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animi nostri résidente; il faut qu'elle se montre conforme aux vœux de ce Dieu bienfaisant, et aux lois de b nature, benefico Deo et nalurœ consona.
Toilà les conceptions les plus saillantes, yoilà les mou- Tements qu'on rencontre dans le discours par lequel Bruno entra en lice, et qui est pour ainsi dire un simple commentaire de l'Epître au recteur Filesac. Le titre * que porte ce discours est cependant digne d'attention aussi : Excubitor, le Ré veilleur. Bruno avait pris pour lui-même ce titre à Oxford; ? Omer Talon Favait donné à Ramus, son frère « frater meus : » ' et il convient en réalité à tous les philosophes éminents de ce temps, dont Fori^nalité consistait, non dans des inventions extraordinaires , mais dans l'agitation et rimpulsiôn qu'ils répandaient dans les foyers languissants^ de l'instruction européenne. Secouer, remuer, stîftiuler, surprendre , contredire , exoîter de toutes façons les esprits, et, selon la formule socratique, les accoucher, était une vocation salutaire. Il fallait, pour bien penser, commencer par penser autrement, aliter sentire; * et c'est à quoi les Ramus , les Bruno forcèrent leurs contemporains.
1 Eennequin appelle eela Une harangue justificative, deelamatio apologetiea (pro Nokmi Articulis),
* « Mhmdtantium animorum ExcubitOTy » Epùt, ad acad, Oxford. — Au commencement du XVI« siècle, un Allemand, qui ressemblait fort à Bruno, avait adressé au peuple un écrit religieux, un pamphlet anti-monastique, inli- Vfàéi le Réveillew, der Aufenoecker; c'était Ulrich de Hutten. On se rappelle
- aossi qu*au commencement de notre siècle, les disciples de Kant se plaisaient à redire que le scepticisme de Hume avait « réveillé » leur maître « du dogmatisme moderne. »
* Anbom. Talabi, Aead, ad Carol. Lotharing. Card.
^ uDormUntem ammam^ » Bncifo, 0pp. lat., p. 7. « SomnianHum dittinaforum ereduliiatem, » p. 13.
* Bruno, Exenbitor, etc., p. 16 « Aliéna ienteniia, » p. 17.
Comment le Nolain et son écuyer sortirent-ils d'un champ-dos, où ils en appelèrent des régents de philosophie aux sages et aux penseurs? Quelle fut l'issue d'un duel repris trois jours de suite, sur trois problèmes analogues, la nature, l'univers et le monde? Comment fut reçue la doctrine sur le mouvement de la terre et l'infinité des mondes, ' doctrine qui n'avait pas encore été condamnée à Rome? Ce sont des questions pleines d'intérêt , sur lesquelles les historiens de l'Université gardent le silence. Bruno s'est borné à avouer, au sénat de Wittemberg,* que ses objections avaient été aussi mal accueillies à Paris qu'à Oxford. Les objections dont il s'agil pourraient-elles être autre chose que les Articles proposés à la Pentecôte? On est autorisé, d'ailleurs', à supposer que Bruno, la veille de son départ, s'est relâché de la circonspection qu'il avait, avec tant d'eOjprts, soutenue pendant quelques années. « J'ai dessein, avait-il mandé à Filesac, de parcourir d'autres universités. » ^ Il fit sagement d'exécuter ce projet; il eût été trop imprudent de demeurer plus longtemps au milieu de ces « gens de papier et parchemin , » que railla la Satire Ménippée. Un des protecteurs de Bruno, Henri d'Angoulême, fut tué en ce moment même;^ il s'était du reste signalé par son intolérance, le jour de la Saint-Barthélémy. Henri HI devait
1 Bruûo n^y attaque pas seulement les péripatéticiens , mais les ptolémécus, a eorum pedissequa (Utronomorum^ turba, » p. 97.
< Âd Hnat, univ. Witteberg. (De Lampadê combin. Lull.)
s « Per alias universitates mihij^affrare anima sedet, » En prenant congé de runiversité de Wittemberg, Bnino s'exprime de même : « Cum de abêcettu cogitarem. »
• A Aix , en perçant de son épée lltalien Altoviti , baron de Gastelanes. (De l'Etoile, I, p. 312). Cfr. de Tbou, I. LU.
