ANGLETERRE
Le voyage que Bruno fît dans la plus heureuse et la plus puissante des îles, n'est qu'un épisode dans sa vie, mais un épisode qui y tient une place éminente. U emprunte, d'ailleurs, une bonne part d'intérêt à des noms qui brillent dans l'histoire d'Angleterre. L'enthousiasme que cet Italien ressentit pour des personnages tels qu'Elisabeth et Sidney, rendit ce voyage funeste, en devenant un sujet de grave inculpation. Enfin, des auteurs modernes ont trouvé cette excursion liée à d'insurmontables difficultés; ' d'autres en ont été tellement surpris qu'ils l'ont jugée aussi inconsidérée en elle-même qu'elle fut sérieuse par ses suites.
Il n'est pas difficile, cependant, de concevoir l'admiration de Bruno pour la reine d'Angleterre et quelquesuns de ses conseillers, ni comment le désir de les approcher pouvait nattre en lui. Les Italiens prenaient
1 v Intuperabilitms difficultatibut. » Bbuckbr.
avec plaisir la route de Windsor, ils avaienl pour celte contrée rattachement que donnent le succès et la reconnaissance. Les. Anglais passaient pour imiter avec empressement l'Italie» pour recueillir les fruits de la Renaissance.' Sous le patronage du cardinal Wolsey,* les' lettres classiques avaient pris un élan soutenu, secondé sans interruption par une cour qui aimait à s'instruire et à s'entouirer d'étrangers, flattés à leur tour d'un tel concert d'hommages. Il n'y avait sorte d'honneurs' qu'Elisabeth ne rendît aux Italiens : elle mît leur langue à la mode, elle lut avidement leurs romans, elle étudia leurs mœurs, dans le divertissant code de politesse rédigé par Castigliope; elle imita, avec une scrupuleuse affectation, jusqu'à leur air et à leur ton. ' Elle se plaisait à présenter ces exilés courtois, ces voyageurs spirituels, comme les vivants modèles
» Voy. Leland, Enamia UL et erud. in Angl. Virorum, p. 7i. — Le judicieux Erasme vaDtait le goût de la noblesse anglaise pour la littérature , les études libérales, bonœ lilterœ, recta itudia (Epiât., 1. XVI, 27; 19, 20). Le véridiqne Daueau rendit même témoignage (JEp., 1. VllT, 2). Languel proclama avec sa sagacité bourguignonne, en 1578, TAngleterre « la nation de beaucoup la plus fortunée de la chrétienté ; la demeure du repos et de la civilisation, domicUium quietis et humanitatis Ep. XCIV),» jugement où perce Iliomme d'Etat qui prévoit la grandeur politique fondée sur la liberté légale, grandeur entrevue déjà par Pb. de Comines, et reconnue définitivement pour rimage d'une monarchie parfaite par le XVII !« siècle, par Montesquieu et Vico.
< L'antiquité grecque fut explorée avec un zèle heureux par Thom. Smith, sir Henry Savile, le docteur Boys ; Pantiquité romaine par Grant, Bond, Rider etBoger Ascham.
' l\ paraissait peut-être moins de grammaires et de lexiques italiens en Italie qu'à Londres. Ce fut à Londres que Bruno composa ou publia la plupart de ses livres italiens. Elisabeth combla de faveurs un des amis de Bruno, messire Florio, promoteur infatigable des lettres italiennes , qui s'appliquait à étouffer au berceau la littérature anglaise. Le grand Shakespeare, tout en cédant à Tagréable nécessité de railler Florio et ses desseins téméraires, étudia ses ouvrages, rechercha les Italiens, donna plusieurs fois «la belle Italie» pour scène à ses pièces. Il en peint les sites,* les usages, les caractères avec une fidélité si rigoureuse, qu'il doit les avoir contemplés de ses yeux. (Voy. Brown,
de la civilité et des hautes capacités , et elle exigeait de ses courtisans une docile imitation. ^ Qu'on joigne à ces déférences la fraternité avec laquelle TAngleterre tout entière, cour et nation, tendait les bras aux réfugiés religieux, et on cessera de s'étonner de la sympathie que plus d'un Italien manifestait pour ce pays et pour cette souveraine.*
11 semble , d'ailleurs , qu'il y eut pour Bruno un motif de plus d'entreprendre cette excursion, et de recevoir un accueil honorable. Henri III l'avait probablement chargé d'une mission auprès de son ambassadeur. ' Du moins est-il hors de doute que Bruno descendit et logea chez cet ambassadeur, * qui était Michel de Castelnau, ^ seigneur de Mauvissière, traducteur de Ramus, auteur d'utiles Mémoires.
On ne peut passer sans s'arrêter devant cette grave
Skakêipearê's Aulobiographical pœmtj p. 100, sqq.) Le précepteur d'Elisabeth, R. Ascham, épris de Tanglais autant que Florio Tétait de Titalien ; le savant auteur du Toxophilus déplorait le règne du sonnet, Titallanomanie; puriste en religion comme en éloquence^ il frémissait de voir Pétrarque et Boccace préférés à Moïse et à David (Ascham*» Works^ p. 253, sqq., édit. Bennet, in-4«).
1 Bien des Anglais allaient étudier Tltalie à Venise, à Naples.
« Tlieir manners, monumenU, magniûcence, » Tbeir language learnt. in sound, in ttjle, in sonse. » Proving bj profiting, where you bave beene, » To add to fore-learn'd facuUie, facilitie. »
Sbakespbabb (Cfr. Thê two Gentlemen of Verona, act. V, se. 8).
