‹ Jordaens; sa vie et ses œuvresChapitre 97 sur 142 · TABLEAUX BIBLIQUES AVEC TEXTES · texte numérisé non relu

TABLEAUX BIBLIQUES AVEC TEXTES

l’aquarelle du même sujet. Un dessin appartenant à M. Vaerewyck d’Anvers représente aussi le même épisode, mais avec quelques modifications.

Parmi les autres tableaux religieux de la même époque nous citerons d’abord celui du Musée de Copenhague: Le Christ bénissant les Enfants. Le Christ est assis sur une sorte d’estrade haute de plusieurs marches; des mères portant leurs enfants ou les menant par la main se tiennent en bas; à mi-hauteur et plus haut encore se pressent de nombreux Apôtres et spectateurs. Le morceau est largement brossé avec des ombres brun rouge et de claires taches de lumière. Les hommes ont des types de juifs très prononcés, les femmes sont séduisantes. Ce tableau ne produit pas une impression bien profonde. 11 fut acheté en 1759.

En 1767 une autre version du même sujet parut dans ia vente Julienne à Paris: Notre Seigneur appelle les enfants à lui; on en voit trois, il prend l’un d’eux par les mains; quinze personnages grandeur nature dont plusieurs vus à mi-corps complètent l’étoffage du tableau. En 1777 cette œuvre figura dans une autre vente à Paris. Une troisième version de cet épisode

évangélique fut mise aux enchères dans deux ventes à Malines: l’une en 1838, l’autre en 1862.

Tableaux bibliques avec textes. — De la même nature et certainemement de la même époque que les tableaux peints pour la gilde de Saint- Luc sont les deux tableaux du Musée de Gand provenant de l’abbaye de Saint- Pierre de cette ville. L’un représente la Femme adultère, l’autre la Réconciliation avant réconciliez-vous avant le sacrifice (Musée, Gand). /’ off Lande. Sur celui-ci le

peintre a inscrit le passage

de l’Evangile dont il s’est inspiré; Saint Matthieu, V, versets 23 et 24: „Si donc lorsque vous présentez votre offrande à l’autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre don devant l’autel et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère et puis vous reviendrez offrir votre don”. Tout comme le tableau de la gilde de Saint-Luc, à Anvers, portant aussi la citation du texte de la Bible, dont il s’inspire, ce tableau-ci représente un ouvrage grossier. Sur un sol spongieux se détachent quelques taches de lumière sans vigueur, sans éclat de couleur; il n’y a pas la moindre force ou consistance, ni dans la composition, ni dans le dessin, ni dans l’expression. Ce tableau mucilagineux et adipeux vraiment indigne de Jordaens, ne représente qu’un des trop déplorables échantillons de la peinture sans valeur qu’il livrait sans la moindre vergogne. On rencontre encore maints tableaux avec citations de textes et indications de passages de l’Evangile. Ainsi, un tableau du Musée de Lille porte: Matth., V, v. 20: „Car je vous dis, que s; votre justice n’est point plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des deux”. L’église d’Hérenthals possède une copie de ce tableau.

Un dessin appartenant à M. Fairfax Murray de Londres porte le nom du peintre et

LE TRIOMPHE DE BACCHUS

l’inscription: M. 18 : 2 (Matthieu XVIII, 3) „Si vous ne devenez comme de petits enfants vous n’entrerez point dans le royaume des deux.”

Sur un autre dessin appartenant au même collectionneur on lit: „Luc, 6, v. 37. Donnez et il vous sera donné une bonne mesure, Jordaens.”

Un dessin appartenant à M. Delacre de Gand porte ces mots: Luc, VI, v. 8: „Le Christ guérissant un malade le jour du Sabbat.” M. Rump de Copenhague possède un dessin sur lequel on lit : „Luc, VIII, v. 28, 29” et représentant le Christ délivrant les possédés.

Sur un autre qui se trouve au cabinet des estampes à Saint-Pétersbourg on lit: „Les Juifs demandent des miracles, et les gentils cherchent la sagesse. Et pour nous, nous prêchons Jésus-Christ crucifié, qui est un sujet de scandale aux juifs et qui paraît une folie aux Gentils.” Cor., II : 22, 23.

A la même catégorie se rattache un dessin du musée de Grenoble arborant ces vers moralisateurs :

La vérité est un oiseau très rare pour Princes et Rois

Le plupart du temps on la lève masquée ou elle ne leur est montrée que voilée, Jusqu’à ce que le Temps rapide la présente enfin nue,

Mais le Droit n’est que trop souvent proclamé trop tard.

J. Jordaens, 9 janvier 1658 (1).

Parmi les tableaux de moindre valeur datant de cette période citons encore le Sacrifice d’ Abraham que le musée de Milan s’est procuré par un échange avec le Louvre. Isaac est agenouillé sur le bûcher; Abraham soulève la hache pour le sacrifice; un ange, les ailes déployées, arrête son bras. Les personnages sont affreux, les clairs tranchent brutalement sur des ombres d’un noir opaque, aucun mérite ne rachète cette grossièreté intempestive. Ce tableau figurait probablement sous le N° 97 dans la succession de Jordaens. La même composition en plus petit format et de peinture bâclée et grossière se trouve au musée de Stuttgart. D’autres exemplaires du même sujet mais de dimensions réduites figurèrent dans diverses ventes. Le Louvre possède un dessin à l’aquarelle et à l’encre, sur lequel Abraham est représenté en train de bander les yeux à son fils. Un autre dessin appartenant au cabinet des estampes de Berlin et dont nous avons parlé à la page 192 représente le patriarche au moment où il lève le glaive et où l’ange arrête son bras.