hn snrrivre trois ans , mais il n'était plus roi , depuis qn'oQ prèdudt joumeUement dans Paris contre le « vilain Ha*odes, »^ et que les pamphlétaires osaient insolemment lui présenter^ leurs innombrables et virulents écrits. Lorsque Bruno félicita le roi d'avoir pris pour devise : v La troiâème couronne l'attend au ciel, tertia cœlo manet, » * les ligueurs lui promirent cette couronne au cloître, de la main du tondeur, du bourreau peu||^tre , ou lui prédirent qu'elle lui échapperait comme la couronne de Napies que Paul iV avait prétendu lui transférer avec les armes de Henri II. La paix de Fleix (1581) était expirée; la huitième guerre civile avait commencé, celle des trois Henri , tous trois destinés à mourir de mort violente. « Tout va de travers, »^ écrivait le nouvelliste de l'Etoile. Les curés allaient dire la messe en cuirasse, le crucifix dans une main, l'épée dans l'autre ;
> « Vtam Herodes » est im des nombreux anagrammes de Henri de Valois, dont on ne s*étonne pas lorsqu'on Toit la Satire Ménippée elle-même anagrammatiaer « firère Jacques Clément » en « que Tenfer créa. »
s Opp. Ual.y II, p. S&O. Dans cette devise , Bruno aperçoit le caractère d*un monarque pacifique, équitable, ennemi des conquêtes injustes, des osu^Mtlons de tout genre. « Que ses sujets turbulents ne conçoivent point d*espérances orageuses tant qu*il vivra. La tranquillité de son àm'e Téloigne des foreurs belliqueuses, lui rend la paix des autres pays respectable, et Tempêche de songer à s'emparer des trônes de Lusitanie on de Belgique ! Il renonce à son propre repos, plutôt que de ravir celui des autres ! A-t-il besoin dtetres couronnes, celui qu'attend la couronne céleste? t0rtia cûbIo manêt » Void comment les ligueurs interprétaient ce motto du roi de France et de Pologne:
c Qui dédit an te duas unam abslalit, altéra nutat.
Tertia tonsoris est facienda manu.
Perjurii te pœna gravis manet ultima coelo, Nam Deu8 iii6dos despicit ac deprimit; Nil tibi cum cœlis, hic nu lia corona tyrannis; Te manet infelix ultima cœnobio. »
(Gfr. ns l'Etoile, I, p. 30i;.
les Quatre-Mendiants allaient faire le guet avec les bandits d'Italie, les Espagnols et les Wallons; le conseil des Seize allait se constituer sous la présidence de Mayenne, et Philippe II prendre possession de la capitale, à l'aide de Mendoça et du lég^t Cajétan. Que pouvait devenir, parmi ces « allumettes de troubles,» t un esprit indépendant comme Bruno, un auteur qui venait de louer non-seulement Henri 111, mais Fennemi mortel de Ffispai^ie, la reine Elisabeth? ^ « U faisait lors à Paris fort dangereux de rire, > ' et un philosophe qui avait méprisé la messe , s'exposait au sort de Ramus, renouvelé pour Mercier. Aussi Bruno, en mentionnant à Wittemberg les désastres de Paris, se félicitait-il d'y avoir échappé, elapsus. Les salles d'études étaient d'ailleurs fermées. Depuis 1580 jusqu'à 1582 la peste avait dispersé les écoliers et les maîtres , et à peine la contagion s'était-elle retirée , que les horreurs de « l'Union » revinrent suspendre les cours. « Où est l'honneur de notre université? où sont les collèges? où sont les escholîers? où sont les leçons publiques où l'on accourait de toutes les parties du monde? où sont les religieux étudiants aux couvents? Us ont pris les armes , les voilà tous soldats débauchez ! » * Voilà ce que déplore l'orateur du Tiers-Etat, d'Aubray, et voici ce que lui réplique le recteur Roze,
1 E. Pasquier.
* Bruno Ait témoin des clameurs et des imprécations poussées par les prédicateurs parisiens, quand le comte de W^anvick vint apporter à Henri lU le collier de l*ordre de laT Jarretière (1585^ Les livres publiés par lui en Angleterre durent le recommander faiblement au parti qui dominait dans Paris.
> De l'Etoile, I, p. i03. — Sur Mercier, l. I, p. 365.
» Sai. Mén., p. 131, Ub. — Cfr. p. UT.
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un des ligueurs : « Nous avons désiré autrefois sçavoir les langues hébraïque, grecque et latine; mais nous aurions à présent plus de besoin de langue de bœuf salée, qui serait un bon commentaire après le pain d'avoyne... » * Longue chaîne de malheurs et de ridicules, dont Jacques de Thou se distrayait en faisant sa paraphrase du livre de Job.^
> Satire Ménippée, p. 97.
Yoy., sur Fintenralle qui sépare , dans Thistoire de la philosophie française, la dispute de Bruno de l^avénement de Descartes et de la présentation de ranèt burlesque par Boileau, Y Appendice, V.
* Mémoires, p. 361.