* Je dots m*en tenir aux panégyriques que fit J. Bruno, de « questo pauê briiannico a eui doviamo la fedêltà ed amore oepiiale » (II, p. 303).
* Cest une conjecture qui me parait ressortir de plusieurs allusions éparses, entre autres des affaires plu» graves « graviora nêgotia n qu*allégua Regnaull (Dédie, à Henri d'Angoulème'. Il se trouve que ces graves affaires coïncidèrent avec le départ de Bruno pour Londres.
^ « Sous le même toit, $otto questo medesimo tetto, » dit Bnino, I, p. M&.— \oy. ausfti la dédicace de VEjplieatto triginia sigillorum (I5g().
* Celui que Brantùnic appelle avin: t^iuie « M. de Castelnau de Languedoc.»
et noble figure. Ce n'est pas sans joie, au surplus, qu'on salue les pères de la diplomatie, qui tantôt sortaient des rangs lettrés, tantôt y entraient, après avoir blanchi dans la loyale pratique des affaires. C'est aux études littéraires, autant qu'aux intérêts nouveaux des Etats, que Ja diplomatie doit §on origine. Si les hommes d'Etat de la Renaissance n'étaient pas tous, comme le Trissin ou Grotius, savants et littérateurs, ik s'empressaient du moins de suivre le progrès des sciences et de protéger les arts. L'exemple de Castelnau estsousnos yeux;^ celui du comte François de Noailles
^ Castelnau est sttrtont connu de la postérité pour avoir su ménager qiielqnes adoucissements à la captivité de Marie Stuart. Les relaitions de Marie avec «Madame sa bonne sœur» avaient pour intenncdiaire habituel ce brave gentilhomme, à qui les Anglais pardonnaient tout , en faveur des succès qu'il avait eus eu mer {Mém. de Castelnau, I. II, 6). Castelnau était également apprécié des deux reines, servant Tune par devoir, Tautre par affection. On sait qoe précédemment Ronsard avait reçu de Marie des remerclments touchants pour avoir consolé ses longs ennuis, et qu'Elisabeth lui avait envoyé un diamant de grand prix. Castelnau reçut mieux que cela. Lorsqu'en 1585 il quitta Londres, Elisabeth manda à Henri HI que « M. de Mauvissière estoit digne de manier une bien plus grande charge; » et Marie écrivit à son beau-frère, le priant de donner au négociateur français « le bailliage de Vitry, comme prix de ses signalés et recommandables bons ofQces. » Il coûtait à Castelnau de 8*éloigner de la belle captive, de «cette princesse qui avait, dit-il, un esprit grand et inquiété comme celui du feu cardinal de Lorraine, son oncle» (I.y, c. 13). Il Tavait connue en des temps plus riants; il Tavait vue en Ecosse en 1563, « douée d*autrcs grâces et plus grandes perfections de beauté que princesse de son temps » (l.V, c. 11). II avait eu <t Thonoeur d*estre fort oogtra d^elle, » et « ses audiences avoient duré depuis le matin jusques au soir » (I. V, c. li). « J*ai infiny regret, lui écrivait-elle le 10 juillet 1585, que vous partiez de ce pays sans avoir mis une dernière fin à mes affaires avec la Royne d* Angleterre, et sans qu'elle vous veuille permettre de passer ici er en Ecasee, » Personne n'ignore quelle fut, pour ré()Ousè de Darnley et de Bottawell, cette «dernière fin d'affaires. » A Tinstant suprême de Marie, Mauvissière eOt échoué comme Bellièvre, et il ne lui restait plus qu'à assister anx fnuérailles célébrées en mars 1587, par Henri III, dans l'église de Notre- Dame, où rarchevèque de Bourges, chargé de l'oraison funèbre, loua fastueusement la victime pour «sa grandeur de couraige, destremi^ée et amollie de douceur gratieuse.» Castelnau, qui avait su charmer Elisabeth non moins que Marie,était catholique ardent Jeune encore, sa foi s'était édifiée à Rome, où il vit mourir Paul IV, et aguerrie sur le rocher brûlant de Malte, où il alla étudier
n'est pas éloigné. En 1654, on vit cet « orateur de France près du Saint-Père, » cacher Campanella dans sa voiture, pour l'aider à gagner la.France, le loger dans sa famille à Paris, le faire présenter à Louis Xlil, et obtenir pour lui une pension du grand cardinal.*
Castelnau se plaisait à considérer les choses « politiquement » et c'est dans cette disposition qu'il traduisit le Traité des façons et coutumes des Gaulois y de M- Pierre de la Ramée, quil « prensdt plaisir à
« répouvanlail des cbrélieos , » rempire ottoman. Il avait soutenu c^te foi sur les champs de bataille, à des sièges, en prison ; on bien, comme négociateur, dans les cours d'Allemagne, qu'il cherchait à détourner d'une alliance avec les religionnaires de France. Ces services rendus à la cause catholique Turent récompensés par des litres et des commandements nombreux. Les Guises le considéraient fort; la reine-mère, qui raffectionnait, Tavait mis d'une « tragi~comédie » qu'elle fit jouer pour sa fête, en 1562, à Fontainebleau ; elle l'avait mis aussi d'uA « tournoi de douze Grecs contre douze Troyens, » où il s'appelait le chevalier Glaucus (I. Y, c. 6). Mais, tout catholique qu'jl était, il avait une antipathie invincible contre le maître du Conclave, Philippe II ; il évitait, il méprisait la «conduite espagnole; » il était sur ses gardes contre « les bonnes chères de Bayonne » (1. YI, c. 2). Cette aversion égalait son éloignement pour la « secte calviniste et les ministres de Genève, que l'on