Un tableau plus largement peint mais sans beaucoup de vigueur est le Saint Ambroise du musée de Gand. Le Saint coiffé d’un bonnet rouge, en costume sacerdotal, tenant une croix d’argent et un livre ouvert devant lui, lève les yeux au ciel.

Le Triomphe de Bacchus. Bruxelles. — 11 faut encore ajouter à la production de Jordaens durant cette période, un tableau mythologique qui se distingue de ses autres dessins par une tonalité brune et presque monochrome: le Triomphe de Bacchus appartenant au musée de Bruxelles. Bacchus arrive chevauchant un lion et soutenu par deux satyres; derrière lui s’avance Silène à califourchon sur un âne et la bouteille de vin à la bouche. Un satyrion et deux grands satyres jouant du tambour de basque et dansant, accompagnent

(1) De Waerheyt is voor Conninghen en Prinsen eenen seer seltsaemen vogel Sy werdt haer meest vermaskert ende bedeckt gestelt voor oogen Tôt dat den snellen Tijdt dezelfde naeckt voorsteldt Waer door menichmael te laet het Redit eerst wordt gekent.

J. Jordaens. 9 Januari 1658.

LE TRIOMPHE DE BACCHUS

l’incorrigible buveur. Derrière eux une vieille outre à vin défile en titubant, soutenue par un satyre. Suit tout un cortège de satyres femelles portant des pots à feu attachés à des perches; l’une porte aussi une corbeille de fruits. Un satyre sonne de la trompette, deux petits trottinent à sa suite. Une femme gît par terre; une autre en partie cachée par le cadre fuit un satyre qui l’agrippe par l’épaule. A droite se déroule une autre scène: des satyres grimpés dans les arbres cueillent des fruits qu’ils lancent à des bacchantes; un vieil ivrogne étalé par terre cuve son vin en tenant encore l’amphore dans sa main. A I’avantplan on aperçoit aussi l’inévitable débagouleur, une bacchante endormie, des fruits, des

plats de cuivre et un cerf en train de brouter.

Toutes les figures sont nues; les plus vieilles semblent remplies de bouillie, enflées comme des outres, la bedaine proéminente, les seins flasques et pendants; représentant la gloutonnerie et la débauche incarnées; les jeunes personnages sont vigoureux, de charnure opulente, avec des membres musclés, et personnifient plutôt la vie matérielle et sensuelle. Nombre de femmes sont des parangons de beauté jordaenesque. Sur toutes les figures est répandue une riche et chaude lumière; le mieux éclairé est le groupe de satyres et de bacchantes à droite, faisant la cueillette des fruits. A gauche le flamboiement diminue; de ce côté surtout mais en général dans tout le tableau cette lumière est brune avec des reflets dans les rondeurs; les parties modelées présentent çà et là des tons bleuâtres. De chauds et menaçants nuages courent dans le ciel sur lequel les arbres se détachent vigoureusement tandis que les figures sont plus fondantes.

C’est une fête de la matière et des appétits charnels, célébrée par des êtres grossièrement taillés et adonnés aux grossières jouissances. Une charge de la vie flamande, mais aussi une apothéose de la chaude lumière et de la chair débridée et plantureuse. La couleur est appliquée abondamment par petites touches dont les empâtements renforcent encore la chaude tonalité du soleil. Ce ton est tout particulier; nous l’avons bien trouvé dans le Saint Martin guérissant le possédé de 1630, mais là il n’avait pas d’éclat lumineux; ici, au contraire tout pétille et rayonne. Les belles formes de 1630 — 1640 sont abandonnées, la tendance à la caricature prend le dessus. Voilà pourquoi nous croyons pouvoir reporter le tableau à l’année

ABRAHAM ET ISAAC (Dessin, Louvre, Paris).

LE TRIOMPHE DE BACCHUS

1650. Mme Bougard de Bruxelles possède une réplique de ce tableau. Un «Triomphe de Bacchus et de Silène”. Sans doute un des deux tableaux en question, figura dans les ventes Johan Can, chevalier de Domburg (Amsterdam, 1710), Willem Six (Amsterdam, 1734), Locquet (Amsterdam, 1783), Choiseul-Praslin (Paris, 1803) de Marneffe (Bruxelles, 1830). Waagen cite encore un autre Triomphe de ce genre, de format réduit, appartenant à Lord Northwick (1). Une Bacchanale avec femmes, satyres, satyresses et satyrions vint sous le marteau dans la vente François d’Orville (Amsterdam, 1705).

(1) Treasures of art in Great Briiain. III, 206.

le TRIOMPHE de BACCHUS (Musée, Bruxelles).

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