C. Définitions
D. Discours.
E. Développement de la connaissance.
F. Accroissement de la connaissance.
G. Eclaircissement de la connaissance.
 ces additions, à ces corrections, Bruno joint enfin la mnémonique^, qu'il considère tour à tour comme une théorie et une pratique. En tant que théorie, il la fait consister d'abord dans la recherche des moyens de gouverner l'imagination et la réflexion, phantasium et cogitationemy les deux portes de la inémoire. Tune tournée vers le moi\de sensible , l'autre vers le monde intellectuel; ensuite il la charge du soin de saisir, de retenir et de rappeler les différents sujets on lieux, subjecta seû locij les attributs ou qualités, adjecta^ et
1 Voy., par ex., p. 18S, 238, sqq. 606, sqq., 6il, sqq. « P. 688.
TRAVAUX. l«r
les images, imagines. En tant que pratique, il l'envisage tantôt relativement aux choses, tantôt relativement aux mots.
Quelquefois, à la vérité, Bruno donne au Grand Art une autre ordonnance. Il le divise toujours en deux parties, mais parfois il intitule l'une théorie, l'autre pratique. * La théorie alors est la méthode de cet Art et l'ensemble de ses principes, ratio artis et priur cipiarum-y la pratique, ce sont les préceptes qui guident dans l'application, />r(BCé|>to a qnilms maxime proxim^que operalio profictscitur. La théorie se compose, dans ce même cas, de trois ordres de considérations : directions à donner à l'imagination et à la réflexion, système des sujets ou lieux, table des attributs et des images. La pratique se réduit aux mesures à prendre pour former et la mémoire des choses, et la mémoire des mots.
En comparant ce que tente Bruno avec ce que Lulle avait accompli ou proposé, on se convaincra que Bruno a réellement perfectionné le luUisme.^ On s'en persuade plus aisément en ouvrant les livres qu'il y a consacrés. On y remarque, dès le premier coup d'œil, une incontestable supériorité et un progrès sensible. Partout, Bruno se montre attentif à développer d'autres facultés encore que la mémoire et à considérer les problèmes de la logique dans leurs rapports avec l'étude générale de l'âme et de l'esprit humain.* Partout il s'efforce d'analyser les notions, les faits intellec-
* Telle est la marche que Brano suit dans le Cantus Circaus,
* 9p0rfBcimui — ditavimus — complevimus^ » p. S63, 697, 701.
' « Judieium ejDocuuni , — judidi actus , — ad omnes animi ditpoHiiones comparanda»^ haMtusque perficiendoi accomodatus — ratianU — sanœ meti" tu — Mfutu t>i£erno#, — » p. â06, 307, 531~5ii, 556, 57, 600, 636, 37.
tuels, plut6t que de définir les mots seulement et d'expliquer le langage. Lorsqu'il définit, il ne reproduit pas les tautologies de Lulle, mais il cherche à déduire systématiquement toutes les penses et à les éclairer par l'idée suprême de l'Etre des êtr^s, par l'idée d'intelligence, par celles de l'infini et de l'unité. Quoiqu'il dénombre plus souvent qu'il n'analyse, quoiqu'il affirme plus souvent qu'il ne démontre, le lulliste de Nola s'élève au-dessus de tous les autres partisans de LuUe, au-dessus de Lulle même, par une connaissance plus profonde de la nature et de l'histoire, par un commerce plus intime avec Salomon, Àrislote, Saint-Àugustin, la Kabbale, par une tendance constante à ramener la science à ses principes les plus élevés,aux principes universelsetnécessaires.Bruno a éliminé du lullisme une foule d'éléments hétérogènes • ; il a séparé, plus nettement que Lulle n'avait osé le faire, la philosophie de la théologie; il a su opposer plus énergiquement la raison à l'autorité, et, bien que fermement convaincu de la vérité objective de tios idées, il a su douter plus méthodiquement. Partout, enfin, il apparaît supérieur à Lulle et aux lulUstes, par l'esprit, par les lumières, par le savoir, par le génie.
La doctrine, d'ailleurs, que Bruno s'est attaché à faire revivre, et dont, plus tard, on verra mieux encore les liens avec sa philosophie propre, avec ce qu'on a nommé le brunisme, cette doctrine, à quelques variations près, est la même dans les ouvrages dont nous avons mentionné les titres précédemment. Ces ouvrages sont autant d'aspects divers d'une même contrée.