dit avoir beaucoup plus d'ignorance et de passion que de religion ; » il lui répugnait autant de traiter avec le duc d'Albe qu'avec « ce blasphémateur Théodore de Bèze. » Aux protestants de France , il préférait ceux d'Angleterre, comme plus modestes, et surtout les « huguenots de la Germanie et Confession d'Angsbourg. » Néanmoins, il admirait leur constance, et leurs luttes piersévérantes lui enseignaient « que la force ne sert rien contre les hérésies » (Cfr. Tavannbs, Mém., p. lii, èdit. Petitot); qu'il est difficile de « forcer les consciences des suhjets, » et dangereux «'d'exposer liis vérités de la foi au hasard de la dispute, » parce que « tout ce qui est mis en dispute engendre le double » (CfV. 1. JII, 5-6}. Il tombe d'accord que ces « querelles, où il y eut de la faute de part et d'autre, » ont réagi salutairemenl sur le clergé catholique, l'obligeant à « mieux remplir ses devoirs, » « à étudier et à se réconcilier avec les lettres » (III, 6). Il ne cesse de recommander l'usage du «glaive spirituel qui est le bon exemple des gens d'église, la charité, la prédication et autres bonnes œuvres ; » et de proscrire l'emploi du glaive « qui respand le sang de son prochain » (YII, 12).
* Noailles était ami de Castelli, défenseur de Galilée (Yoy. M. Libri, Journal des Savants, mars 18i3). Il fit imprimer chez les Elzévirs deux Nouveaux dialogues de Galilée {Sur le mouv, et sur la réHst. des solides^ 1636). — « Libertatem, honorem et vitam tibi debeo, generose héros, » lui dit Campanella (Philos, ration., dédie, 15 mars 1635) .
aymeir. » < Le iiH»rainent le plus po^tif de cette affinité avec le parti qui s'appelait alors politique, et dont le chancelier de l'HôpitaP iïit le membre le plus respectable, ce sont les Mémoires que Castelnau composa pendant le séjour même de Bruno, et qui se font remarquer aussi par une certaine tournure philosophique. On y ap^^it une tendance permanente à la méditation, une poursuite patiente des raisons et des causes^ parmi lesquelles Thahile négociateur n'oublia point « la nécessité, laquelle n'est point sujette aux lois hnmukies. » ^ La justice y est toujours présentée comme « le fondement de toute la société humaine, » et opposée aux fluctuations des choses terrestres, à ce « Temps qui porte toujours avec soy vicissitude. » * On n'est donc pas fort étonné en entendant Bruno
i Lêitrê dé Viditmr Bu Puy à CoâUlnau (édit. S«, 1581 ; la 1'* est de 1559) . Ld lÀber de moiibui veterum Gallùrum, sorte de parallèle des mœurs des Gaulois, de celles des GermaiDS et des Bretons, était dans te goût de Ga^elnau, qû comparait volontiers les gouTernements et les institutions modernes de rEurope, « qui est un argument auquel les bons et doctes esprits prennent trèsgtMid plaisir » ( avait dit Ramus, en dédiant ce traité au cardinal de Lorraine ; version de Castelnau).
* Comparez Castelnau, Mém,, 1. VIT, c. 12, avec la Vie de V Hôpital, par M. Vlllemain, p. 39 (18S7]. — « Les opinions se muent, non par violences, mais par prières et par raison. » "
^ L. V, 0. 13. Maxime qui ressemble au célèbre vers de Shakespeare : a No, Time, thou shalt not boast that I do change. »
(Voy. P. II, p. M).
M. Saint-Marc^irardin (ra6.de la /tff./y-anç. auXVl^tiècle, p. S37) fait remarquer avec justesse que ces Mémoires, assez purement écrits, sont exacts quantaux frits, etse distinguent par un louable amour de l'ordre, mais qu'ils poussent la circonspection diplomatique à un excès de regrettables rélicences. « On y chercherait vainement Téloquence ardente on grave de I^noue ou de Montr- Inc; » maison y trouve aussi plus d'impartialité et de justice.... Il ne faut pas ouMier, enfin, que Castelnau n'écrivit que pour son fils, et uniquement pour rappeler les événements principaux de sa vie. Cette vie s'éteignit à soixantedouze ans, dans la terre de Jotn ville, en 1592.
vanter la simplicité, la bonhomie de son hôte, « comme celle d'un homme du peuple, » son désintéressement, son absolu dévoûment à ses amis « égal à celqi des princes les plus magnanimes; » ^ on pardonne même des expressions plus emphatiques, en voyant que Bruno les adresse à « Tunique refuge de ses muses. » * Vivant dans l'intimité de cette famille, le philosophe napolitain ne négligea point de dépeindre à la postérité les charmés et les vertus de madame de Mauvissière et de sa fille. Ce qui est plus curieux, c'est que l'éloge décerné par Bruno à Elisabeth, et incriminé à Venise et à Rome, ne semble qu'une amplification idyllique du jugement que Mauvissière, le protecteur impuissant de Marie- Stuart, porta sur la reine d'Angleterre. « Elisabeth » peut dire avoir plus fait que tous les roys ses prédé- » cesseurs. . . Si je me suis laissé transporter à la louange . » de cette princesse, la cognoissance particulière que » j'ay eue de ses mérites, me servira d'excuse légitime, » dont le récit me semble nécessaire , afin que les » reynes qui viendront après elle puissent avoir pour
1 I, p. 265, 0pp. t'r. — Puis I, p. S05; II, p. 15. — « All'unico refugio dêlU Muse. »
* Castelnau mourut, en effet, comme le cardinal d'Ossat, dans un état Toisin de la pauvreté.
