VIE. W
<f Oxford et la faim, » ^ H demaada au recteur l'autonsalion dHnstJtiier une dispute pi]d>lique, où seraient débattus, disons mieux , combattus les principesde la physique d'Âristote. Ce ne serait pas Bruno lui-même qui attar querait, ce serait un de ses plus jeunes et plus fervents acolytes, d'un nom très4ionorable, Jean Ilennequin , nobiHs Pœriiiensis. ^ L'honneur de la présidence, vo3à ce que le Nolain sollicitait. L'Université acquiesça à cette prière, et une fête scientifique fut solennisée durant trois jours à la Pentecôte. Le choix de c^te époque de Tannée était peut-être un hommage adressé au roi, qui tenait la Pentecôte pour une date de bon augure, « un jour fatal pour tout bonheur et prospérité, » '
> Voy. Cena délie Ceneri^ dédie, I, p. IM.
* Heonequîn voulait défendre le Nolain, parce qu*ii le voyait seul de son aTîs^ ex una parie unum video Nolanum, » iiu novateur, neotericunif peu approavéde la foule, ou plutôt repoussé; parce qu'il le voyait s'appuyer sur un petit nombre d'hommes sages et divins, oubliés depuis longtemps. Il le voulait défendre contre « tant de protoplastes de l'humaine science, contre le cortège épais de ceux qui, pendant une telle suite de siècles, en tant de pays, dans toutes les chaires, ont commandé aux Muses avec un éclat si prodigieux. » (0pp. lot,, I, p. 11).
On a U&mé Bruno de n'avoir pas soutenu en personne ces ArHcvii de natura et nwndo, et d'avoir chargé Hennequin de les défendre sous son égide, eub efuidem felicibus aiupiciU, euh elypeo ejue; c'était ignorer de quelle manière ces sortes de tournois se passaient. Le président y était responsable des propositions du candidat, de ses objections, de ses citations et argumentations, de SI» raisons comme de ses autorités. Lorsque le candidat était à bout, le président prenait la parole ; quelquefois l'étudiant, véritable prète-nom, simple man. nequin, n'ouvrait presque pas la bouche ; le président lui donnait à peine le loisir de répéter l'argument et dissertait saas reUche. Je m'imagine que Bruno parla plus souvent qu'Hennequin. D'ailleurs ce ne fut pas en 1586, pour la piemiëre lois, que Bruno comparut devant pareil tribunal. Pour avoir droit de présidence, il fallait avoir le titre de maitre-ès^rts, titre qui supposait trois ans et demi d'études en philosophie à Paris. Les étrangers, ayant pris le degré de maîtrise en d'autres universités, étaient tenus de le prendre néanmoins à Paris, et, pour cela, de faire leur temps. Deux ans en d'autres universités cependant, étaient comptés pour un en celle de Paris. 11 est donc évident que Bruno, avant ces actes solennels de Pentecôte, s'était aguerri aux luttes de ce genre.
* Db l'ëtoilb.
ayant été élu ce jour-là roi de Pologne, et étant devenu roi de France le même jour. Il avait créé Tordre du Saint-Esprit en commémoration de ces circonstances importantes. Le nom du savant, alors revêtu de la dignité de recteur, contribua à l'éclat de cet assaut, un des derniers qu'Aristote eutà soutenir à Paris. C'était le Parisien Jean Filesac, qui s'était fait connaître en enseignant les humanités et la dialectique au collège de la. Marche, apud Marchianos^ et qui, en 1583, avait été nommé procureur de la nation des Français, nationis Galliœ. Filesac était un hommed'un caractèreélevé, dont Bruno vante la politesse ; il jouissait de la renommée d'un « trèsr-homme de bien et d'entendement, » de sangfroid au milieu de l'effervescence des ligueurs, d'une science solide, quoique déshéritée d'ordre. Reçu doc« teur en théologie dans le même temps qu'Edmond Richer, il avait pris, par sa conduite ferme et droite ,. un rare ascendant dans les assemblées de la Sorbonne, et porté longtemps le fardeau du décanat, lorsqu'il se laissa entraîner par A. Du val , le nonce Ubaldini et le cardinal Duperron, à condamner ce même Richer, ce défenseur courageux des libertés gallicanes. Cette pusillanimité, d'autant plus déplorable que le sang de Henri IV fumait encore , devint pour Filesac la source de longs remords, et ne doit pas effacer ce que sa mémoire retrace de services rendus à l'Université de Paris. *