1 « Frugalem reddidimiu, » p. 263.
Q'non examine rapidement le contenu des écrits luUistes de Bruno. Dans la Compendiosa architectural^ il s'agit de montrer la possibilité d'un art simple et succinct, par lequel toutes les notions se réduisent aisément à une seule notion, par lequel tous les éléments de la connaissance se coordonnent régulièrement entre eux et se subordonnent nécessairement à une connaissance suprême, celle de l'être; par lequel enfin se fonde et s'élève l'édifice de la science. Un alphabet, un syllabaire , un dictionnaire, voilà les trois moyens, les trois degrés de cette sorte de construction intellectuelle que Bruno appelle une « architecture économique. >»
Dans le Chant de Circé^ Cantus CircceuSj* ouyrage qui dut fixer l'attention "publique par la singularité de son titre,' il est question de marquer les rapports de la mémoire avec le jugement, avec « la judiciaire, judiciariaj » les rapports de la mnémonique avec la dialectique; puis de réunir les régies pour gouverner les facultés dont la mémoire dépend , l'imagination et la réflexion; enfin, de tracer les lois à suivre pour une savante combinaison des sujets avec
s De COMPEIfDIOSÀ ARCHITECTURA ET COMPLEMENTO ARTIS LULLU. Âd
illuMtr, D. D. Johannem Morum. Par. 1582. IS (p. 235-285, éd. Gfrœrer).
s Cah TUS ciRCiEUS od memoTÛB praxin ordinatus. Ad Henrieum d'ÀngoulêiÊne. Par. 1582. 8 (p. 179-235, éd. Gfrœrer).
* Ce titre ne manquait pas pourtant dVpropos. Voy. de UEtoile I, p. 221. Le sciîptique Sanchez (Voy. P. I, p. 70) a aussi comparé la Dialectique à la fameuse fille du soleil : « Elle changea, dit-il, les.dialecticiens vulgaires en &nes, in atinos ttOM convertit ^in {Quod nihil seitur^ etc., p. 86, 87) ; c'est une allusion au pont-aux-Anes de Buridan, et en général aux machines et aux figures de raisonnement inventées par Guillaume de Soissons, Pierre TEspagnol et d'autres soolasliques (Voy. P. 1 , p. 43). Bruno va plus loin que Sanchez : il assimile les philosophes, ses adversaires, à des mulets : non sunt equinee asini, et ru-^ ditum eum hinnitu nUxtwn habent ([x. 195, sq.). Cfr. CaMa del cavatio Pegateo, etc., P. 11, p. 107, sqq.
somnia vel monstra.^ Les idées sont la vraie lumière; si elles pouvaient œsser d'exister, les copies du vrai et du bien, que les seds et la raison nous révèlent hors de nous et en nous, ne seraient plus aperçues, le monde deviendrait insaisissable à la fois et inconcevable. Mais si ce monde est un immense recueil de signes, de traits, de flgnres; si la création est une simple copie, la copie d'un tableau idéal, alors Tunivers est une œuvre pleine d'expression, un alphabet, un syllabaire, un dicUonnaire, un livre symbolique, mais vivant. Deux sortes d'écriture dès lors, Fune intérieure, l'autre extérieure.* En me représentant en moi-même, par l'écriture intérieure, ce que l'univers représente au dehors par l'écriture extérieure, je conçois, je vois ce que l'esprit a gravé dans la nature, je m'élève jusqu'à l'idée même. Lorsque je recueille les traces de l'idée, les ombres de l'esprit , lorsque je réunis ces caractères de l'écriture extérieure pour les transcrire dans mon intelligence, pour les transformer en caractères de l'écriture intérieure, j'exerce ma pensée, volontairement ou à mon insu, sous l'empire de cette croyance instinctiTe que la vie de l'univers et celle de l'esprit humain constituent un seul et même principe, émanent et s'animent d'un seul et même être.... Voilà le fondement sur lequel
< p. 299, OÙ les idées sont aussi définies la nature des choseâ, et les ombns des idées ce qui e$t conforme à la nature des choses,
* La comparaisoa du monde avec un ouvrage écrit ou imprimé, et celle de la pensée avec le travail typographique, étaient familières au XVf« siècie, et devaient se présenter naturellement à une époque où Ton commençait i mettre le livre de la nature à côté des Saintes-Ecritures, et où Ton n'était pas encore revenu de la surprise causée par la merveilleuse invention de rimprimerk* (Voy. P. I, 70, 840, 347).