'/(Madame de Mauvissière n*élalt pas seulement, dit Bruno, douée d^une beauté extraordinaire, qui servait à son âme d'enveloppe et de voile ; mais, par le triumvirat de son sage jugement, de sa modestie délicate et de sa politesse ingénieuse, elle tenait lié, d'un nœud indissoluble, Tesprit de son époux et celui de quiconque Tabordait... Que dire de sa jeune fille? Elle a vu le soleil il y a six ans à peine, et il serait impossible déjuger, en Pentendant parler, si elle est italienne, française ou anglaise.... Chacun se persuade aussitôt que les deux parents ont vraiment confondu leur sang pour former un si beau corps, et mêlé les vertus de leur âme héroïque pour former une intelligence si merveilleuse ... » « Quel rare oiseau, rara am, réplique le pé<lant du dialogue où ont été jetées ces démonstrations dVnc gratitude exallée : — Rara avis que Mario de Boshtel ! rara avis que Marie de Castelnau!... »
» miroir l'exemple de ses vertus... »^ Ainsi s'exprimait l'homme d'Etat qui fit connaître à Bruno les hommes et les choses de la Grande-Bretagne, et qu'il serait impossible d'accuser de connivence avec le protestantisme. Auprès de ces louanges , il est vrai , le panégyrique de l'ardent Italien est une apothéose. A ses yeux Elisabeth est si grande, que son royaume ne ressemble aucunement aux Etats du continent, et que sous son règne surtout le vers de Virgile est devenu une vérité:
El penitùs toto diverses orbe Briiannos.
« Dotée, élevée, favorisée, soutenue par le ciel, ni discours, ni force ne réussirait à renverser la divine Elisabeth ! Nul noble de son empire ne l'égale en dignité, en héroïsme; personne parmi les gens de robe n'a autant de savoir; aucun homme d'Etat n'a autant de sagesse. Quant à la beauté, quant à la connaissance des langues, et vulgaires et savantes, quant à l'intelligence, des sciences et des arts, quant au talent de gouvemét*, aux fruits d'une autorité longue et forte, quant aux autres qualités naturelles et sociales,^ que sont auprès d'elle les Sophonisbe, les Fausline, les Sémiramis, les Didon, les Cléopâtre, et toutes ces merveilles dont se glorifient l'Italie, la Grèce, l'Egypte dans les temps passés?^ Pour moi, les preuves du génie sont les actes,
* Castelnau, Mém., 1. II, 6; 1. m, 1. Voyez V Appendice \1.
* « n n*y eut dame en sa cour qui avait aucun avantage sur elle pour les boones qualitéz du corps et de TespFit, etc. » Castelnau, Mim.^ l. V, c. 11.
^ D*antres la comparaient avec des femmes contemporaines; en Angleterre, avec Jeanne Grey, Marie d'Arundel, les quatre filles de sir Antoine Coke ; les trois sœurs Anne, Marguerite et Jeanne Seymour ; la fille atnée de sir Thomas More, mère de Ph. Sidney ; dansées cours de TEurope, avec les Médicis, Anne
c'est le succès. . . Notre siècle attadie les yeux sur cette princesse avec étonnement, avec admiration ! Tandis que les orages bouleversent la face de l'Europe..., la reine, par la majesté de son regard étincelant, impose au grand Océan une paix qui dure déjà plus de cinq lustres; elle le contraint, au milieu de ses flux et reflux perpétuels, de recevoir dans son vaste sein, avec sérénité, cette Tamise chérie qui se promène en- serpentant, sans crainte ni fatigue, tranquillement et gatment, le long de ses rives fleuries. .. »^ « Cette dame extraordinaire' s'élève comme une lumière brillante' pour se
de Guise, Renée de Ferrare, les trois Elisabeth (Espagne, France et Danemark), les quatre Marguerite (Navarre, Parme, Savoie, Valois).