« Voy. Du BOULAT, Bisi, univ. Paris, V!, 786, sq. — Filesac n'est plus connu dans le public lettré que par le dialogue que Voltaire institue entre a mallre Filesac et un page du duc de Sully, » au sujet de » feu M. de Ra> vaillac. » (Dict, philos. , s. v. BavaiUae ). 11 fut, en effet, Tun des confesseurs
« Je Tiens vous remercier, écrivit Brano à Filesac , de Texquise bienveillance dont les recteurs et tout le corps des professeurs m'ont prodigué des témoignages précieux depuis plusieurs années. Les plus doctes d'entre enx ont honoré mes leçons , tant publiques que privées, soit de leur présence , soit de leur indulgence. Vos bontés ont été telles, qu'on ne doit pas m'appeler étranger dans cette académie, la mère des lettres, m hac (ûmd littef^arum parente, y ^lAessem d'aller visiter d'au* très universités; mais je ne puis ni ne dois me mettre en route sans saluer mes botes. C'est pourquoi je vous propose de discuter avec vous un certain nombre d'articles,' comme on offre des gages de reconnaissance ou cooune on laisse des souvenirs. Je me serais, sans nul doute, abstenu d'une semblable proposition, si je pouvais me persuader que la doctrine péripatéticienne vous semblât éternellement vraie, ou que votre université dût plus à Aristote qu'Aristote ne lui est redevable. Alors ma tentative serait hostile, téméraire, * et ce que je désire entreprendre par affection et déférence envers vous, ne serait qu'une marque d'irrévérence..^ Mais non! J'ai la ferme conâance que votre prudence et votre magnanimité feront bon accueil à mes hommages.. Je compte même sur votre faveur, et voici pour quels
qa*0D eQToya à Ravaillac en prison. — Les membres de runiversité doivent da moins se rappeler que Filesac approfondit les antiquités de la Sorbonne, dont il flia les statuts i Tannée t900 {De Vancienneté de r<nigine de la fœ, de théologie).
> Le titre ô*ArHeuH était alors synonyme de Thèses ou Propositiones, Ainsi on a remarqué que Zwingte intitulait Articles {sieben u. seehxig ÀrUekell ) ce que Luther nommait Thèses (quatre-vingt-dix-neuf Th.).
* Hamus, en 15i3, fbt déclaré par le Parlement « téméraire, arrogant et impudent, pour avoir rejeté la logique admise par toutes les nations. »
motife : quand en philosoplMe quelque raison, même nouvelle » nous excite et nous subjugue , il doit nous être permis de l'exprimer philosophiquement , c'estr-à-dire d'eiposer notre opinion en liberté. Puis, si j'attaque sans succès, je contribue à affermir vos principes, tels qu'ils sont connus depuis bien longtemps, et par conséquent je n'aurai rien fait qui soie indigne d'une si grande école. Si au contrsdre, ainsi que je l'espère, ce début d'une philosophie encore naissante fait connaître quelque c^ose que la postérité puisse et doive embrasser et sanctionner, j'aurai accompli une œuvre digne de votre université, la reine des universités. » *
Ces q)ithètes d'admiration et de respect données à l'école que saint Thomas nomma la cité des philosophes, civitas philosophorumj ne sont pas des précautions de rtiétew, d'adroites insinuations pour capter la sympathie, pour désarmer des adversaires puissants. Rien n'est plus heureux, ni plus vrai que ce mot : « Âristote a reçu de l'Académie de Paris {Jus qu'il ne lui a donné, plus Aristotelem fmversitatiquàmuni' versUatem Àristoteli deberel m ' Ce fut cette académie qui, après avoir brûlé en 1209, sous Pfailippe-Âu-
i Je cite en grande partie cette cpltre pour montrer que Cbbtier [Hiit. de VUniv, de Paris, YI^ p. 38i) ne Ta pas bien lue. « Elle n'a rien de remar-^ quable, dit-il, que l'esprit fanfaron de l'écrivain, »
* Pour, sentir conubien ce mot est frappant, qu'on le compare au compU*inent adresse' par Anl. Pursius, en 1590, à Fréd. Pciidasius, interprète d' Aristote : « Si quantum Aristoteli philosophorum filii, tantum tibi, philatopkorum niemoriœ nostrm facile princeps, ipsutn debere Aristotelem dixerim, nœ ego vera pradicarim. » ( Bernard, TeksU de soporibus , dédie. , 1590. Venet.). — Si Aristote avait des obligations à chacun de ses oommenlateurs en crédit, combien nVn devaitpil pas avoir à la pépinière des péri^ialétideiis, au berceau et au trône de la scolastique !
