‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 35 sur 60 · PHILOSOPHIE FRANÇAISE DEPUIS BRUNO JUSQU'A DESCARTES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE FRANÇAISE DEPUIS BRUNO JUSQU'A DESCARTES

Le Béarnais réussit enfin à

ranger dessoubz ses justes lois

Ce beau pays reconquis par deux fois. ^

La Sorbonne tomba, avec le peuple de Paris, à ses pieds, et reconnut, avec saint Paul, que « tout pouvoir vient de Dieu. • Changement immense ! Mais l'état de la philosophie varia peu. Rnl601,renseignementd'Aristotefutprescritavecunenouvellc rigueur. Toutefois on remarque, dans ce règlement signé de Henri IV, une clause qu'on peut envisager comme un fruit des attaques de Ramus et de Bruno. Le numéro XLU est ainsi conçu : c Qu'on explique les textes d'Aristoie à la façon des philosophes, et non pas comme les grammairiens, de manière à faire connaître les choses plutôt que les mots, ut magis pateat m scieniia quam vocum energia. » Rei scientia, la connaissance de la chose, c'est ce que Bamus appelait Cusage^ ce que Bruno nommait là raison etrétidence; c'est d'ailleurs ce qu*Aristotc lui-même avait tant recommandé sous divers titres, surtout par les termes d'obsertalion et de réflexion.

11 parait que cet article fut trop bien observé, à Tavts delà

1 Gbakgier mit au bas du portrait de Henri fV, en loi dédiant sa tradactkm de la DiiHne comédie, ces Ters que Voltaire ^mbie avoir connus, puisque la Henriade commence ainsi :

Je ciiante ce héroa qui régra sur la France

Et par droit de conquête et par droit de naissancGc

Sorbonoe; car, dix ans plus lard, c'est-à-dire quelques mois après que RaTaillac eut tranché les jours de Henri IV, quelques motsavant la destitution de Richer,^ le Parlement ordonna de oouYean l'enseignementexclusifdu péripatéiisme;et afin de pré- Tenir tout écart et toute maligne interpréta lion, il prit la peine de tracer minutieusement la marche à suivre dans l'exposition àe chaque point. S'il faut en croire les actes du Parlement^ la France ne cessa pas de lui obéir durant treize ans. L'année i&2k, célèbre par l'avénemenl de Richelieu et d'Urbain Vill, fat marquée par une double révolte. Pierre Gassendi fit paraître ses Exereitaiiones paradoxiea, et trois autres antipéripatéticiens, moins connus» furent solennellement condamnés par le Parlement de Paris.

La polémique de Gassendi contre Aristote n'est pourtant pas ce qui honore le plus ce philosophe. Le chanoine de Digne ne fait que renouveler les moins solides griefs des anti*péripatéticiens d'Italie; il égale ceux-ci en violence et en vanité, et il n'a pais comme eux l'excuse dfadmirer Pythagoreou Platon : ne tient-il pas d'Aristote, plutôt que d'Epicure, ses meilleures idées et les règles de sa méthode? La philosophie cependant a inscrit le nom de Gassendi parmi les noms de ses bienfaileurs; elle n'oubliera jamais qu'il a contribué au renverseinent du despotisme de l'Ecole.

Gassendi a achevé un seul des sept livres qui devaient constituer son ouvrage. Il s'est arrêté à la vue des embarras que le premier livre lui suscita, et qui auraient rapidement grossi sans l'amitié de Richelieu. En 1624, le 4 septembre, le Parlement rendit en effet, à la requête de la Faculté de théologie, un arrêt contre « Jean Bitault, Antoine Villon, dit le Soldat philosophe, et Etienne de Glaves, médecin-chymiste, qni avaient fait afficher des thèses contre la doctrine d'Aristote,

* Voy.P.I,p. 88.