Bruno ^ablit la théorie des ombres et des idées, ou plu* tôt la théorie de leur identité, identité aussi complète que celle de l'ombre et du corps. A cette doctrine platonicienne * se rattache ensuite un exposé des objets de la connaissance, des formes et des modes de la connaissance, de la manière dont ces modes et ces formes se développent et se fixent , enfin une appréciation de l'insUiiment de la connaissance', que Bruno penche à restreindre à la mémoire.
Ce sont les secours que prête ou que reçoit la mémoire, ce sont les signes mnémoniques, ^â^i/to, symboles ou marques distinctives de certains gi^oupes de notions, de certaines familles ou alliances de pensée, comme un champ, une chahie, un arbre, une forêt, qui forment le SQjet de Y Explication des trente sceaux.* Le sceau des sceaux, sigillûs sigillorum^ si essentiel à l'Art des Arts, ars artium, sert à distribuer, à classer les conceptions élémentaires, à sigoaler les précautions qu'il faut prendre pour l'usage de ces conceptions, à délivrer l'esprit des habitudes funestes qu'il contracte dans soncommerce avec la matière. Les développements de notre intelligence, correspondant aux conceptions primitives, sont réduits au nombre de quatre : l'amour, l'art, le savoir exact ' et la magie. ^ A ces quatre mobiles se rapportent
< Pour Platon, l'univers tout entier n'est qu'une ombre de la vérité, c'est-àdire de la sphère des idées. C'est le «Platon hébralsant, » Philon, qiii emploie le plus souvent le mot d'ombre, 9mk (par exemple, Alleg, leg, III, 31 , 3S). Plotin préfère à ombre le terme d'image ou fantftme, cUwAov.
* ExpLiCATio TBiGiNTA S16ILL0HUM od Offifitum scientiarum et artium inventionem, diipaHtionem et tnemoriam. Lond. 1683 (?), précédé deRBeeneet eoaqtlêta art reminiteeffuli et in phantaetieo eampo exarandi.
* Mathesis, sciences positives, rigoureuses, et particulièrement les mathé* mathiques.
^ Sdences naturelles, physiques. Voy. P. I, p. 341, sq.
4M JORBANO BKUNO.
quatre objets extérieurs : ht lumière, ki couleiir, la figure, la forme ; quatre points de vue : le premier metaphy^que, le second moral, le trotnème logique, le quatrième pliy^qne.
Dans le traité de Lampade combinatoria, ' Bruno ne fait qu'éclaircir les problèmes déjà agités dans le traité de compendiosa Architectural s'attadiant toutefois à appliquer avec plus de soin l'art de Lulle aux ressources de la parole, au mécanisme de l'argumentation, aux moyens de décrire chaque sujet donné et de discuter tous les points possibles.
Dans le traité de Lampade venaloria logicaruni, ^ cette même matière est présentée sous l'image d'une chasse, d'nne exploration à main armée, progressas, venatio.^
Dans le traité de la Composition des images^ des signes et des idées y* l'auteur décrit de nouvesm les trois phases que parcourt la connaissance, et qui sont : l'image qui nous frappe, le signe que nous y attadions ou qu'elle nous fournit, et l'idée que le signe éveille et que l'image suppose ou amène. Il considère la nature
• Du L.AIIFA9B ooMBiNATomiA LVLLUN A. Ad infinUoê ptr^potUioneê et média invenienda ad dieendum et argutnentandwn juxta modwn habiius, fuo iolteni quispiam de quocumque Muhjeeto deecriptivam quandam et çwUemcmtque qmd nominie habeat rationem. Vitehcrg. 1587. •» (p. i«f*70S, éd. Gfrœrer).
s Dr progbbmu bt lampade ybivatobia LOfticoBVv. Adprompie aifut eopiou de quôcumque frcpatUB probUmato ditputandHm. Viteb. 1M7. S* (l>. 70»-770, éd. Gfrœrer).
s Gompairez, sur ces termes empmntés aux anciens, P. H, p. 183. Dans le de Specierwn icruiimo et lampade ewmbinatoria Lti</<i(Prag tU».9*), Braao ne donne qn'un abrégé des deux volâmes précédents.