gMSte, les ouvrages xlu Sta^rke et déclaré hérétique celui qui les lirait, ou qui, les ayant lus, eu retiendrait le Qûotenu, l'imposa ensuite, durant trois siècles, à la chrétienlé comme l'expression invariable de la vérité infiaie. Ce n'était pas avec moins d'habileté que Bruno avançait que le péripatétisme et la vérité pourraient bien être deux choses difiërentes. « La vérité, ajotttait^l, est peulrètre f^tôt neuve qu'ancienne, fioêius nova quàm nota jam oKm. Si elle est neuve, une université qui aînie. autant le vrai, doit désirer la connaître; si ^le est vieille, nulle atteinte ne saurait réhranler; la {dus rude attaque servira à la confirmer. En tout cas, il fendrait permettre de l'énoncer en philosophe, avec fruichise, cuicumque liceat phUosophice in philosophia libère opinari suamque promeresententiam.» Sur quoi ce principe, plus suspect au XVI« siècle qu'aux jours d'Abélard, est-il fondé? c C'est un motif, répond Bruno, c'est une idée qui vous pousse et vous domine; c'est l'esprit qui vous commande; c'est la raison, et non pas vous, qui est responsable ; c'est la raison aussi qu'il faut entendre, soit pour l'approuver, soit pour la réfuter, ratio nos excitât atque cogit. » * Tel est, suivant le Nolain, le droit auquel toute philosophie peut prétendre dès son origine, et sur lequel s'appuie son système qu'il intitule, dans cette mémorable discussion, tour à tour neuf ou renouvelé , naissant ou ressuscité , exsurgens vel resurgens. ^ Tel est l'appel qu'il fait, en ouvrant la
> AiUean touYant répété; inr ex. Opp. lof., p. 17 : « Aliter êentire cogor. »
* Ttetùt emrfwif, taotôl reêurgmu {remrgintii veriUUii Mimna, exsur^
§€nti$yrimoréia)f parce qu'elle était Tun et raulrc. A Flofenoe, au XV* siècle.
séance, par l'organe d'Hennequin, aux « penseurs plus généreux, amis et défenseurs d'une philosophie plus sensée » que la philosophie vulgaire, * sensatioris philosophiœ dogmatum amicis et defensaribus. Le ladgage ^ dans lequel Bruno articule ces nouveautés est ferme jusqu a l'intrépidité. ^ Si Messieurs les Péripatéti* ciens, déçus par leur habitude de croire, par leur entière confiance en un homme, ^ prenaient ces observations en mal, et les déclaraient hostiles et téméraires, M Bruno en appellerait à l'avenir, à la postérité. U est certain qu'elle embrassera et sanctionnera quelques-uns de ses sentiments, aKquid — commendabit et amplectetur! Enfin, entre ses adversaires et lui, entre Aristote d'un côté, et Platon, Parménide et Pytha-
on rappelait /l/oM>/la nuova ; depuis, on Ta nommée Vantica filosofia italiana. Elle fut neuve, relativement à la scolasUque ; elle était ancienne, parce que Pythagore, Parménide et Platon furent antérieurs à Aristote et aux docteurs du moyen-&ge. Chez Bnino, les deux qualifications alternent; néanmoins, dons un Age où le préjugé contre Pancienneté avait moins de force que le préjugé contre la nouveauté, Bruno semble avoir préféré les termes de philosophie « retrou ^Te, restaurée, antique » {ritrovaia, rtparata, nntica (Ûoêofia^ per tanti secoli têpolta ne le tenebrose caverne délia cieca, maligna, proterva et invida ignoranza. I, p. tlT.13i).
c Usus principiumque erimui, quandu upientum > Dogmata prisconim priscis clariisima vcrbi* » E fiindo eruimas lenebrarum »
(Z>0j|ft>umo, I, ▼. lit).
C*est pourquoi J.-F. Feller nommait U poésie de Telesio et de Gampanella novantiquam, (Jfonum. ined, irimestr,, XH, p. 636).
> Si Bruno a deux termes |>our sa philosophie, il n*en a qu'un pour celle de ses antagonistes : flloMofki volgare.