9àk APPENDICES

pour estre agitées en public» • « Après SToir fait déchirer les dites thèses, il fit coannandement à leurs Autheurs de sortir dans les vingt-quatre heures de la ?ille de Paris. » Puis il ajouta : « Faict deflenses à toutes personnes» à peine de la Tîe, tenir ny enseigner aucunes maximes contre les anciens Autheurs et approuvez, ny faire aucunes disputes que celles qui seront approuvées par les Docteurs de ladite Faculté de théologie. » 1

El toutefois, cinq ans après, le même Parlement fut obligé de réitérer les mêmes injonctions contre « quelques «hymistes extravagants. » L'aversion que les sectateurs de Paracelse et les fondateurs d'une ph3r8ique nouvelle lui inspiraient est expliquée par un considérant digne d'attention : € On ne peut choquer les principes de la (Ailosophie d'Aristote, sans choquer ceux de la théologie scolastique reçue dans notre religion. » C'est la patrie de Luther ^ que le Parlement tenait pour plus suspecte qu'aucun autre pays : « c'est du Septentrion qu'émane cet esprit nouveau de philosophie qui va de droit fil au libertinage. »> La patrie de Bruno et de Patrizd avait cependant donné le signal des attaques qui inquiétaient là Sorbonne, et le novateur qui se mourait a cette époque dans le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré était italien.

11 est à présumer qu'en protégeant Gampanella et Gassendi, le Protecteur de te Sorbmne déplut à la Faculté de théologie. Quant à Descartes, il ne jpuit pas du patronage de Richelieu; mais il fit bien des efforts pour disposer la Sorbonne à Tindulgence. Il lui dédia ses Meditationes^ il se refusa le plaisir de causer avec Galilée, il manqua au devoir de le défendre» et, malgré tous ces sacrifices, il se vit forcé de s'exiler dans t un

* Voy. les réflexions que le Mercure français fcit à propos de ces m héritiarqueê et leurs ministres n (t. X, p. 503, sqq.). « Voy. P. I, p. 70.

3 Voy. le P. Rapin, Compar, de Platon et d'Âristotê, avertiss.

poétede Hollande» » ei d*alter mourir dans « le pays des oors, etiire des rochers et de» glaces. »i Enfin sa philosophie allait de même être bannie, quand l'aiileur du Lutrin présenta VÂrrét burlesque à M. de Larooîgnon.^ Le sage satirique fit pour Descartes ce que Molière avait fait pour Gassendi. Mo- Itère, dans le Mariage forcé^^ immola au ridicule, à la cour et à la ville, les successeurs de ce Goveaquiavait'faiijouerRamus sor les tréteaux des collèges. Buileau, en sauvant la philosophie cartésienne, sauva le Parlement d'un dernier ridicule. La puissance sur laquelle Boileau s'appuyait avait grandi durant ces démêlés entre la théologie et les philosophes de profession. Il s'était élevé, à côté de Tinsiruction claustrale et UDÎversitaire, un enseignement en quelque sorte mondain et laïque, un tribunal entièrement public, c'est-à-dire l'opinion générale de la société. Celle-ci fut formée par des maltresdivers; en philosophie, elle eut pour instituteurs Montaigne'et Charron. Penseurs aussi aimables qu'ingénieux, sceptiques d'une morale habituellement élevée et délicate, ces auteurs, qui vivront autant que la langue française, firent sourire avec bonhomie du pédantisme et des préjugés farouches-, ils firent aimer l'esprit de recherche, la finesse d'observation ; ils montrèrent par leurs gais propos, par des mots brillants ou profonds, quel charme la pensée goûte en se promenant avec liberté à travers les phénomènes de la nature et de l'âme; ils prouvèrent que la sagesse, la prud'hommie^ peut se passer des formules et des

* Lettre de Descartes à l'ambassadear Chanat. Voy. P. I, p. i56.

' « Arrêt burle$que donné en la grand'chambre da Parnasse, en foveor ôS mattres ès-arts, médecins et professeurs de l'Université de Stagyre, au pays des Chimères, pour le maintien de la doctrine d'Aristote. » Cet arrêt est uub Iteoreuse parodie des décrets rendus contre Ramus, de ClaTcs et autres.

' L'aristotélicien Pancrace du Mariage forcé dit, à Toccasion de la forme 00 de la figure d^un ehapeau : « Et Us magittràts qui tont établis pour maintenir l'ordre dans cet Etat devraient mourir de honte en souffrant un scan^ date aussi intolérable..., » On sait, du reste, que Gassendi fut plusieurs fois obligé de se retirer à Digne.

dogmes de 1* Ecole ; ils firent comprendre qu'on peut aTOîr un avis sensé sur la création et sur l'humanité, sans être docteur en théologie ou maître ès-arts. Us accomplirent dans le grand public la sécularisation'des lumières, révolution que Bacon et Descartes opérèrent sur le théâtre plus restreint des académies. Voilà leur ouvrage en France; Voilà, grâce à l'universalité de leur idiome, leur influence sur l'Europe. « Il n'y a rien, en effet, qui ait plus de force sur les âmes que la grâce de bien dire. » '

J. BODIN, de la Béfiub.^ p. 660.

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 8c7

ELISABETH. REINE D'ANfiLETERRE.