* De iMAGIîCtlM , SIONOBUM BT IDEABUM COMPOSITIOTTB , od Offlllto Mm*
tiohum, dtspoff fiontim et memorÙB gênera tibri tree. Frcf. tMI . B.
comme le miroir où Tombre de la divinité se réfléchît et se projette ; * et néanmoins il croit qu'elle contient lldéè à rétat de substance. • Aussi reconnaît -il a l'esprit humain la faculté d'induire des signes, des traces imprimées par Dieu même , à la constitution de la nature et aux réelles qualités des objets. Bruno n'hésite pas à aCBrmer que former des pensées et des discours au moyen des signes empruntés au monde extérieur, c'est dérouler le tableau même de la réalité et s'exercer dans les limites de la vérité. Il suffit de se conformer à la nature pour demeurer dans le vrai. La nature opère sur peu de matériaux, mais elle les arrange et les combine de bien des manières; elle les met en œuvre en ajoutant ici, en retranchant là, en modifiant ailleurs d'une façon quelconque.'' L'homme est en état de l'imiter déjà par le calcul, c'est-à-dire en reconnaissant que l'unité est unité, que l'unité n'est pas dualité, et que un ajouté à deux fait trois. Cette opération arithmétique est une image fidèle de l'activité logique, laquelle n'est autre chose qu'un calcul mental appliqué aux objets de la connaissance. Touchant ces objets, chaque mouve-
^ L'emblème du miroir, spéculum, xatràitTpov, semble avoir passé de la philosophie platonicienne dans les doctrines hébraïques et chrétiennes, à Pbilon {de Vita cont., 10) et à saint Paul (1 Cor. XIH , 12).
' L*idée, dit Bruno, est antérieure à la nature, anie naturaîia; elle apparaît dans la nature, in naturaïibue, comme vestige, comme forme ; elle se manifeste dans Thomme, dans la sphère de la connaissance et de Taclion humaine, comme raison et comme intention. LMdéc est cause et fin des choses; la forme, œ sont les choses mêmes ; après Tidée et la forme se placent les ombres des iilées, lesquelles viennent ah ipsis rebue $eu post ree. Les choses, considérées en elles-mêmes, sont ou ce qui est, res, ou ce qui convient et appartient aux choses, le? signes, les qualités, les attributs, signa, inâicationes, distinction qui revient à celle de substance et de modes. Voilà pourquoi Bruno scmbl*^ autorisé à dire que la nature contient l'idée Pétat de substance.
* Voy. p. Il, p. l*S.
ment de notre esprit peut s'envisager comme une re* présentation, en tout ou en partie sensible, phantasia. Nous ne pouvons rien connaître sans le concours de rintuitiôn, sans la présence de certaines copies, phantasmata^ de certains signes, aliment de la pensée qui les compare, et qui, en les associant, les multiplie à l'infini. Cependant on se tromperait en n'accordant à notre âme qu'une capacité purement passive, une simple réceptivité. Elle possède, aussi bien que Fâme du monde, une lumière propre, une substance spirituelle, essentiellement distincte de la lumière physique, un instinct divin, un sens intérieur et sublime. Grâce à^cette faiculté extraordinaire, nous nous*représentons ce qui est absent et même ce qui n'existe point, et nous percevons jusque dans le rêve les formes et les couleurs des objets sensibles. Par elle, nous nous emparons d'un monde invisible, ^ où des milliers de figures se succèdent et se remplacent sans jamais se confondre ni se ressembler toujours. Par elle, nous sommes bu mesure de créer à chaque instant de nouveaux objets et de développer des horizons inattendus. L'auxiliaire indispensable de cette brillante puissance, qui imite Circé plutôt que la nature et qui est comparée à Protée par Bruno même, c'est la mémoire, retentiva facultas, entrepôt toujours ouvert à toutes les voies de la connaissance, magasin incessamment rempli des productions du monde interne comme du monde externe. Assister la mémoire,
< U est clair que Bruno décrit, dans le !•' livre de ce traité (qui en compte trois)» non pas tant la raison du philosophe que TiDiagination do poète, deui facultés qu^il ne distingue pas assez (Voy. P. U, p. 6, 7). Aussi appelie-i-il parfois cette impérieuse alliée de la mémoire, apiritum phaniaitieum.
c'est donc venir en aide à rame tout entière, et Bruno ressaie dans plusieurs chapitres du Grand Art ^ au moyen d'une suite de dessins symboliques, distingués par des termes usités parmi les lullistes, tels que vestibule, atrium y couche, cubUe^ champ, campus^ cour, curia\ noms^i doivent signifier, pour ainsi dire, les avenues et les portes de Tesprit, c'est-à-dire nos premières connaissances, nos connaissances les plus répandues, les plus usuelles.