> « Beatam Angliam.,. tanquam domicilium quietU ei humatUiatis, » avait dit Languet (ei). XGIV).— Gbevkt (Ckant du cigne, à Vhonnêwr d'Elixabeth, 1560.) emploie les mêmes figures de flux et reflux, de tempêtes et de dangers, et compare la reine, assise, « au bord de la Tamise, » à un « nocher » qui sait fuir les périls, à un « phare égyptien » qui sait signaler le port.... Elle dompte sans effort, dit Bruno ailleurs (II, p. 197) cette discorde fatale qui, partie des Alpes, prétend envahir la mer, a pestifera erinni che s'è da là de TAlpi ed il mare awentata a qnesto nobil paese. »
s Ordinairement, c*est le titre de déesse, divinità, diva, que Bruno donne à Elisabeth. Il n'est pas le seul philosophe de son temps qui se soit laissé emporter à un tel excès d*admiration. Aconzio, par ex., dédia sa « Méthode » à la « dttHi EUsabetha.., » Les exagérations de ce panégyrique sont plus dans les mots que dans les choses ; pour les mots mêmes, elles semblent par moments une imitation de Téloge de Laure par Pétrarque : Chi vuol veder quantunque puô Natura E'I ciel tra noi, venga a mirar costei, Ch'ë 8ola UQ soi, non pure a gli occhi miei. Ma al mondo cieco, che virtù non cura, » etc. ; et elles paraissent avoir servi de modèle à ceux qui ont chanté la reine Christine de Suède (Voy. Miratobi, delta poetia perfetta^ II, p. 976, sqq., p. S47). « Bruno était fort connu d'Elizabeth , » dit Toland : n*était-il quo reconnaissant envers elle?
* Cest au soleil qu*Eli«abeth fut fort souvent assimilée, même en France, où Du Babtab (n« semaine, 8« jour) s'écria ainsi :
« Mais quel nouveau Soleil me donne sur les yeux?
» Suis-je fait tout d'un coup heureux bourgeois des cieux ?
1» G quel auguste port! quelle royale grâce!
n Quels yeux doux, foudroyants! quelle angélique fhcel
VIE. . m
répandre sur tout le globe. Par son titre et sa royale dignité, die n'est inférieure à aucun monarque du monde. Pour le jugement, la sagesse, la réflexion qu'elle déploie en gouvernant, il est difficile de découvrir une reine qpi approche d'elle... Certes, si l'empire que donne la fortune était en proportion avec l'empire que mérite le génie le plus beau et le plus généreux, il faudrait que cette nouvelle Amphitrite^ ouvrît sa ceinture, et laissât flotter son ampleur, au point de comprendre, non l'Angleterre et l'Irlande seulement, mais un globe tout entier; il faudrait qu'en embrassant l'univers, sa main puissante soutint une monarchie universelle. Encore n'est-ce pas àrmoi de parler de ces desseins d'une si profonde maturité avec lesquels cette âme héroïque a fait triompher la paix et le repos, comme par le simple mouvement de ses yeux^, durant plus de vingt-cinq ans, au milieu des bourrasques d'une mer d'adversités. »
C'est cependant sur ces desseins et ces dons poli-
» Filles du Souverain, doctes sœurs, n'est-ce pas » La grande Elisabeth, la prudente Pallan, » Qui fait que le Breton, desdaigneux, ne désire, » Changer au masle joug d'une femme l'empire 7 » Qui, tandis qu'Rrjnnis, lasse d'estre en Enfer, » Ravage ses voisins et par flamme et par fer, n Et que le noir effroj d'ui;} murmurant orage n Menace horriblement l'univers du naufrage, » Tient en heureuse paix sa province, où sa Loy » Vénérable fleurit avec la blanche Foj, etc., etc. »
> D*aatres fois, Bruno rappelle Diane : « Yuniea Diana quaVé tra wH quel chê tra gli oitri il SoU, » II, p. 303-408. « Pair Veslal, throned by the West, » » dit Shakespeare. « Qucslo regno Partenopeo. » BBuifo (fl, p. 197).
* Homère nous donne Fidée de Va puissance de Jupiter, quand il dit qu*en fronçant le sourcil ce mattre des dieux fait trembler l*Oiympe. Les courtisans nommaient Elisabeth entre eux Junon, et lorsqu'elle n*était pas de belle humeur, ils disaient : « Le soleil ne luit pas aujourd*bui. »
lia JORDANO BRUNO.
tiques que la postérité jugea la fille de Henri VIII, en la déclarant l'un des premiers monarques du XYI"^ siècle et de l'histoire moderne.^ C'est par là qu'elle ne courut aucun risque d'être mise en parallèle avec sa rivale vaincue, cette Marie Stuart dont Campanella,' chose digne de remarque, pleura dans une tragédie les longues infortunes, pendant qu'on reprochait à Bruno, | dans les prisons inquisitoriales, les louanges qu'il avait données à Elisabeth.'
Après Mauvissière, après Elisabeth, Philippe Sidney fut la personne dont Bruno, pendant ce voyage en Angleterre, s'éprit le plus passionnément. Ces trois noms forment lé « triumvirat » auquel il dédia les productions de cette époque importante.^ Sir Philippe Sidney fut l'homme qui lui inspiraU'attachement le plus tendre, cimenté par la conformité de l'âge et du caractère. Montrons, par quelques traits, que Sidney méritait les marques d'approbation affectueuse ou de vive admiration, dont Bruno sema ses écrits, et dont il eut à rendre un compte rigoureux.^
1 S*il faut en croire Languel, il y cat dans ce siècle pea de grands princes : « Gaudéo noi habere in orhe ehrittiano ialtem unum regem in quo nt aliqvid virtutii, » écrit-il sur Etienne Bathori, élu ra de Pologne , à Tabdication de Henri de Valois.
* Les parallèles entre Elisal)etb et Marie sont nombreux, mats ils inspirent peu de confiance. Ceux qui les tracent sont, non pas des dépositaires de Tbistoire, mais des avocats de parti, gens ulcérés ou aveuglt's. On n*a droit de canoniser ni celle qui commit un assassinat sous le manteau des négociations, avec le gbîve de la justice, ni celle qui en trama un avec le secours de Tétranger, et par b supériorité de ses agréments. 11 est |)ecmis de dire, en somme, que dans la condamnation de Marie, plusieurs crimes furent punis par un crime.