Si Fespace no nous manquait, nous transcririons ici un poème forl peu connu, intitulé : « Chant du cygne a l'honneur d'Elisabeth, princesse bten-aym^e, royne iF Angleterre. > Cet bymne en deux cents Ters assez faciles, quelquefois ingénieux, a pour auteur un jeune poète français» élève prématurément célèbre du collège de Beauvais et de Ronsard, mort avant trente ans conseiller de Marguerite de Savoie (1570), Jacques Gaivnf. Le panégyrique du jjsune calviniste qui, en 1660, avait vingt ans , offre de fréquentes ressemblances avec celui de Rnino. On y trouve la même admiration pour la fermeté avec laquelle la reine maintient la paix et la justice, pendant que le reste du monde a une immense • noise » ; pour la douceur de son caractère:

' « Vous gardez la doulceur avecque la puissance. » ^

pour les droits qu'elle a d'entrer au temple de la Renommée, an temple de la Victoire ; pour l'attachement que lui témoignent ses sujets :

«Vous ne ressemblez point à ces Ruys misérables, » Qui trop mal asseurèz, au possible coupables.

* Ce vers nppelle ceuï de Hilton sur Adam et Eve : , For contemplation he and valor formed,

For softoess she and Bweet attractive grâce. SelQD oertaiDs auteurs, Elisabeth réunissait en sa personne les perfections <)ppo6ées dn premier couple humain.

» Hayneurs de leurs subjects et n'estants point aymez, » Dedans leurs durs pallais se tiennent enfermez ; » Mais ainsi qu'une Royne ayniée et bien voullue, 9 Vous contentez chacun de votre heureuse vue. *

surtout enfin pour ses connaissances, pour sa facilité de parler '

« promptement notre langue françoise,

» L'ispagnole et thuscane, et latine et grecgoise... »

L'accord de ces éloges, que Grevîn appelle des c louange ^estime », est-il une marque de vérité? A en croire des con<tenaporains bien informés, Elisabeth surpassait les femmes d'Angleterre dans un siècle qui produisit tant de femmes célè* bres. Elisabeth paraissait grande tour à tour comme femme, comme homme, comme, monarque. A quelques-uns, U esi vrai, il arriva de penser que les qualités des deux sexes lui manquaient à la fois. « Elle était plus qu'un homme, dit sir Robert Gisat (Nug. anliq. 1, p. 345), et parfois moins qu'une femme, sametyme leu ikan a wornan. » On convenait qu'elle quittait le rôle de la femme quand elle allait jusqu'à battre les seigneurs et les dames de sa cour, ou quand, posant l'aignille qu'elle maniait en perfection, elle s'amusait à la chasse, aux combats sauvages des ours et des chiens, wilh bear and buU'bealing (Bruno, opp. t(al. il, p. 2&2, sqq.). D'autres fois, on trouvait qu'elle portait les goûts, les faiblesses de son sexe à l'extrême; qu'elle accordait sa faveur à ceux qui, comme elle, excellaient à danser (Gre y, long sîùry). Ses partisans vantaient sa passion pour la musique et le chant, sa « doulce voix », comme disait Grevin; ses détracteurs signalaient sa passion pour la parure. A l'ûge de trente ans, dit Casteinau (Uétn,, 1. V, c. li), elle s'appelait déjà vieille; mais des Anglais prétendent que, vaine et coquette à cinquante ans, elle s'étudiait

à psraitre jeune, U> look young. C'est à l'égard dos hommages galants qu'elle se retrouvait femme (Ghalhbr's Apohgy^ P-^5» from Marden^ p. 657) : c'est à elle qu'on pouTait appliquer ces roots de Marguerite de Valois (Méwu>inê^ commencement) : c C'est un vice commun aux femmes de se plaire aux louanges bien que non méritées. » La jalousie avait facilement prise sur elle, quoiqu'elle se'plût au titre de reine-vierge, virginy mmdenr quern^ aux parallèles avec la chaste Diane, avec Fos prétresses de Vesta, choses dont plaisantait Henri IV son allié, et dont les puritains doutaienten gémissant...