Enfin, dans deux ouvrages publiés après sa mort , Bruno réunit encore les deux extrémités de son luUisme. Dans l'un, espèce de vocabulaire philosophique, intitulé: Summa terminarum metaphysicorum , ' il définit les abstractions les plus hautes et les plus subtiles de sa métaphysique, déduites de la notion d'être ou de substance.* Dans l'autre, intitulé Artificium perorandU^ livre autrefois dicté aux étudiants de Wittemberg , il rassemble et explique les règles de l'art oratoire, les principes de sa rhétorique. Ce qui caractérise également ces écrits posthumes, c'est qu'ils ne sont souvent autre chose qu'un commentaire d'Aristote. Dans V Artificium perorandi^ Bruno convient qu'il prend pour guide et propose pour maître d'éloquence le précepteur
< SvMMA TEBMiifomuM MBTAPHTSicoRUM , Marp. 1608. 8«. Une première édition parut en 1595, in-i», à Zurich. Dans l^édition de Marboug, le irailc de Bruno est accompagné de Topuscule attribué à saint Atbanase, de Definitioni- (nu, d*un livre de Rod. Goclenius, Terminorum quùrumdam explicatio, enfin de sept chapitres de saint Thomas d*Aquin , de Ente et essentia. Un tel voisinage a dû puissamment recommander l*ouvrage de Bruno dans les universités protestantes [p. il3-517, éd. Gfr.j.
' Cest pourquoi le titre porte aussi, dans Tédition de Marbourg, praxii deteennu, teu explicatio entiM (émanation, évolution de Tétre).
* ÂEnnacM peroraicdi , Frcf. 1612. 8», avec Tlntroduction d^Alstedius (p. 10-11); éd. Gfr. p. 113-170.
d'Alexandre/ en niénie temps qu'il dierdie à coniUer les lacunes que « les codes « de ce dernier lui searii)leDt présenter.* Le Summa termmorum metaphysicanm a été évidemment conçu sous rinfluence d'm retour peut-être involontaire au péripatétisme, de même qu'il a dû servir à Christian Wolff pour Tordonnance de son Ontologie. Le philosophe italien établit, en effets comme Aristote avait fait au livre V de sa Mélapkynque^^ une série de définitions, de distinctions plus réelles que verbales , ou plutôt les significations que recevaient , dans les principales écoles comme dans la doctrine aobuoe, les expressions essentielles à la phîlosofdiie dite pre* mière, icptatu, prima ^ expresiûims relatives, tantôt â l'existence, tantôt à la science. Anstote disc^ne habilement ce qui regarde l'être de ce qui touche le connaître; il s'attache à traiter séparément de Ja nature fondamentale des choses et de la constitution de l'intelligence ou de l'organisation de la connaissance ; aussi n'admet-U que trente notions dans le célèbre catalogue de ses définitions ontologiques. Bruno qui, par système, allie l'être et le savoir,^ l'objet de la science et le sdjet
1 Ici du moins, ii ii*y ji point lieu de répéter ces paroles de Bayle : « Bnmos 8if figure ridieulemeot que tout ce qu^il dit s^éloigue des bypotbèses des périlaléticiens. »
* Ce complément constitue la !!« partie cte ElocutiwM (p. 156-178), oA Bruno s^efibroe d'adapter les préceptes de Lulte 4 ceux d'Aristote , nais oè il soutient aussi que « la grande rhétorique consiste non pas dans les règles, niais dans le génie même des orateurs, m ipêU oratùribuê. •
s Voy. M. F. RAVAUS0N,£Ma«ft4r Ui rnéiaphifnque d" Aristote^ 1. 1, p. lit* S(tq. M. Cu. MiCHBLET, Examen critique de la thétaphytique d'ÂritioU, p. UO, sqq. L'ouvrage de Bruno mériterait aussi le titre que porte le livre V de la Métaphysique^ ntfA rwy iro7«xws Aiyo/Aivo»», de 0$ quœ fnultifariam dicanlitr, des différenles acceptions des termes philosophiques.