* « Domf ni iieripatetici, êx fide viri exque credendi consuetudine decepti.» Ftdêi viri! c*etait le cri des révolutionnaires du X YI« siècle. Ailleurs : « iVon fMiert eredidisse videantur! » —Cette « viliaifna eredendi eomuetudo , » Bruno le peint plusieurs fois avec des expressions empruntées en quelque sorte à Dante et à Rabelais, lorsqu'ils parlent des moutom d9 Panurge, ces pêccorelle qui marchent ou s'arrêtent, qui suivent de toutes manières, son* êovair jNwryuot, -» « lopenhi wm Monno, » {Purgator,, 111).
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gore de Tantre, qui fait-il juge et arbitre? L'évidence, b claire et distincte perception de ce qui est manifeste par soi-même, la ralsoo , ratio humana, perceptio earum quœ sunt per se manifesta, ratio et sensus. C'est an nom de la lumière de l'évidence qu'il invite les opposants à commencer par douter. « Doutons chaque fois que le temps n'a pas encore décidé entre deux sentiments contraires, tant que nous ne sommes pas mieux informés, jusqu'à ce que nous sachions tout ; doutons pour être en mesure de plaider chacun notre cause avec franchise et sincérité, dubitemus, inquam, dubitemus intérim, quoad liberius algue sincernis causam agere liceat. »* L'évidence elle-même vait qu'on se réfère, quant att jugement de la multitude, à la lumière interne de la science et de la conscience, scientiœ nostrœ, nostrœ consdentiœ lumen; qu'on se règle sur sa propre pensée, sur sa réflexion individuelle, proprio judicio ; sur un sens plus juste, sur ce sens naturel et humain qui ne saurait être démenti par la voix de Dieu, sensui regulatiori, vereque naluraU et humano judicio. * Est-il besoin, quand on
* En bien (fantres passages de ses écrits, Bruno engage les philosophes en titre à se défier de leurs croyances. Tout en combattant , souvent avec énergie, le pyrrfaonisine, le donte systématique et universel, ce disciple de Cusa et de Boinllé recommande fortement la réserve académique de Cioéron(Cfr. de exi$t, mthtm.f et; et Cie. aead., II, c. 10). Opp. ital,^ II, p. 387. —La dœta iftwrantia de Cusa et la divina ignoratia de Bouille [Opp., p. 74, foi.) ont peut-être agi davantage encore sur le Nolain que Tlronie de Socrate ( Voy. Camp A7f ELLA, de Hb. prop., p. 53).
' Cest ce sens intime et réfléchi que Bruno, dans cette même soutenance, oppose aux fables, aux puérilités de la foule, fahuloHi atque puerilUnu, Ce mvnmpecut des imitateurs néglige ce que « les sens nous font connaître avec certitude, ea quœ eensibus expretsis qpçnaecuntur. » Par ces derniers mots, il £iit allusion à Thypothèse de Copernic.
possède Févidence, ée répéter ce que tout le monde dit? Qu'on contemple la vérité sous toutes sœ faces, longe latéque contemplari; qu'on la recherche avec la plus ingénieuse sollicitude, solerttssàna in^uMHùne; qpi'an ne redoute pas de nager contt^ le torrent,' c'est d'une âme sordide de vouloir penser comme la foule, parce que la foule est en majorité, sordidi mgenH est cwn fmUtUudinej quia multitudo est, sentire velle. * Il est plus noble d'obtenir, en marchant sons les yeux des dieux, une gloire sans empire, sine regno gloriam^ que de posséder, par les bras d'une stupide multitude, un empire sans gloire, inglorium regnum. Il vaut mieux être seul et recevoir les paisibles applaudissements des muses, que triompher aux cris tumuilueux de ces myriades d'aveugles qui servent l'ignorance. Jamais les suffirages réunis de tous les sots de l'univers n'égaleront Favis isolé d'un sage. Le sage ne doit pas s'attendre à vaincre tout d'abord. Ceux qui osent heurter leà sophistes, et qui se rendent à une dispute publique, phis
< fi^r ce poim, Èrano en appela même à Aristote. Déflec-vous, disait œttiici. des jugements du vulgaire, TôivTroJaûv (par ex. Tapie, II, 9, 110 ; Cfr. SékK- QUB, de vitâ beatâ, 2 ; Pline, 1. II, ep. 18 ; Plutabqub, de educ., c. IX ; Lagtatcce, in$t. div., \. II, c. 7). Celte question de la pluralité des opinions occupa vivement le XVI« siècle en littérature comme en religion ou en philosophie. En Espagne, aussi bien qu*en Allemagne, on'Pagita diversement. Tandis «piê Lope de Vcga disait :
Porque oomo los paga el vuJgo, et justo Uablarle en necto, para darle ^usto;
d*autres se moquaient de cette vox dêl pue6Io, à peu près du ton sur lequel Lotlier se moquait de « M. Tous, Hêrr Omnei. » En philosophie même, les esprits les plus indépendants, les cfaefâ des « Monarchomachlétes, » ces ardents et profonds démocrates, tels que Languet, La Boêtie, Buchanan ( F. Hotomau excepté), repoussaient la domination de la foule. Ils préféraient la souveraineté de la vertu et du génie ; et dans un temps où il y avait si peu de lumières et tant de fonatlsmc parmi la multitude, les véritables amis du peuple et du progrès ne pouvaient avoir d*autre avis.
