‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 30 sur 60 · VIE. 9B · texte numérisé non relu

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intégrité le biame et Téloge. Voici Téloge : «Brnno était un faomine de beaucoup d'eq)rit, mais qui employa • mal ses lamières. » Vient ensuite le blâme : « Voilà un personnage qui, en matière de pbiloâophie, fait le che* valier errant et s'engage en divers lieux à l'emprise, à l'éco pen<bnt« a des gardes de pas. » Ecoutons la sentence finale que Bayle ne rend qo'après avoir rappelé, à la suite v d'habiles gens, » que « M. Dçscartes est soup* çonné d'avoir pris de Brunus quelques-unes de ses idées : « L'hypothèse de Brunus est au fond tout semblable au spinosisme... Le spinosisme est sujet aux mêmes inconvéïMnls que les absurdités dé Brunus : on ^

ne s'en peut évader qu'à la faveur d'une équivoque

En somme, ces deux écrivains sont unitaires outrés. » Entre ces deux «athées,» it n'y a qu'une différence de méthode : Bruno emploie celle des ^ rhétoridens, » Spinosa celle des « géomètres. » Bruno n'apas conune Spinosa « réduit l'athéisme en système, il n'en a pas bit un corps de doctrine lié et tissu selon les manières des géomètres ; il ne s'est pas attaché à la précision, il s'est servi du langage figuré qui nous dérobe si sou-* vent les idées justes d'un corps de doctrine. » L'hypothèse qui leur est commune, « surpasse l'entassement de tontes les extravagances qui se puissent dire: c'est la pins monstrueuse hypothèse qui se puisse imaginer, la plus absurde et la plus diamétralement opposée aux notions les plus évidentes de notre esprit. >» * — ...Cette indignation est-elle entièrement sincère? a-t-elle des ressorts bien nobles? Bayle s'attaquait aux conséquences

* Comparez rarUcIe Spinosa,

aae jordano bruno.

pratiques de oette théorie, sans tmIoît en ocpywwire les fondements spéoulalife. Le spectateur d'une agre»dîoB si vive se rappelle involônttirenienf ce que Bayle lm<-méme avait dit d'une hypothèse de Leibnitz: « U y a là des choses qui font de la peine* » Mab oecte animosicé même n'était^lle pas un moyen de succès? Le jugement de Bay lefet promulgué enAnglelenepar la gazette en vogue, le Spectateur;^ en Allemagne, par des bonsmes graves, qu'épouvantait ce &ntdine d'athéisme à b mine patibnlaire, par des écrivains teb que Buddéns et Reimann. *

Tottirfois c'est en Allemagne qu'on sut deviner d'à* bord, avec un coup d'eeil philosophe, le caradère et les opinions de Bruno. On doit fiaÂre mention, à œt égard, de Morhof et d'Arnold. Mi l'un ni l'autre n'était, il est vrai, philosophe; le premier pensait' que Spinosa avait tiré toutes ses flèches du carquois de Pomponace , et le second ^ confinait dans une mysticité méticuleuse l'essence de la sagesse et de la foi étnngé* lique. Mais tous les deux possédaient à un hautdegré nue qualité indispensable à Thistcrien, l'aoMMlr des hommes, et enfreignaient rarement la loi de l'impartialité. L'un et l'autre sollicitèrent la radiation de Bruno des listes d'athéisme.

Ce voeu fot ausà celui de l'incomparable Leihnitz. Ce

1 The Specîatar^ S7 mai ITia, vol. V, ii« 389. — « /. Btuwu. a profBsmd ntheisi, » etc.

* BoiUMOS, Tkâi, de aihaiswM, c. t, §SI« p. 113; Bboiaiin, Ha origin», progresw^t inertmento anrt-IAetfmt «eu aikeismï^ i9$9 (Vby. p. 1 2.^74) ; M., Biblioth, theolog. cHf., p. IV, sqq.

> PolyMftor 1, 1. 1, c. 8; II, 1. U. c. 15; II, P. H, c. H.

» HUt de$ égli$e$ ff dm hérét., II, L XVII, c. 16, f 8 (en alleiB.).