Ces côtés défectueux, ni Mauvîssière, ni Bruno, ni Grevin, ni tant d'autres ne les marquèrent. L'histoire ne les a pas couverts de son silence, mais elle a aussi tnis en pleine évidence les mérites qui faisaient oublier les imperfections. Elisabeth parlait en effet cinq langues avec une égale aisance ; « elle avait vu, comme elle le dit à Bellièvre (de l'Étoile 1, p. 329), beau« coup d'histoires, et lu possible autant que prince ou princesse de la chrétienté. » Elle commenta Platon, traduisit Iso* crate, Salluste, Horace, Sénèque, Cicéron; elle correspondait en latin ; elle composa des ouvrages anglais en prose et en vers. Lorsque Henri IV fit son abjuration, elle lui écrivit une lettre française, modèle d'énergie et d'expression; ^ puis elle mit en anglais^ afin de calmer son affliction, le livre du malheureux Boëce, de Consolalione philosophiœ. Elle aimait à assister aux disputes des écoles qui souvent duraient plus de huit heures, et à suivre avec une attention pleine de sagacité les raisonnements les plus compliqués et les plus abstraits. Bonne bibliographe, et même bibliomane» elle s'attachait à fonder des bibliothèques, des écolesT, des académies, ou plutôt elle exhortait les villes et les particuliers riches à en établit. Elle mettait sa gloire à encourager les talents, à récompenser les efforts stu-

i Voy. VoLTAiiB, E$»ai tur kt mmurs, Bic, (ch. CLXVIII).

dieux. Combien néanmoins sa munificence était faible, comparée à celle des princes italîenSi à celle de Louis XIV ! Une des récréations qu'elle demandait le plus souvent aux lettres a paru depuis plus risible que gaie : c'étaient des représentations dramatiques où les exercices chevaleresques étaient bizarre* ment mêlés aux traditions de la mythologie et de rhistoire ancienne, et à des galanteries déparées par le mauvais goût (War- TON, HisL ofengl. poètry. lll, p. 492).

Ainsi s'explique rattachement des grands et des gens d'esprit; celui du peuple avait pour motif l'habileté et la vigueur du gouvernement. Elisabeth aima ses sujets sincèrement, sérieusement, et cette qualité suffisait pour racheter bien des torts. Ni sa coquetterie, ni ses ruses« ni. sa pédanterie, ni ses accès de despotisme ne purent affaiblir la confiance et le dévouement de la nation anglaise. Tout son savoir politique, selon les Stuarts, consistait à bien choisir ses conseillers et ses serviteurs, c Mais, Sire, répondit un jour le poète Waller à Jacques 11, a vez-vous jamais connu un fou qui fit choix d'un sage? » Non-seulement personne n'était surpris de la voir frapper ses peuples de respect et imprimer à l'enfance l'amour de son pouvoir, ^ mais on applaudissait aux mouvements de zèle religieux auxquels elle se livrait contre • ceux qui, par principe de conscience, voulaient troubler l'Etat. » Au dehors, elle se plaça à la tète des évangéliques et appelait à elle les huguenots exilés. ^ Par sa fermeté, elle sut même, gagner l'estime de ses ennemis^ Pendant que le moine Sugicr la nommait iézabel, Sixte-Quint disait que c*éuit« un grand cerveau de princesse, un gran cervello di principessa. » A l'époque où s*agitait chaque jour le problème de la loi salique , les adversaires les plus ardents de la gynocraliey Bodincomme Bèze, consentaient

1 Voy. la Grammaire d*Ockland, inlitulée BiftjyMpxi», tive ElixabMa. * « r^ ma$t cofnpaisionate mother ofthe poor Frmdi, and thê HotpUaUén ofall the chiUiren ofGod» (BucH., Jfèm. I, p. 91),

ET P1Èi:ES justificatives. 361

à admettre une exceptioaen faveur d*£Usabelh. ^ Une circonstance enBn vint accroître cet enthousiasme et le justiGer^ c'est qu'Elisabeth n'eut d'abord que des successeurs faibles. Sliakespeare, bien que négligé par elle, se lamentait, sur la fin de ses jours, qu'elle dût mourir et que les saints voulussent la joindre i leurs chœurs :

She must die :

She most ! the Saints must hâve her. » *

Longtemps après sa mort, les Anglais regrettèrent encore les beaux jours de la bonne reine, comme des jours d'or, ihe days ofgood queen Be$s, AlWùfis golden days.