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pour rescheffcher ou pour annoncer la vérité que poiir rempcHler «ne victoire, « ceux-là doivent se contenter de jeter quelques semences, et d'espérer qu'avec le temps elles donneront une beUe moisson. La nature ne procède-t-elle pas ainsi? Elle ne produit pas subitement la récolte; elle dispense toutes choses selon le cours déterminé des saisons, non subito, sed certo temporum decursu largitur universa. L'histoire n'a-t-elle pas suivi la même marche? Aristote a été précédé de Platon; Aristote lui-même, s'il était présent, nous conseillerait d'imiter la nature. Imitons Aristote qui s'est séparé, de son propre mouvement, des philosophes ses devanciers, de ses pères et de ses maîtres. Nous, nous nous éloignons, du même droit, de la famille d'Aristote; nous nous retirons, à l'exemple d'Aristole, dans une solitude inaccessible k la foule philosophesque. Les aristotéliciens auraient-ils meilleure vue que leur chef, oculatioresl Suivons donc les conseils de ce chef, et souvenons-nous que chacun peut être sujet à l'ignorance et à l'erreur. Avant tout, gardons-nous de croire savoir, imo ipsissima ignorantia sit putare se scire ! Le temps et la fortune bouleversent les choses humaines; tel esclave descend de rois antiques, tel roi a eu pour ancêtres des serfs. Le vieux ne serait-il pas destiné à redevenir jeune, Platon destiné à succéder à Aristote?Le titre de novateur qu'on nous donne n'a rien d'ignominieux. Il n'y a pas d'opinion ancienne qui n'ait été nouvelle un jour, non esse antiquam opinionem quœ ait-
* « NoD vegnonoro a dîspatar pw trovar$ o cerear la vmità^ ma per ia tiittoHa e parer più dotti c streiiui difensori det cnntrado, » H, p. 10
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guando nova non extUeril. * Si Tâge est une oiarqiie de vérité, notre siècle et ce qu'il enfante est plus digne de foi que le siècle d'Aristote, car le monde compte aujourd'hui près de vingt siècles de plus... ^
Ces hardiesses, BnAio espère les adoucir et les atténuer, en ajoutant que tout ce* qui concerne les lois civiles et religieuses, universatetn fidem atque religionem, ' doit être pieusement écarté de cette discussion purement scientifique et cosmologique; et que si la pluralité, la multitude, est justement exclue du domaine de la philosophie, elle a siège et voix partout où il s'agit des intérêts du bien-être matériel, ou du salut des âmes. Le disciple de Platon réitère, d'ailleurs, ses déférences pour les coutumes de l'Université. Qu'on discute ses pensées, selon l'usage, de deux manières, par autorité et par raison. Par autorité : si l'ancienneté est preuve de vérité, le pythagorisme et le platonisme^ sont plus vrais que le i)éripatétisme. Par raison : si la vérité, quelle qu'elle soit, pythagoricienne ou aristotélicienne, veut durer, et s'enraciner dans l'intelligence des sages, durare inque sapientiorum ingeniis altos radiées agere^ il faut qu'elle soit justifiée par la lumière qui réside en nous, acceptée de la divinité qui nous gouverne, divinitale in nobis insidente, luceque inarce
> Ailleurs, il rappelle qu^Aristote fkit aussi, de son vivant, taxé d*atlM^, de paradoxal, d'hérétique.
» Cena de le Ceneri, 1, p. 175.
* 11 insiste plusieurs fois sur cette restriction essentielle, quMl négligea trop en dehors de cette dispute en Sorhonne. On peut dire qu*à Paris seulement il sentit que c'était assez d'ennemis que hi cohorte ombrageuse des péripatétldens.
^ VL Pythagwriea et Platanicœ^ peripatetids imperviae assertiones, quas probamus et défendinius. » Opp, lar., p. 28.