‹ Jordano Bruno (volume 2)Chapitre 40 sur 60 · L. Ceass. Ehg.^ t. O, p. iM · texte numérisé non relu

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république catholiqjue, dont le pape, véritable défenseur delà liberté des peuples, serait chef et protecteur. * Cette manière de concevoir et de réaliser la liberté explique pourquoi Campanella, en même temps que sous les verroux il combat Machiavel et défend Galilée, écrit avec chaleur contre les athées et les hérétiques, et préconise la théologie de saint Thomas, comme « la première des sciences, la dépositaire de l'histoire de Dieu. » Les deux Napolitains se rencontrent de nouveau, lorsqu'il s'agit de la liberté intérieure. Le même enthousiasme avec lequel l'un espère en la reine Elisabeth, avec lequel l'autre se confie dans le pontife romain, tous deux réprouvent au même degré à la pensée d'une union immédiate avec Dieu, et d'un entier détachement de l'âme à l'égard des choses terrestres. Par ce côté tous deux sont sectateurs des Alexandrins. On remarque même que Campanella, s'écartant malgré lui de l'orthodoxie catholique, porte parfois l'exaltation plus loin que Briyio, surtout par une croyance plus aveugle à la magie, à l'astrologie, à la théurgie. * Enfin, si la parole de Campanella a plus d'ordre et de précision, son système en a moins; il est bien plus incohérent, plus indigeste, mêlé et composé de matières hétérogènes et incompatibles. Peut-être Campanella satisferaitril plus le sens commun; Bruno, en tout cas, plaît davantage au logicien.

Il nous est impossible de ne pas nous souvenir, à

* De Libr.prop,, p. 99, sqq. Un sentiment de vive reconnaissance était entré dans ce projet. Campanella nommait avec raison Urbain VIU « meut Mœeenat. »

* Ce n*est pas seulement aux utopies politiques de Campanella que songeait H. Grotiusy en écrivant à Vossius : Legi et Campanellœ Momnia (Ep. 18).

l'exemple de nos devanciers,* des ressemblances que Bruno présente avec Sphiosa. Plus d'un demi-siècle les sépare, et cependant le fond de leurs pensées ne diffère que faiblement. La dissemblance des temps et des pays rend leur vie aussi dissemblable que leurs conceptions sont analogues. L'existence de Bruno est une sorte de roman; celle de Spinosa n'est qu'une perpétuelle abstraction, une * longue idée. »* Bruno et Spinosa meurent persécutés dans la force de l'âge. Quant au caractère, il y a, malgré de notables contrastes, plusieurs rapports entre le Napolitain et le Hollandais issu de parents portugais, entre le dominicain expulsé de l'Eglise et le juif chassé de la Synagogue, entre le poète et le géomètre, entre l'élève de Plotin et celui de Descartes. On pouvait appliquer en effet à Bruno, comme à Spinosa, la parole du Christ adressée à Nathanaël : « Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a point de * fraude. » Même aversion de la contrainte et de la dissimulation chez l'un et l'autre ; la sincérité de Spinosa est réservée, grave, dédai^euse j celle de Bruno est ouverte jusqu'à l'indiscrétion. Autant ils aiment la vérité, autant ils sont avides de liberté ; ' mads la passion

t Le meilleur parallèle entre Bruno et Spinosa a été tracé p^r Heydenreicli, dans un appendice à V Histoire des révolutions en philosophie de Cromaxiano (trad. allcm., p. 257, sqq.). M. T. Mamiani les a comparés l'un k Tgatre, qoant à leurs doctrines, avec une élégante précision, dans sa Préface au Bruno de Schelling, traduit par M. Florenzi Waddington, (p. 19, sqq.).

* Mot de M. Damiron, dans son excellent Mémoire sur SJ^nosa (Acad. des sciences mor. et polit.) . Si Ton ne craignait pas de paraître trop subtil, on comparerait la vie de Spinosa au fond interne de la substance spinosiste, et la vie de Bntno au jeu des modes, des accidents de cette même substance.

* Tout le monde connaît la lettre où Spinosa refuse la chaire de philosophie que rélecteur palatin lui offrait à Heidelberg. « Cogito, me neseire quitus Uvdtibus ista lihertas philosophandi intercludi debeat, etc. » On sait aussi quil

de ^inosa est pins désintéressée, elle est exempte de prosélytisme et d'ambition, elle se cache el se comprime dans le silence d'une retraite plus que monacale; celle de Bruno, au contraire, se développe avec bruit, au milieu des universités et des cours, et elle s'obstine, jusqu'à l'heure de l'auto-da-fé, à vouloir « fendre le «torrent. »* Tous deux, mécontents des croyances religieuses et des systèmes philc^phiquesde leur temps, se réfugient dans la haute sphère de la pensée spéculative, où, sans tenir aucun compte des intérêts pratiques, ni des réclamations de l'humble morale, ils récusent toute autorité étrangère à la pure raison. * £n tant que métaphysiciens, ils manifestent l'un et l'autre plus de vigueur que de sagesse, plus de hardiesse que de sûreté et de tempérance ; ils travaillent, comme de concert, à rajeunir un genre de philosophie fort ancien, c'est-àdire plus oriental qu'européen; ils tendent à épurer, à agrandir le système de l'Emanation, et à le transformer en ce qu'on a nommé la doctrine de l'Immanence. 'C'est pour avoir présenté cette doctrine, non point en langage mathématique, non par axiomes, définitions^ théorèmes, mais avec une prodigalité regrettable d'images et de comparaisons, avec une chaleur en quelque sorte

demandait aux gouYernements la liberté de la presse, en même temps qu'il exigeait des sujets un respect scrupuleux des lois et du pacte social.

« n, p. \08, opp. u,

• Bruno n'est pas cependant ennemi de l'antiquité comme le cartésien Spinosa, qui a écrit ces mots : « N(m multum apud me valet auctoritas Platonie et Socratis» (t. U, p. 660. édit. Paulus, ep. 60).

> Un disciple néerlandais de Spinosa, riche négociant d'Amsterdam, Henri Wiermars (1710) , rend cotte doctrine par ces mots expressifs : o Gode inblyvende en avergaande Werking » (Opéra Dei immanentia et emanantia) Voy. son curieux ouvrage intitulé : Den ingebeelde Chaoe, etc.

pindarique; c'est pour cela que Bruno fîit surnommé un Spinosa fou, un Spinosa ivre. Entre les deux voies il restait à prendre une route moyenne : c'est celle qu'ont choisie plusieurs disciples de Schelling. Un habile interprète de Sophocle, mort à trente-neuf ans, Solger, proposa une alliance entre les procédés de Spinosa et ceux de Bruno, et recommanda de vivifier et d'embellir les déductions sévères du premier par les brillantes imaginations du second. * Si cette* alliance pouvait s'opérer, ce serait évidemment par la médiation de la raison, à laquelle revient le droit de fixer la hiérarchie de nos moyens de connaître, parce que c'est à elle que le Créateur a daigné imprimer pour ainsi dire le cachet de sa perfection incompréhensible.

1 SoLGBB, OEuvres posthumeê (en aUem.)» I» p- iil» ti5, .175, 507.

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