< Boom, de la Républ, 1000, sqq. BfezB, Canf. delafoy ehrit.^ p. Sli, éd. ISO. n'Aini«HÉ, Bttrofi da Foenaitt, p. ISO. t SflAUSPSAU, AU U ffM. '

302 APPPNMCES

UNIVERSITÉ DE MARBOURfi.

Celle université comptait quelques membres dont la philosophie était empreinte de platonisme. Le plus ancien d'entre eux, Hermann Vulléjus, se délassait de ses études de droit en interprétant Platon. Son disciple Rodolphe Goclénius,^ appelé à enseigner la logique^ où il a attaché son nom à un genre de soriie,^ répandait le goût des travaux psycologiques, et se formait un élève longtemps fort estimé dans les écoles du nord, Othon Casmann. La tendance commune à ces trois hommes est celle même de TAcadémie, c'est-à-dire un heureux mélange de doute scientifique et de foi relîg^ieuse, une profonde aversion pour les querelles de mots^' unie à une ardente et méthodiqtie recherche de la vérité. La connaissance de soi-même et celle de Dieuy

Notitiamque Dei, notitiamque tui\ ^

voilà l'étude que Goclenius proposait à la jeunesse de la Hesse.^

1 En 1599, ce nom fut associé au nom de Bruno. I^od. Eglin, qui professait la théologie à Marbourg, en publiant une seconde édition de la Summa terminorum tnetaphyticorum de Bruno, y joignit sous forme de supplément la lerminologia de Goclenius. Ces deux dictionnaires étaient, en effet, loin de se contredire.

> Le sorite renversé se nomme aussi goelénfen,

3 » Sobriè placidèque disputandum » (GoctEv),

^ a Turpe eit extera tcire etseiptum ignorare, » dit-ii ailleurs.

' « Gocieni studium, grala juventOf coUuI » ( GocLEivn TuxoAoyuc» 1597).

Dans leurs lîTres et leurs cours, Goelen et Gasmann avaient «cootome d'opposer Platon àAristote, et même an « grand et MUfe Xélanchton. «^ C*est en tempérant les opinions de l'un par celles de l'autre, qu'ils espéraient inspirer le dégoût de l'intolérance, « la haine des foudres et des anathèmes» et le mépris de ceux qui s'imaginent ainsi défendre la citadelle du salut. »< lis désiraient rendre c la modestie chrétienne » de plos en plus aimable. Du sein de l'académie platonicienne» ils voulaient conduire k une académie céleste, ecBlestis academjo,' où brille d'évidence ce que nous entrevoyons confusément ici-bas. Le dogmatisme des scolastiques les révoltant, ils ne négligeaient rien pour prouver qu'il faut savoir ignorer bien des choses et que l'Âiuopia est une nécessité salutaire. » ^ Quelquefois leurs convictions, du reste entièrement sincères, ont l'air d'une tactique adroite. Ainsi, pour réfuter la maxime vulgaire faussement attribuée à Aristote, et renouvelée alors par la compagnie de Jésus, * il n'y a rien dans F entendement qui n'ait passé par les sens^ Casmann recourt à une autorité que l'Allemagne protestante n'osait récuser, saint Paul. Si cet apôtre reconnaît, (Rom. 11) que les païens mômes ont une loi naturelle, cette loi leur est innée; il y a donc en nous quelque chose que les sens ne donnent pas.^

Il y avait lieu de reprocher à ces psychologues austères deux défauts opposés : d'abord, de mêler aux questions essentielles et vraiment utiles des spéculations oiseuses sur l'origine de Tâme, ou sur son avenir éternel;^ ensuite, de ne

^ Casvahn, Piycholoffia anthropologica, p. 60. 32i.

• GocLEMi Epiât, ad Berlepich; Cfr. ejusd. YvxoX., p. 377-3S0.

^ « Humanœ »apUntiœ pars e$t quœdam œquo animo nescire velle » ( Cas- ■▲^ , Ptychol , p. 59.)

^ C'est pourquoi l'on a nommé les jésuites péripatélicieus puînés , scolastiques cadets, peripateiiei juniaret, tcolasiiei junioret.