* C'éuit en 1508, quand Campanella se promenait encore librement sous les arbres et les portiques de Stilo ,de /i6. prop,, p. U).
* L^bihlorien de Pb. Sidney, Tuoii. Zouch, a consacré de belles pages à Tamitié du chevalier anglais et du pbilosopbe italien. ( JUemoin of thê iifê and writingê oftir Ph. SMney, 180», éflit. 8*, p. :i39. sqq.).
Fife d'un homme supérieur, qui gouverna l'Irlande, et d'une femme distinguée à tous égards, neveu et héritier présomptif de Leicester, Philippe Sidney se rendit à l'âge de dix-huit ans à Paris, accompagné de dix valets et de quatre chevaux ; c'était dans l'année néfiiste de 1572. Charles IX lui conféra une charge de g^tUhomme ordinaire de sa chambre. Il n'échaf^a cependant aux massacres qu'en se réfugiant dans l'hôtel de Walsing^am, ambassadeur d'Angleterre, devenu depuis sonbeau-père. Ayant prompteroent quitté laFrance, il visita l'Allemagne; connut à Francfort H. Languet, «son vieux Languet, son Socrate, son Mentor, sa Providence;' » puis alla étudier à Padoue la jurisprudence. En 1575 il revint à Londres pour être dix ans les délices de la cour. Une seule fois il s'absenta d'Angleterre , ce fut en qualité de ministre auprès de l'empereur Rodolphe, de l'électeur Jean-Casimir, et de Guillaume d'Orange. Il dut s'en éloigner une autre fois pour aller s'asseoir sur le trône de Pologne. Dans une occasion solennelle il servit d'organe aux sentiments de son pays : il osa présenter àlareine une lettre franche et ferme, contre le projet de mariage avec le duc d'Alençon.^ La reine, quoique surprise et affligée (elle n'avait reçu jusque-là de sa part qu'hommages et panégyriques, tels que la Dame de Mai) y lui pardonna d'avoir préféré obéir à la nation. Sidney avait jugé cette conduite plus digne d'un chevalier. Il se croyait appelé à défendre tout ce qui était
* Sidney donne ces termes d^aflection filiale au profond politique, dans des lettres importantes pour la connaissance de ce temps. ' Selon Hume, cette pièce historique brille autant par la force de raisonnetque par Télégance du stvle.
opprimé : son père, accusé d'abus de pouvoir en Irlande ; son oncle, Leicester , accablé sous une nuée de libelles ; la poésie et les lettres, le goût et la raison,' outragés par les puritains et Jes pédants; enfin sa religion. L'appui qu'il prêta au protestantisme lui coûta la vie. Nommé gouverneur du port de Flusbing, dans les Provinces- Unies, il se rendit en novembre 1585 dans ce pays, qui était alors l'école militaire de l'Europe. Il fallait marcher contre le duc de Parme. Sous le commandement de Leicester, général incapable, Sidney conduisit la cavalerie et prit Axel, où il ne perdit pas un homme et fut armé chevalier. D^à la Hollande se glorifiait d'avoir trouvé un homme de guerre capable de se mesurer avec le grand capitaine espagnol, lorsque Sidney fiit chargé de mener à Zutphen un renfort de troupes. L'action s'engagea et ûit vive; « peu d'Anglais y furent tués, ditCamden, mais Sidney, qui en valait plusieurs,* fîit blessé mortellement. Il vécut seize jours encore, composa même une ode sur sa blessure, s'entretînt du grave sujet de la vie à venir, et expira en philosophe chrétien le 16 octobre i 586. Ce qui se passa sur le champ de bataille, quelques moments après que Sidney eut été atteint, a été transmis à la postérité.^ « U était pâle, épuisé, et souffrait d'une soif brûlante, effet de la perte du sang ; il demanda à boire. L'eau est apportée. A l'instant où il l'approche de ses lèvres, il aperçoit un soldat mourant, et aussitôt
» Voy. sa Défense ofpœtry.
• « Ûnumpro multis dahitur-caput. »
« CVsl Fulk Greville, lord Brooke, qui raconte celle scène que les contenuiwrains ont compai^c au trait d*Alexanclre-le-Grand. Les deux béros» a-t-on agoults moururent à tronUvdeux ans et « comme Marceltns, à I*entrée des champs de ta gloire, n
il ht Un fait dôtttier eil dii^t : Cet homme en a encore plu^ besoin »|ne ttioî^ tkis man 's nécèssily is stitl greaïer Mttfi fhine. » Vn dettil unitël-^l accueillit cette nouvelle en Atogleteri-e. Eli^betb fit à âoii favori de royates funérailles à Sahlt-Paul; Cambridge et Oxford recueillirent en ttoh volumes Ifeulrs ^ Larmes ; » ^penser et tamden, DnpleâSis-Mbmay et Jacques d'Ecosse déplorèrent éloquenmfent cette foliestë destinée. Sidnëy devlrit en quelque sorte leîavori de l'histoire anglaise, le dernier chevalier, le Bayard de la Grande-Bretagne. Ce qui complète son portrait, c'est son amitié pour Fulk Greville...
Ils n'étaient qu'un^
Et .. tous deux avaient un mesme cœur commun i.
