‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 29 sur 60 · VIE. K · texte numérisé non relu

VIE. K

rigiorance et l'cAtie poturralent y opposer. » Mais il se livrait aussi à d^ recherche» fort éloignées de cette phUosophîe. Personne , à Texception du capucin Zzchaorie de Lisieiix, n'était aussi appliqué à dépister l'irréligion et à dresser des listes d'athées.^ La seule ville de Paris en cont^iait plus de 50,000. * Dans un cadre si vaste et si bien rempli, la place de Bruno était marqi^ée à l'avance. ' « Ce scélérat, dit le Père, pire encore que Cardan, serait excusable s'il s'était contaité de (Aîlosopher sur un point, un atome, et sur l'unité..... Mais parce qu'il est allé plus avant et a attaqué la reli^n chrétienne, il n'e^ que raisonnable de le décrier comme un des plus méchants hommes que

la terre dilt jamais portés. » Ce texte mmtait d'être

transânt, parce que l'auteur, malgré son caractère doux et servi^le, rq[>résentait le nombreux parti de ceux auxquels toute hypodièae un peu hardie, tout paralofpstoe 9eBrii)bit un sophisme coupable, une tentative erittiâelle.

Néanmoins un membre da ce |)arti, oublié comme le P. Mei«eime, mais qui était un des écrivains les plus fertiles du XVII'' siède, conseiller du roi, premier historiographe de France, romancier aux « grands coups d'épée, » fier de descendre de la belle Agnès, et sdoD son vieil ami G. Patin, « homme de fort bon sens et taciturne, point bigot» ni Mazarin, » le sieur de

' Lu athées en France^ p. 670, aqq.

> Contre i'intpUté des déistes, athées et Ubertins de ce tempe, Paris» lesi, p. ttS.SSi et passion. Outre o Jordan Brun, » on y rencontre Cardan, Télésio, Vanini, Campanella, Gilbert, Kepler» Galilée, Charron. Vanini» y est^il dit, partit avec doQze de ses camarades de la ville de Naples, pour aller convertir tous les peuples à Tathéisme. Cfr. Stœudiin, Beitmge, t. I, p. 147-171.

Souvigny , Charles Sorel prit qudque intérêt à Jordano; il hasarda même une timide justification. * ^ Jordan Brun a pu être dans l'erreur, aussi bien que ({uelques autres ; — cependant, comme il ne touche aucun des pomts de la foi, nonobstant quelques petits mois de ses commentaires qui paraissent un peu libres à ceux qui les entendent, il aurait Bien pu sauver le reste et se sauver lui-même, faisant passer tout cela l>our des hypothèses et des suppositions qu'il n'approuvait point et qu'il avait composées dans l'Allemagne, où il avait été quelque temps, qui était un pays où ces opinions4à plaisaient et où la liberté était plus grande qu'en Italie. « La conclusion de cet ouvrage ( qui était d Vusage du Daupkm)^ est honorable pour Sorel, et feit contraste avec la fameuse péroraison de Scioppius : ' « // est fâcheux qu'un homme qui avait composé de fort belles choses, soit si misérablement péri. »

Les sentiments contrah-es de Mersenne et de Sorel se perpétuèrent les uns et les autres , pour ainsi dire parallèlement; et malgré leur opposition, ils produisirent le même résuhat : ils préservèrent Bruno d'un complet oubli. Le siècle de Pascal et de Descartes le

1 Dans son livre De la perfection de l'homme, oi^ U considéra « les vrais bieas et spécialeiDent ceux de l*ftme avec les méthodes des sdeoces, et entre antres avec la méthode Hoyale pour linstiuctioa des prioocs et des personnes qui ne peuvent s*ass«ùettir aux méthodes ordinaires » ( 1655 , p. S$8,

s P. lit : « Sic miutaiuê mUere periU, » etc. (Saorncs) . -> Brantôme avait dit, on parlant de Ranius {H<mim. ilL, t. U, dise. «1) : « n fîit tué an massacre de Farts, dont ce /Wr yrofuT dèmmojf». » ^ ToiUire dinde Ratielais ^cL phii. , art. Prier, Butler, Swift) : « On ttr /ttdb^quVm homme qui avait Uni dV^irit en ait Csiit un si misérable usage. »