' « NéceMte est lumen illud rô»v xocvây iyyocâv m mentibus humanis indilum e( aeeensum faieamur, » 1. 1, p. lii.

* Par exemple, sur le créatianisme et le traducianismc (Goclbh , p. 3S0).

pas séparer assez netlomeni la science de rame, la psychologie» de la science de rorganisme corporel, la physiologie.^^ Mais on ne pouvait les soupçonner de manquer de sagesse ou de piété.

Aussi leur école, à la fois respectée de raçharnement des péripatéticiens et de la guerre de trente ans, fleurit longtemps sur les hords du Rhin, sans bruit, mais non sans une action bienfaisante. Lorsque Christian WoI£^ en 1733, vint à Marbourg chercher un refuge cdntre le piétisme de Halle, il en trouva encore des traditions précieuses qui, accrues par les leçons de WolfT, furent transmises aux Tiedemann et aux Tennemann.

^ Voyez Casmaitii. cb. IX.

PHILOSOPHIE DE MÉUNCHTONJ

Cette philosophie profoodéroent religieuse, pourquoi a«t-e1Ie éié accusée d'hétérodoxie et môme d'impiété? D'où venait ce reproche de synergisme,'^ dont on ne cessait d'accaUer et d'atirîster la belle Ame de Mélanchton? Dans sa Phyrique^ il avait essayé de démontrer l'existence et les attributs inBnis de Dieu, en retraçant les merveilles de l'univers. Dans sa MaraU, il avait déploré le mépris de ses coreligionnaires pour la vraie philosophie, veram philoêophiam.^ Cette vraie philosophie, il l'avait fait consister dans l'étude assidue d'Aristote, dans rimitation judicieuse et libre de ce grand maître qui seul apprend à bien étudier et à bien dire.^ Il avait repoussé les raffi*

t On ne saurait trop souvent relire les pages que M. Nisard a consacrées i MébDchton dans la Rêvm dei Deux-Mtmdei [1S30, i*r oct. et 15 no?.]. Pour se faire une idée nette de Téut du luthéranisme après la mort de Uitber, il fout étudier Télégant poème de Jban Majoa, intitulé GoiiaLB dbs Oiseaux, Synodut avium, depingem mUeram faeiem EeeleiiŒf jfropter eerta- ^na quorumdam qui depritMttu contendunt, cum oppressione reete tneri^ tortÊm. 1557. G^est là qu*on trou?e la plus vive peinture des combats de Flacius txmlre Mélancbton et contre ceui qu*on accusait de 59 Jcinrl^cv. Mélanchton est représenté dans cette savante et trop historique allégorie par le rossignol, Phii^fpuê-Philomela. Voy. SrauYB, Act, litt., 1. 1, P. IV, p. 15-SO (avec le Commentaire de Joach. Fellbb)^ Bruno faisait grand cas de Major : « Mulio plmti, dit-il, qui aUieas et autonias Musai aptisiime imttaii tunt 0I inUtefilur : et inter omnei Majohem unum, vpbù plui quam eatii notwn, qui iUat exœquando pluê quam imitatur » (Orat. Valed., § X).

* Le mot âffnergisme devait flétrir Topinion d'après laquelle, dans toute bonne (Buvre, la Grftce n*agit pas seule, mais la volonté de Phomme y concourt, ne fVlt-ce qu'en consentant à subir faction de la 6r2ice, a^t^tia,

^ Voy. Epit. philoe. mor,, p. 5.

^ ^Puraphiloeophia, -ajusta dicendi aut diecendi ratio» ( Epist. selett., éd. Peucer, p. 896).

nementset les chicanes que certains tbéologiefis s'efforçaient d'introduire dans les écoles protestantes; il avait rappelé à ces « Mphistes»^ le précepte divin : < Ne dites point de faux témoignage, ne dicas falmm UUnnonium ; » ^ il leur avait conseillé de « naviguer sur un fleuve lent et paisible, c'est-à-dire de discuter avec calme, au lieu de se quereller et de se maudire.»^ il avait accordé nqn-seulement le droit d'interpréter, mais celui de changer de méthode. ^ Il permettait non-seulement d'examiner, mais de conclure. Le tort le plus grave, enfin, que lui trouvèrent ses adversaires, ce fut d'avoir voulu que ses disciples approfondissent non -seulement l'essence de Dieu, niais ses œuvres; non sa volonté seulement, mais ses actes, c*est-à-dire la nature matérieik et le génie des hommes. Mélanchton ne perdit jamais Tespoir de concilier la théologie avec la philosophie, la divine vérité avec la raison naturelle; et c'est là ce qui le fit passer pour tiède et relâché.