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génie qqi c ne tréUvMl point de betneb dans la ^hèM do mérita bunisni) no» la remplisfiaît toute, m (Bayle le confesse en ces ténmes) , fit grande dibânçtion entre Vttiiiii et Bruno. Vanmi^ selon lui/ « mérkail d'être enfermé jnsqu'à ce <|n'il fSftt derenu prudent, et on l'a trailé arec une craanté révoltante en le brûlant. » En disant que Brarno « ne niaftqua pas d*esprit, msàs qnil n^est pas trop profond, »^ LeUmitz énonçsdtencore une iréiité, incontestable, puisqfue, plus profond, Bruno eAt révéré le tlu^sliaiilsme daTantage. Par son rôle de concBiat^iF et de modérateur dans la révolution câité'» sieme autant que par son earactère, ^ Leibnitz était disposé à randne justice à tous les devanciers de Descartes ; comprenant tout, s'intéressant à tout, il appréciait tout avec équité. Aussi, de ia plume qui appebpro/bfMlif^ le fondatew du péripatétisme, l'élève de Thoréhabilita les anii«péripatéticiens de la Refiais^ sttioe. ^ U ne rougit pas de demander d^abondantes lufuières aux générations antérieures, d'étendre ou de corriger la coflnaissmce de soi-même par la science de IlimnaDité. Au ccMitraire , il juge insensé '^ le mépris que les autres cartésiens professent , ou plutôt affectent, pour l'histoire, pour l'étude des langues et des littératures, pour tout « ce qu'Adam avait ignoré : » ^ il 8e feit un m^n fhmr de présenter Descartes lui-

> Fjiitr., 195.

* Leilmlu éerivlt ces nwls à Laeroze, après atoir hi le traité dêir Ihfinito (Cfr; FeuftBACB, BUt. de laphiUoùphie moderne, U, p. SU, en allem.)-

• Lessmo, Znr Geseh. u. LUeratur, t Btitrag, p. «te.

^ On se souTient de la réimpressioa du pampbet de IfizoHui.

• irta êrudit, Ups., 16», p. 87.

* Mot de Halebranche.

JORUANO BRUNO.

ménie comnie débiteur de Bruno. 11 oublie pourtant d'indiquer le coin de son propre diamp, qu'il avait labouré avec la charrue du NoImu. *

L'écrivain que le créateur de l'Âcadéniie de Berlin entretint le plus souvent de Bruno, était M. de Lacroze, c'est-à-dire celui qui écrivait, le 30 novembre 1737, à J. de Chamberlay : « Bien des savants ont exploité les œuvres de Bruno. Leibnits luinméme a tiré tout son système du livre de Maximo et Mmmo. Je l'ai dit et prouvé à Leibnitz méoie, de vive voix et par éarit. Si peu de geûs s'en sont aperçus, c'est pvce que les écrits philosophiques de Bruno sont obscurs et rebutants. » ^ Voilà le pffisage qui fit regarder un instant Lacroze comme un défenseur du Kolain. C'est comme un de ses antagonistes les plus impitoyables qu'il fallait l'envisager.' Lacroze, en effet,' au milieu de ses courses et de ses malheurs, poursuivit toujours le même dessein, consacrant de précieuses années à découvrir et à réfuter le déisme et l'athéisme tout ensemUe. L'orgueil, la débauche et le libertinage ont seuls, à son avis, enfanté ces opinions monstrueuses. Campandla,

< « Qu€d in muUis Bruni vitulo araverii » ( Bbuoiek, L IV, P. Il, p. 3S'. — 0|»liinisne. Principe des indiscernables. Accord de la ISberié el de la nécessite. Monadologie. - Jh Minimo, p. 71, p. 132, sq. ; Metaphysic,^ p. 9. Cfr. Hansch, Pnne. philos., Leibnitz. 17i8, tbes. IX, XXI. LXXI.

s 7%ef . ^Mf r. XacroMOM, III, p. 78 : « Muiti tiri doetiemu Jvr^fw utt mmt, fp$e Leibnitzius, » etc. Il est clair que Lacroze comprend ISus le litre ingénieux II» JfaximoefJftA^iiiodeux ouvrages distincts : le DeMimmdeeX le De Minimo.

* Lorsqu*on rapproche les disgràvoes de Laeraae des aTenlnres de Brano, on imagine que cette conformité aurait dû disposer Tauteur des Bnintieni favorablement. On le sait, U fut d'abord bénédictin, pois emprisonné pour cause d^insttlK>rdinatioo : réfugié à Bile, il embrassa b réforme et devint biblioCbécairp du roi de Prusse : nommé professeur à UelmstaedU il refusa de signer b confession d*Âugsbottrg, il fut enfin rappelé à Berlin pour diriger Téducatioa de la future maigraTe de Baireulh, et pour donner des leçons de philosophie à Frédéric le Grand, leçons peu goAtécs de son royal élève.

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