Bajle ne dédai)(na pas de combattre l^pologie tentée par Sorel ; ce qui prouve qui* Touvrage De lo perfkHon de Vkomme^ imprimé avec grand luxe et ré«

prit pour un grand mathématicien et un horrible blas- I^émateur,^ deux qualités que les génà^ions suivantes virent graduellement disparaître. Ceux mêmes qui ne s'occupaknt ni de philosophie, ni de théologie, ni de malhématiqués, savaient au moins le nom du «jacobin Brun^ ou « éfu Bruno.^ » Dès 4633 fut traduite, ou |dut6t imitée , puis représentée à Paris , la comédie que Bruno avait publiée dans la même ville en 1583, sous le titre de Chandelier, il Candelajo ; pièce où il se moquait du pédantisme avec plus de gaité et de verve que de finesse d'esprit et de goût. Pour mettre davantage à la portée des Français cette version, intitulée Bmface et le pédant, l'imitateur parisien retrancha, atténua, et fit en sorte que » s*il y avait encore quelque liberté, il n'y eut plus du moins de libertinage. »' Dans ce but, il substitua, Paris à Naples, le Luxembourg à Posilippo, Ronsard et Desportes à Pétrarque, à l'Arioste. La preuve que cette sorte de contrefaçon fut goûtée, c'est qu'à son tour elle fut imitée. Cyrano de Bergerac y prit le plan et les caractères saillants de son Pédant Joué : son » Oranger » n'est que « Manfiirîo, > * tran^rCé du gymnase de Naples au collège de Beau-

(laDdu avec profusion, jouissait encore vers ia fin du XVII* siècle d'un certain crédit.

* Yoy. Tavanl-propos de Boniface et le pédant.

- ff L'ex-jacobin Jordan Brun, brûlé à Rome le 17 février de Tan 1600, a été accusé d^avoir avancé dans un de ses livres quelque chose d^approcbant an U» ^Kdi Tribus impoêtorifm$» {Menagiatut, IV, p. 289). C'est Dav. Clément qui affectionne surtout le Bfuno.

^ Àtant-ipropaB, C*était une grande nouveauté, d'ailleurs, en France, qu'une comédie en dnq actes et en prose.

^ On a cm trouver le nom de JfofT^rtia (philosophe pyrrbonien du Ma^ riage forcé) f dans celui de Manfurio, itfatnp/itirtiw {CafidelajOy aia. IV,

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vais, d'où Grevîn ^ était sorti. Il est posâîble que Bruno, pour faire la peinture du pédantisme, ait enlevé quelques traits aux scènes vigour-eusement esquissées par J.- B. Porta.' Il est probable aussi que Molière et La Fontaine se souvinrent de Bruno dans plusieurs conjonctures.^ Faudrait-il en conclure que le disciple de Gassendi et l'admirateur de Descartes copièrent ou pillèrent Bruno, comme ils redonnèrent souvent une vie plus éclatante aux plaisanteries de Marot et de Rabelais ? Il faut répéter sur leurs emprunts ce que Lacroze dit des analogies reprochées à Descartes par Huet : « S'ils les ont lus véritablement, ce qu'ils en ont tiré est si confiis dans ces auteurs et ils l'ont rendu si clair et si net, qu'on peut le regarder comme une chose qui leur est propre. » * Une dififérence essentielle frappe, d'ailleurs, à la plus légère comparaison. Jordanoet Cyrano, dans leur « burlesque audace, » ^ outraient à

1 Le poète Grevin (mort yen 157ft) donaa pitraieuffs oomédies sa caOé^s de BeauYais, entre autres les Ebahis, Nous sommes porté à croira que nnino le* lut ou les Tit représenter, peut-être avant de composer son ChandeHer,

* Particulièrement le PrQtodidatcolo , dans la pjèoe appelée OUmfi^

* De savants bibliophiles, tels que Charles Nodier, supposent que Molière consulta, de mémoire du moins, les comédies de Bruno et de Betrgertc, pour plusieurs scènes célèbres, comme celles de Métaphraste dans le Dépit amoureux ; de Bobinet dans la Comiesse d'Escarbagwu ; de Trouillogon dans le Mariage forcé (Voy. aussi les Fourberies de Scapin, se. 1 et S de Tacte !*')• Molière ne manquait pas d^orighiaux pour le portlrait du pédant ; fl pouvait étH' dier, outre le Jobelin de Rabelais et THermogène de Secchi^ les pédagogues de l'Université de Paris, « ces maranlx sophistes, lesquels, en leurs disputa dons, ne cherchaient vérité, mais contradiction et débat » (Rabelais). ^ Quant au bon La Fontaine, M. Walckenaer hii-même convient que le Gland et ta Citrouille ri. IX, 4) a été emprunté à Jordano. Peut-être la feble rFeoNer, te Pédant ci le Maitre du jardin a-t-elle la même origine ?