Cependant ses disciples fidèles, ceux qui le surnommaient GêrmarncB phœnix^ n'allèrent pas moins loin dans leur sens, lis copièrent servilement sa façon d'écrire, genusdieendi phi-lippicum. ^ Ils créèrent partout des chaires spéciales pour renseignement du péripatétisme. Quelques universités, léna , Rostock, Leipzig, fondèrent une sorte de séminaires de dialectique. L'Allemagne eut ses Maisons d^ ArisfoUj • comme rit.nlie avait eu ses Jardins piaioniciens,^ Lai tâche qu'on s'y pn>-

1 Ainsi sophUtê était Topposé de philippistê»

^ Th$iêi XXI. — Cfr. Da anima, pnef., v. fin. fùmHiSvK.

« Declam.jl,p. 17S.

^ uJuê interpretandi, — methodum variandi. »

« Voy. Adam, Vit. germ. phil, p. 325. — «Mes adversaires de Cologne, disait Mélanchlon , trouvent ce genre de diction lent et terne, lentum et ifipfantemm {Declam, T, p. 172).'

* nArittoteU-htieuter, » Les Jours de congé s^appelaient, par toute l'Europe, l<'s jours d'Arislole, diei aristotelicœ, ' « Orti platùnici. »

posai! étail plutôt littéraire que philosophique. On exposait le système avee zèle et iutelligeoce; rareoieut ou discutait les idées, pour en-appréder la valeur interne et In réelle signiGcation. On en appelait aux œuvres originales du Stagirite, et non aax objets auxquels il aurait fallu confronter les doctrines. C'était une demi-philosophie, une tentative plus distinguée par la précision que par la profondeur. Elle servait néanmoins à former l'esprit d'analyse, à répandre le goût de la méthode.^ Si elle manquait d'invention, quelquefois même de pénétration, elle ne manquait ni de sagacité, ni de développements lumineux. Son mérite principal, celui qui recommande l'école deMélancbton et la place aussi haut que l'académie dePadoue dans l'estime de la postérité, c'est d'avoir su dégager le véritable et original péripatétisme de tout ce que la scolastique avait pris pour la pensée d'Aristoie. Ceux qui ont blâmé mallre Philippe d*avoir maintenu Aristoie au sein des universités prolesiantes» ont méconnu les nécessités de sa position. C'est d'Arisiote seul qu'il pouvait recevoir les secours que le dogme de Loiher attendait delà philosophie, ou qu'il en empruntait â son insu. Thomasius, qui reproche à Mélanchlon, avec une véhémence si injuste, ^ de < n'avoir pas marché sur les traces de son collègue, c'est-à-dire de n'avoir pas exterminé la scolastique, mais d'avoir voulu seulement l'épurer;» Thomasius, comme Leibnitz, comme Puffendorf, devait s'apercevoir aisément que l'œuvre accomplie par Mélanchton avait apporté plus d'avantages que d'inconvénients. Ce n'est pas, en effet, à Mélanchton qu'il faut s'en prendre de ce que tirent ses hé*> riliers, en jurant sur les paroles d'Aristote et en comparant la

^ Toy. M.B. Saint-Hilairb, d9 la Logique d'ÂrUtote^ n, p. 238, sq.

' « Ctinam et eollega Lutherie Melanchthon, vestigii* Ulius inêtUiseet! Jam t«ro Aie, mh pretextu purifieandœ philosophiœf potiut auctoritate euà eju$ opud Lutkeranas fif Ame auctor et introductor fuit » (Tuomasii C autel, cirea frtteogn. juriepnêd.j c. V> p. «T)-

368 APPENDIOSS

philosophie du Lycée à la corne d'Anuilthée. ^ Mélanchlon permettait à ses partisans de critiquer Aristote, de même qu'il les autorisait à discuter ia confession d'Augaboui^ : en géoéraly il se plaisait à exercer leur jugement» et à fiivoriser toute recherche consciencieuse du vrai et du beau.

«Quid Rit Amalthe«9 cornu si acire laboras, Quid bH f Âristotelii lectio «ola âàbiU >

HHEOHTM. WoLnvs.

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