Même âge, mêmes habitudes, même caractère, mêmes goûté.' AUtei, dé niême que Montaigne légiià iSa bibliothèque à Charron, Sidney partagea la sietmè par testament entre Greville et Dyer. Greville survécut quarante années à Sidney, il brilla dans les hautes dignités sous
t RoDsard, parUml de lai et de Belleau.
L*amitié de Sidney èl de GreTiRe eât proverbiale comme celtes de Lather et de MéUDchtbon, de Momaigne et de La Boétie, de Pithou et de Loysel. « Con heei dt streita e lunga amicizia, leur dit Bruno, âiete àllevati, nodriii e crm€iuH itmême, o
* Sidney s^entendait en amitié. « Après Tadoration de TEtre suprême, écri- Ysh-il àl^angàet, mon plus grand tx>nhear consiste à cultiver ranritié de quel- <|Qes gens de bien. « Dans une de ses poésies pastorales, il adressa à Greville et à Ed« Dyer, cette prière :
« Joyne hearts and hands, se let it be , » Make but one mind in bodies three ».
GuDpapella fait sentir dans des termes analogues le prix de Tamitié : c — Uamicizia ch'è un arnor perfetto, » CBe contra if maie a commune ogni bene. »
{Poêiiê, p. 55).
Elisabeth et Jacques I^*^; mais il fit graver sur sa tombe ces mots : Ci-git l'ami de sir Philippe Sidney.
Quant à Bruno qui avait connu de réputation Sidney et Greville à Milan et en France/ il les pratiquait journellement à Londres ; et quoiqu'on eût cherché à le calomnier, à les désunir, il ne cessa jamais de se rappeler les années qu'il avait passées avec eux, et ne dissimula nulle part des liens dont il eut lieu de s'enorgueillir.
A peine Bruno fiit-il arrivé à Londres, qu'il eut occasion de prendre part à une fête universitaire, qui fut célébrée, au mois de juin 1583, en l'honneur d^un seigneur polonais, et dont les annales d'Oxford, comme les œuvres de Bruno, ont conservé les détails piquants.^
Le comte-palatin de Sirad, Albert de Lasco, âgé d'environ cinquante-six ans, n'était venu en Angleterre que pour connaître la reine et le royaume. Son nom y était déjà connu. Jean de Lasco, oncle du roi de Pologne, devenu d'évêque catholique zélé protestant, s'était réfugié à Londres vers le milieu du siècle , et s'y était
« Voy. Bbuno, 0pp. it., I, p. 145. Il parait que c'est par des prétextes religieux qa*0D chercha à mettre la division entre Bruno et ces illustres Anglais. Venvieuse Erinnyi {Spaccio, iléd.), dit Pauteur d'ahord, et dans le corps du même ouvrage, « la putifera Erinni » est flétrie comme excitant le fanatisme et les guerres de religion (II, p. 197).
• Cfr. BmcH, Memoirs^ 30 avrU 1583. Fvllbr, WorthitiofEngland, P. III, p. ITS.^Wono, Vniv, etÂntiq. Oxan., l, p. 300.
VIE. m
fait pasieur des églises étrangères.* Albert racontait que sa famille était une des premières de Pologne,^ ayant fourni plusieurs rois, et que h» * même avait commandé en plus de quarante batailles rangées. Sa Yignenr était encore prodigieuse. On admirait sa belle taûUe, sa dvilité, son esprit aussi fin qu'aimable, son élocution fleurie; on disait qu'il parlaif l'itaUen aussi couramment que le latin, et encore mieux le slave. On répétsdt qu'il avait d'immenses revenus, sa femme ayant eu cinquante châteaux pour dot; et qu'il avait refusé les secours que la parcimonieuse Elisabeth lui avait offerts. Elle se plaisait, en effet, à s'entretenir avec lui, elle lui fit un accueil comparable à celui que le due d'Alençon avait reçu l'année d'auparavant.' Lasco passa quatre années en Angleterre, visita tout ce qu'elle présentait de curieux, et fut paitout traité magnifiquement. Aussi fîit-on d'autant plus surpris d'apprendre un matin qu'il était parti furtivement , laissant beaucoup de dettes,^ et emmenant deux célèbres alchimistes, le docteur Dee et Kelly. Il parait que ces deux savants
^ C*étaH un ami d*Ensiiie et de MétonchlhoD, révéré deBèze (Voy. IcoiMt). A TaiTénement de la reine Harie (1553), il Ait forcé de s*enruir aussi d*Aiiglelore et de retourner en Pologne. C*est lui qui fit connaître à Ramus les savants et les UUérateurs d*Angleterre, lorsqu'il lui rendit visite à Paris (P. Rami IV«/1, JSpifff ., Orai. 1577, p. 103, sq.).
* Son père, lértae, accueillit (1530) le roi Jean Zapoiski de Hongrie, allié de Soliman, et chassé par Ferdinand d'Autriche ; depuis, il devint son premier ministre*
> Db L'Ef oilb, I, p. 9U,
^ Ce Polonais semble avoir fourni à Shaliespeare quelques traits du Courtisan voyageur {Lové^i labour Uut, I, se. 1 et a ).
c Oar court, y ou know, is haunted
» With a refined traveller of Sfain, » etc.