^ Molière Tavoue en disant : « Ces deux scènes (de Cyrano) étaient bonnes ; elles m'appartenaient de plein droit : on reprend son bien partout où on 1c trouve. » Cyrano les avait « conquises » sur Bruno, et l'auteur du Voyage d* la iune et fTAgripprine, usa du même droit que Molière.

> Jugement de Boilcau, Art poétigue, c. lY.

pUsir kinsxtaie fonliie que,

14 oomiqiit ëorît noblemMl Fait bailler ordiuirement ;

ils châtiaient trop les mœurs, ils les bless^ilent, ne s^arrétant pas où la farce commence, mais la confondant avec la comédie.

It

Veapèœ de fayeur ou dtadnlgence, que eertaii» témoignages ▼durent au Nokdn ne résista guère auK blames^ aux mépris d'un Bayle. Comment! le i^ropagatrar du pyrrfaonianie au ppo6t de TEglise et de la Société de Jésusi, Euet, montra plus de bienveillance enven Bruno, que le sceptique de Aotterdana dont les secrètes inlentious étaient de répandre le goût de rbunanité et de la libertédeoonadencel Uest aisé de résoudre cette codtradieticMi. Huet n'aimait ni Scioppius à la fin détesté dès jésuites, qi Descartes qu'il penchait à traiter^ malgré son exquise polilesee, àpeu près de la manière dont Scioppius en avait usé avec Bruno. Il Mait bien trouver moins de torts et plus de mérites à Bruno» pour être admis a lui attribuer quelques parties du cartésianisme. De son côté, Bayle avait à se faire pardonner, dans les consistoires et les parlements, bon nombre de témérités, et ne se faisait pas scrupule d'immoler ceux des novateurs, dont les opinions ne cadraient pas avec

ses propres nouveautés Qu'importait au éékst^ VboA" neur du panthéiste? Plus ce caustique censeur de la république des lettres, ce Voltaire de l'érudition du XYIt"^ siècle , né dans la. patrie de Montaigne, mort dans celle d'Erasme, plaisant conteur comme l'un, dialecticien inépuisable comme l!autre, plus ce demi-profoml fournisseur d'anecdotes et d'épigrammes ressemblait aux proscrits du siècle précédent, plus il s'appliquait à marquer les traits qui l'en séparaient. Ainsi Bayle fit de Bruno ce que lui-même paraissait à Liouis Racine, « un homme affi*eux. » L'article qu'il lui accorda, dans l'arsenal intitulé Dictionnaire historique et critique j eut une influence éclatante, bien qu'il n'en fût pas digne. La partie biographique de ce court morceau est composée, sur un ton railleur, avec des on dit. Or, un des ancêtres de Bayle, Rabelais a défini l'ouï-dire un « petit vieillard, bossu, contrefait et monstrueux.» Rien ne peut déguiser, ni racheter tant de légèreté diez un tel historien. * Ce qui est relatif aux doctrines de Bruno a plus de valeur. Le critique ne les connaissait toutdbis que très-imparfaitement, n'ayant vu que les ^res de la plupart des ouvrages de notre métaphysicien. * Autant le récit de la vie est superficiel, aptant l'appréciation du système est partiale. Les prénûsses, les motifs sont de même précédés de « on dit, on pré*tend, je rapporte sur la foi de tel auteur. > Bayle n'en prend pas moins l'attitude d'un juge qui distribue avec

I Ses Mlmirtteurs ne saurtient le Hier. Lacroze est forcé de convenir que « 00 qull y » d*historique dans Tartide de M. Bayle est rapporté pen exactement. »

* M les nomme Wrrrl*.

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