vigoureux, ni la touche intrépide du tableau de Mayence.

Il paraît avoir existé encore un troisième tableau traitant le même sujet. Du moins le catalogue de la vente de Ferdinand comte van Plettenberg van Witte (Amsterdam, 1738) renseigne un Christ parmi les docteurs dans le Temple , haut de 11 pieds, large de 9 pieds, 3 pouces „un tableau capital de la meilleure époque de Jordaens”, vendu 120 florins.

Dans la collection Fairfax Murray se trouve un dessin à l’aquarelle de Jordaens, représentant le même épisode. Ici l’Enfant Jésus est assis et s’accoude à un pupitre. Un grand nombre des figures du tableau se retrouvent ici. En haut manque le grand prêtre, en bas le docteur qui ramasse le livre. 11 s’agit évidemment d’une étude pour le tableau de Mayence.

Un dessin appartenant à M. Delacre de Gand, représente encore une autre version de Jésus parmi les docteurs de la Loi. Jésus, debout devant un pupitre, parle le bras levé. Marie et Joseph se tiennent à sa droite. En bas siègent deux couples de docteurs, un de chaque côté. A mi-hauteur figure un groupe de cinq autres prêtres; en haut penchés par-dessus une balustrade il y a encore deux autres groupes d’auditeurs. Le grand-prêtre manque aussi sur ce dessin.

Telles sont des œuvres de Jordaens de 1653 à 1665 celles qui portent une date ou que

la présentation au temple (Musée de Dresde),

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LA PRÉSENTATION AU TEMPLE

des documents authentiques indiquent avoir été exécutées dans le cours desdites années. Il va de soi que dans ce laps de treize ans il en peignit bien d’autres que celles dont nous nous sommes occupés. 11 nous reste à examiner quels tableaux encore appartiennent probablement à la même période; pour en juger nous recourrons comme pierre de touche à la manière de leur facture.

La Présentation au Temple. Dresde. —

Le plus important des tableaux que nous rapporterons à le même époque cà cause de l’analogie de sa facture avec celle du Christ parmi les docteurs du Musée de Mayence est le grand tableau du Musée de Dresde, la Présentation au Temple.

Au fond la voûte du temple avec les colonnes qui la supportent.

Sous la coupole qui s’arrondit à l’extrémité de la nef, se dresse l’archedel’alliance au-dessus de laquelle est suspendu un baldaquin en velours rouge. Marie et le grand-prêtre occupent des places

d’honneur sur le devant. Elle porte un manteau bleu clair; un linge de toile blanche lui couvre l’arrière de la tête et tombe dans le cou ; le bout des manches rouges émerge de dessous le manteau. Elle étend les mains vers le grand prêtre comme si elle craignait qu’il laissât choir le bébé. Siméon porte une superbe chape en or brodé sur fond d’argent rehaussé d’un peu de rouge; sous la chape il est vêtu d’une robe de lin blanc, il est coiffé d’un bonnet de velours rouge. Entre lui et Marie, au second plan, Sainte Anne sourit

JÉSUS PARMI LES DOCTEURS (Fragment, Musée, Mayence).

LA PRÉSENTATION AU TEMPLE

au petit Jésus. Joseph est agenouillé devant Marie. Son vêtement principal consiste en une ample draperie jaune brun qui le couvre tout entier. Il porte la main à une cage contenant deux pigeons qu’il vient offrir. Derrière lui deux enfants: l’un tient une chèvre et l’autre un pigeon. A gauche une mère un poupon sur les bras, deux hommes qui regardent et une jeune femme avec une cage à pigeons sur la tète. A droite près du grand prêtre deux enfants de chœur tenant des candélabres garnis de flambeaux allumés, et deux vieillards.

L’œuvre se recommande par une grande opulence de couleurs chaudes; les draperies de Siméon et de Joseph, la robe à bordure d’or de l’enfant de chœur le plus rapproché du spectateur, la robe rouge de la mère à gauche, le baldaquin rouge forment les notes dominantes de cette symphonie de couleurs. Elles se détachent en une onctueuse clarté sur le sol baigné d’une lumière crépusculaire et transparente.

