‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 4 sur 60 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

peAsee. Uniquement appuyé sur les certitudes de la raison, mais intimement convaincu de l'origine divine de cette £aculté, et non moins fermement persuadé que toutes les œuvres de Dieu sont à la fois pleines de vie et marquées du sceau de Finfini, Bruno ose proclamer comme vérités nécessaires le mouvement de notre globe et l'immensité du monde : deux doctrines qui semblent à ses contemporains impies, absurdes et ridicules tout ensemble. C'était proclamer l'indépendance des études naturelles, c'était revendiquer pour ces études un empire a part, une législation spéciale. C'était en appeler des traditions séculaires et des tyrans de l'Ëcole, au vivant témoignage de l'univers, au bienfaisant auteur de la nature, au juge suprême de la création. Kepler, Calilée, liuygens, Newton, les Herschels ont depuis jus- ' tifié, a l'aide du télescope, par l'expérience unie au raisonnement, cette sublime contemplation de la nature. Cependant Bruno, condamné par les autorités du temps, repoussé plus tard même par Bacon et Gassendi, passe pour atbée, pour ignorant, pour fou. En dépit de cette triple flétrissure, Bruno persiste dans sa foi, il déclare qu'il

viu PRÉFACB.

obéit à la voix de Dieu en refusant de se rétracter, il préfère sa conviction à la vie, il aime mieux mourir que trahir sa conscience. Voilà comment l'idéaliste napolitain, le métaphysicien inspiré, est devenu le prophète de la physique et terrestre et céleste, et l'avocat des droits paisibles de cette science moderne, a laquelle l'ordre social est redevable de tant de perfectionnements.

La lueur du bûcher où Bruno monta le 17 février 1600 se confond, pour ainsi dire, avec l'aurore de la science actuelle, et éclaire les premiers pas dans ce champ si promptement défriché au X VIP siècle, et si merveilleusement cultivé par les dernières générations. Le sort et les idées de Bruno peuvent donc prétendre à l'intérêt de quiconque applaudit ou concourt a la marche triomphante de la civilisation.

Et ici je me hâte de prévenir un injuste soupçon. Il se peut qu'en lisant les pages qui précèdent, on soit porté a regarder ce livre comme un panégyrique de la victime. Qu'on veuille bien en croire mes sincères et énergiques protestations : non , cet ouvrage n'est point un écrit de circonstance, ni une œuvre de polémique.

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