VIE. M
Tant la patrie de Bnmo était dière même aux étrangers!
La Ttie de ce ré^roe despotique, ouvertement arbitraire, attrista sans nul doute le philosophe de Nola, de même qu'elle poussa plus tard un admirateur de Savonarole/ Caropanejla, a tramer une conspiration formidable dans les couvents et les châteaux de la Calabre. Comment Naples était-il en effet gouverné? « Avec toute la rigueur * que doit attendre de la nation espagnole, prudente et sévère, celle du monde qui doit être tenue en bride et de court, pour le naturel aider et turbulent qu'on a de tout temps remarqué en ceux de ce pays4à, qui n'aspirent qu'à des nouveautés et à s'affranchir du joug espagnol. » Lorsque le Napolitain prétendait reconquérir, je ne dirai pas la parole ou la science, mais l'industrie et le commerce, son courage pétulant faisait sourire le grave Espagnol,* qui le comparait à la colère du Vésuve : « elle ne sait que dévaster et se résoudre en fumée. » C'est que le dominateur ibérien disposait des casernes et des monastères à la fois. Vainement, à la vérité, il avait essayé d'introduire l'Inquisition; elle fut renversée, expulsée aux cris de Viva la santa fede, comme elle fut contenue en Aragon par les fueros^ aux cris de Viva la libertad!^ Mais il était facile d'intéresser à la prospérité des couvents, un peuple toujours disposé à croire à d'autres miracles encore que ceux qui se font à jour nommé.
* CAMPAimxA, de Lib. prop.^ p. 71.
* Mertm françait, t. X, p. i5, sq.
* « Tenace e ttiptieo Spagnolo. » Bmimo, n, p. Sii.
^ M. M16IVBT, Ant. Perex et Philippe U, ^ lit, sqq., p. il6, iq. éd. I.
Les TÎce-rois y consacraient les biens conâdéraUes des hérétiques et des criminels d'Etat; les particuliers y contribnaiait par testaments, aum6nes, donations, offrandes de toute espèce. Les anciens ordres s'étendaient, une foule d'ordres nonveanx s'étabHssaient. Les fortunes biques se convertissaient en biens ecclésiastiques, à moins de se transporter en entier dans l'autre péninsule, métropole des vainqueurs. Le clergé possédait les deux tiers desrevenusduroyaume,etnepouvaitcomprendrequ*on l'accusât de simonie.' Ce fut une image miraculeuse de la Vierge, qui valut aux dominicains cette église, et ce dottre superbe qu'ils nommèrent à bon droit la Santé, la SaMe.* Faut-il s'étonner que lé mélange de superstition et d'hypocrisie, qui accompagnait ce redouble*ment de zèle, qui appauvrissait cette contrée florissante, et énervait ces caractères bouillants, indignât et désesp^&t tous 1^ esprits élevés? Là se trouve aussi la cause de l'incrédulité reprochée aux Napolitains de cette époque, et particuliànement aux écrivains de la trempe de Bruno.
Les nobles napolitains avaient trois carrières devant eux, l'armée, le barreau ou la magistature, et Téglise. Ceux qui répugnaient à prêter leur épée à l'Espagne
> GiANOirB, StOTia del regno dt Sap., I. n, c. 6. * E!f6Biao, NapoL Sacr., p. Mê.
prenaient Thabit ou la robe; ceux qni étsAent avides do lettres ou d'honneurs, Thabit; ceux qui visaient à s'enrichir, la robe. On ne pouvait plus appeler carrière une ressource, souvent encore employée par les gentilshommes de campagne, celle qui a fait, en Italie, de baron un synonyme de larron. Vers io50, on revenait aux ordres sacrés avec la fougue du moyen-âge. Les franciscains et les dominicains, qui, sous le nom deScotistes et de Thomistes, s'étaient livré tant de combats, acquéraient encore des membres éminents. Quoique leur influence diminuât, à prc^rtion que celle des jésuites croissait, Bruno se fit recevoir dominicain. * En quel lieu, en quelle année a-t-il embrassé la vie monacale? Etait-ce à Noie, ou à Naples? Il importe peu de connaître ceci avec précision, parce que les règles de rinstitnt, et les dispositions des frères étaient les mêmes partout. Vingt ans après, les dominicains firent une autre conquête de prix, celle de Campanella, que nous ne voulons jamais séparer de Bruno. * Le philosophe
1 Cela nous est démontré, non-seulement par certaines allusions de Bruno (par e\. Er. fwroTi, H, p. 3i(), mais par les actes d^aocosation parreBos Jusqu*à DOtts, Tuo de Venise, l'autre de Rome. L'historien des Friréi prêehêur$, Echard, a beau nier ce fait, et s'autoriser en quelque sorte d^une parole de saint Jean (1^ Epitn II, 19) : un tel démenti vaut le raisonnement qoi le sontient. « Si Bruno eût été des nôtres, dit-il, il serait assurément resté avec uous, de hh comme de pensée ; H fiduêt tx noH», utiqwB nMiom permamiêMi, et eonviciu et $en$ibus, » (De tctipt, ordU prœdic, II, p. 342). L'érudition bibrique du Nolain , et la haine qu*il laissa depuis éclater contre les religieux partienlSërenent contre les franci^^cains (SÔolteoto, opp. lai., p. 570; opp, it., n, p. 3148), Tiennent du reste corroborer l'unanime témoignage des documents authentiques. Depuis qu'il existe de tels documents, ces mots d^Ecbard ont perdu leur sens : « Vtut sit, mUla hactenut documenta protuîerunt ex quihiu consiai, ipsum ordinie Preedicatorum aliquando vestem geteisee, » {Voy., contre cet historien, pRomiAirif, Trattat, de fascin magieâ. Nurbg, 1175, p. 510. Placcius, Theatr. anonym. et peeudonym,, p. 188).
* YoT. OmBLLi, Poeeie del Campanella, prefiiz.
de Stilo a raconté lui-même \ que, touché des exhortations d'un prêcheur et de Thistoire d*Albert-le-grand, il abandonna la jurisprudence pour la théologie. Sa résolution paraissait aussi solide que sincère, bien qu'il n'eût que quatorze ans. Cependant il rencontre dans le doitre de Cosenze quelques livres de philosc^hie, et quelques moines éveillés par les saines leçons de Telesio; il lit les uns, il écoute les autres, il devient philosophe luinnême. Plus de tranquillité, dès ce moment : forcé de s'enfuir, il e^re se faire oublier dans Rome ; mais l'inquisition s'empare de ses papiers, et prélude par une surveillance étroite, aux fers, aux tortures que les Espagnols affrètent.
On a expliqué diversement l'aflBliaUon de Bruno à la société de saint Dominique. Son imagination, a-t-on dit, s'est plu d'abord à embellir le côté poétique de la vie contemplative, à exalter les sombres joies de l'ascétisme chrétien. L'ambition, peut-être, a séduit son cœur, en traçant devant lui la route des dignités, pair lesquelles l'Egtise tentait ou récompensait les soumissions du talent. Ses facultés oratoires pouvaient se regarder, dans une congrégation appelée spécialement .à la prédication, comme un moyen assuré d'élévation. Sa vanité enfin était facile à flatter, et son inexpérience égalait sa jeunesse. Un plus noble motif décidaBruno; ce fut, de son propre aveu, le désir de sacrifier aux muses dans une sainte retraite.* Il ne fit en cela qu'imiter un de ses modèles. Afin de presser la marche de ses études.
* De Lib. prop., p. (.
* ErMei /îcron, H, p. 3t8, 9q.