Des ombres gris mat répandues à profusion adoucissent et noient l’éclat aveuglant des tons vifs. La lumière joue partout, sans rayonner fortement nulle part. On admire quantité de belles têtes expressives: par exemple, Siméon, le visage levé vers le ciel, rendant fervemment grâce au Seigneur qui lui a accordé de voir le Messie; et aussi les deux vieillards derrière lui, d’énergiques têtes de gens du peuple, types des futurs Apôtres. La scène est ordonjésus parmi les docteurs née très simplement; comme

(Dessin. Mr. Fairfax Murray, Londres). conçue et exécutée Spontané-

ment, sous le coup de la

même émotion que l’on respire dans les détails comme dans l’ensemble; cette scène vous prend aussi par sa grandeur décorative sans la moindre emphase: c’est un réel chef-d’œuvre.

Jordaens prouva ici qu’il s’entendait aussi bien que Rubens à peindre un tableau d’autel grandiose et majestueux; il ne mêle qu’un ton cordial et populaire à la manière héroïque de son prédécesseur. Ses personnages sont empruntés à la vie usuelle, surtout les assistants; mais ceux-ci, le jeune porteur de candélabre avec sa bonne frimousse de gamin anversois

LA PRÉSENTATION AU TEMPLE

pas plus que Joseph avec sa rude figure d’artisan, ne troublent l’édifiante impression. A la

vérité il apprit beaucoup de son illustre devancier et il lui fit de fréquents emprunts; ce

tableau-ci en témoigne abondamment. Nous avons déjà constaté que la Présentation au Temple de Rubens, non point telle qu’il la peignit sur le volet de droite de la Descente de Croix, mais telle qu’il la fit graver par Pontius, présente tout à fait la même distribution

et que Jordaens, dans le tableau que le Musée de Lyon possède de lui, la Visitation, ne

copia point l’autre volet de la Descente de Croix de Rubens, mais la Visitation telle que la grava Pierre de Jode. Jordaens s’inspira de même de la Présentation an Temple de Rubens. Dans la gravure de Pontius d’après Rubens, Siméon est aussi représenté tenant l’enfant dans ses bras et levant les yeux au ciel; Marie étend les mains comme pour conjurer la chute de son nourrisson; Joseph s’agenouille devant elle; Sainte Anne se tient à l’arrière-plan; un enfant de chœur avec un flambeau est à côté du grand prêtre ; une mère et son bébé se trouvent parmi les regardants. Jordaens a introduit de légères variantes dans les attitudes de ses personnages et les spectateurs sont au nombre de huit au lieu de trois. L’arche de l’alliance et le baldaquin qui la recouvre, ont aussi été repris à Rubens. Jordaens a prêté à l’ensemble un caractère plus animé et plus expressif; la composition a même gagné en vérité et en vraisemblance; le caractère solennel de la scène est un peu atténué, mais la vie y palpite avec d’autant plus de franchise.

Je ne doute pas un instant que le tableau ne date de la même époque que le Christ parmi les docteurs de Mayence; peut-être est-il antérieur de quelques années, parce que la peinture en est plus consistante ; en outre les ombres sont moins abondantes et moins lourdes; mais le ton à la fois sombre et chaud, la large facture, l’expression énergique des visages, le sain réalisme est bien de l’époque que nous traitons ici.

Outre les traits généraux de parenté des modèles de Jordaens nous ne trouvons point dans ce tableau des figures concordant avec celles des autres œuvres, sauf l’enfant au pigeon, à gauche, qui est le même que celui de la Fécondité, et le nourrisson sur les bras de sa mère qui est le même que le bambin à la tête bouclée du Miracle de Saint Martin, tous deux à Bruxelles; ce qui démontre que Jordaens continua à utiliser les modèles de sa première époque. Quoique ici toutes les figures soient sainement bâties comme toujours, nous dénoncerons une grosseur à l’épaule droite de la mère portant son enfant; une enflure faisant l’effet d’un troisième sein ; difformité qui se présente aussi dans des œuvres antérieures.

Ce tableau figura dans une vente anonyme qui eut lieu le 26 juin à La Haye, et il fut vendu pour 245 florins. En 1754 il est déjà mentionné dans l’inventaire des œuvres d’art appartenant à la maison princière de Saxe. Dans la vente Salamanca (Paris, 1875) parut un tableau traitant le même sujet, mais de moindre format. L’Albertina possède un dessin à

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SAGES COMME LES ENFANTS (Dessin, Mr. Fairfax Murray, Londres).

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