Shakespeare, pour plaire au peuple anglais, fait venir ce (tersonnage d*Ës|>»gne (Voy. Fullbb, WorthieSf etc., p. 1S6) . « Les Espagnols, dit Castelnau (I. il , c. 3) estaient fort mal voulus des Anglais. »
faiseurs d'or ne lui rendirent pas tous les serviœs qu'il en avait attendus. Rich. Baker qui revit Lasco à Cracovie, menant une vie obscure et même misérable» fit cette réflexion : « Tant la fortune rend malheureux ses jEavoris, si ^Ue ne joint pa$ la prudence à ses faveurs. »
Quant à la fête dont nous avons parlé, ce fut le chancelier d'Oxford, Lçicester, suivi d'une partie de la cpur, ^ qui conduisit triQipphaleineiit Lasco à Oxfprd. A leur rencontre vinrent le^. députés de l'Université, les docteurs Qqmpbred, Tob. Mathew, Arthur Yeldard, U^i}^ Colepçp^r^ Uerbeit Westpbaling. ^ Celt^i-ci harangua Is) noble compsignie , eauyert comme $es. collègues 4'uu manteau de pourpre. Lasco lui réppndit en \^\yiï élég^. Plus loin se pré-* sentèrent le préteur, les aldermen, les baillis et autres magistrats, aussi en manteau de pourpre. Le greffier de la ville, qui était maître ès-arts, fit une seconde harangue latine, et offrit une paire de gants à chaque personnage de la suite de Leicester. Pendant que k cortège s'avançait, des flûtes et des tron^pettes retentir rent dti haut de la porte du levant, et les notables de la ville, en nombre considérable, distingués selon leurs conditions par leurs costumes et leurs décorations,^ rapgés à droite et à gauche, demandèrent à présenter à leiif tour leurs humbles salutations. Au moment d'arriver en face de l'église de Notre-Dame, le vice-chancelîer, environné d'autres docteurs, tous vêtus de pourpre, remit au chancelier les insignes de sa charge; puis l'orateur
« Nohilium eohori,
* Voy. Bburo, Opp, <!., I, p. «».
* Plusieurs d'entre eux étaient teUemcot chargés de bijoux que Bruno les prit pour de riches joailliers (Voy. Cma delU Cenmi^ \, ïoU,),
désigné prononça le discours accoutumé, après lequel il fit remettre à l'illustre étranger une bible de grand prix, et une belle paire de gants; le reste de l'escorte ne reçut que des gants. De là on se rendit au Carrefour, ' ensuite au collège du Christ,^ où le doyen et les chanoines, entourés d'une foule d'étndiantâ, accompagnèrent leurs hôtes à un banquet splendide. Un feu d'artifice Uré daifô la cour du coUége termina cette solennelle journée. Le lendemain matin, le comte polonais fut de nouveau harangué par le docteur Mathew, et alla assister aux divers exercices des écoles. Ce fut au collège de Toutes-les-Ames ' qu'il déjeûna. Lài nouveaux discours, nouvelles poésies, en d'autant plus grand nombre, que le directeur de ce collège se trouvait être vice-chancelier. L'après-midi se passa au collège de la Vierge, où toutes les Facultés déployèrent leur savoir. Pour diner on retourna an coUége du Christ, où tous les grands repas furent pris durant tout le séjour. La fin de cette seconde journée fut marquée par la représentation d'une comédie intitulée, comme celle de Shmdan, Les Rivaux. Le réfectoire avsit été converti en salle de spectacle, et la gaité fut générale. Le jour suivant, Lasco écouta avec le même intérêt les leçoq3f les discussions de toutes sortes et fit à laMâdelaine un déjeûnw somptueux.' L'après-midi fut. consacré aux thèses philosophiques qui se soutenaient au collège de la Vierge, et où Bruno accabla ses adversaires. Quant à
* Quadrivium, 2 jEdes Ckristi.
* Omnium animarum.
^ Prandium lauliuimum.
rétranger, il se montra insatiable d'amusements littéraires. ^ Voici entre autres deux questions qui furent agitées : Les hommes vivent-ils plus longtemps que les femmes? Est- il possible de prédire l'avenir par le moyen des astres? La première question fut résolue affirmativement, la seconde négativement. Le président de la dispute était le doyen des procureurs, Thom. Leyson. Chacun des opposants fut «applaudi. Le répondant était maître Nicolas Maurice. Celui qui reçut le plus d'acclamations fut le comte Palatin. Après diner, représentation d'une tragédie, comme la veille il y avait eu comédie. Le sujet de la pièce était l'infortune de Didon. On vit Iris et Mercure descendre du ciel, et y remonter à l'aide de machines' qu'on admira singulièrement; on vit tohiber de la grêle, de la pluie, de la neige, le tout avec un art infini ; ' on se sépara ému de pitié et de terreur.... Cette brillante succession de banquets et de spectacles dura jusqu'au moment où les augustes pwsontiages de la fête prirent la route de Woostûch, acc&mpagnés de docteurs et de discours. Oxford était loin de regretter les dépenses énormes qu'avait entraînées cette visite : « elles furent faites, dit son historien, en l'honneur d'un homme accompli, non moins dévoué à Merc«re qu'à Mars. » *
X!e fut en présence de cet homme que le Nolain prit la parole; et, s'il faut l'en croire, il ne se mesura pas
< peHeii$lU9rarii9 satiari non poterai.
> Machinarum ope.
' Jn-te fnultà.
^ Omnibus niAmeris absolutum, et Marti non minus quam Mercwrio dedâ^ rum^WooD, I, p. 29, sqq.)<