^ La connaissance, comme la volonlé , est, aux yeux de Bruno, une fom^* d'existence, un état ou une partie de Téli'c : rétro est le tout, la subsunoee^'l su>ceptihiiî de tous les états.
qai sait, compose sa' liste de cinquaDte^eux termes.* Ces cinquante-deux détenninalions de l'être, tituH vel nommaj il les applique successiveiueut à un triple ordre de dioses:* à Dieu, être qui est; à rèsprit, être qui conoatt; à l'amour ou âme du mcMide, être qui vit. L'être ' qui, en soi, est unité, constitue, à travers ces tr<Ms sphères^ une véritable triade. ^ C'est ainsi, à peu près, qae le philosoj^ dont les écoles adlemandes ont reçu le premier enseignement systématique, divisa la mékiphysique. Suivant WoIflT, l'ontologie, étude dont le titre avait été imaginé par le cartésien Clauberg, s'occupe de l'essence et de l'existence de l'être, de essetUia et exisleutia Eniis;^ mais ses grandes divisions, ses dispositions fondanœntales se retrouvent nécessairement dans l'étude des trois classes d'êtres qui forment l'universalité des existences. Dieu, l'àme, le monde. L'ontologie serait donc la base rati<»melle, abstraite et non expéri-
* Voici les târmes qui , suivant Aristote , méritent d'être rigoureusement précisés: principe, cause, élément, nature, nécessité, unité, être, substance, Idenlitë, opp^tion, priorité et postériorité, puissanee, quantité, qualité, relation, perfection, limite, indépendance,, disposition, liabitude, afTection, privatiott, pofisessioiiy deBoendance, partie et tout, mutilatioD, genre, fausseté, accident.
Les expressions déterminées ou expliquées par Bruno sont les suivantes : MbsUftee, vérité, bonté, «nilé, principe, cauae, élément, matière, quantiu*, qualité, puissance, acte, perfection, connaissance, volonté, relation, action et tiasfioii, donner et recevoir (sposUnéité el réceptivité), possession, moyen, instrament, lin, oonlrariéié et opposition, intenliOB, eonceptiott, nom, ordre, priorité el postériorité, simultanéité, identité, diversité et difiéreace, propriété, genre, espèce, indépendanoe, dépendance mouvement, Kmite, nécespsité, lieu, temps, situation, comparaison, compréhension, autorité, foi, évidence.
* ippysBite «•!#; Dm» m» msnc; tnUilmim $m idsn; iâmor mv anima
* Voy. sur cet iv ou rc, TBivNEiiAifiv , SyttémÊ de la phihi. ^tofon.. H, p.»l (enallem.).
* P. ias, éd. Gfr.
' Voy. Philotophia prima^ iive Ontologia, Frcf. i<>. 1730. Sect. II.
aOO JORDANO BRUNO.
mentale , de la théologie, de la psychologie et de la cosmologie. Nul n'ignore quelle fortune a faite cette manière de partager la haute science, même après la révolution opérée par Kant, et non*seulement en Allemagne, inais en Europe.' Personne ne s'est aperçu qu'elle avait été préparée par un ouvrage dé Bruno, plusieurs ibis imprimé dans le nord, entre autres à Marbourg, plus d'un siècle avant que l'éminent disciple de Leibnitz vint implorer la protection du landgrave de Hesse.*
Concluons, après cette rapide analyse des écrits ou Bruno cherche vainement à rajeunir le lullisme, qu'on a eu tort de nommer ces écrits les ouvrages exolériques de Bruno, son enseignement public, et de les opposer aux volumes consacrés à sa cosmologie, à sa théologie, volumes considérés en ce cas comme ses ouvrages ésotériques^ comme sa doctrine secrète et réservée aux seuls initiés, c'est-à-dire à quelques disciples jusqu'à présent inconnus. Le lullisme qu'Adelung appelle, avec quelque apparence de raison, la marotte du Nolain,' n'est jamais entièrement séparé de la métaphysique de
^ De nos jours encore on trouve, dans la plupart des livres élénientaires des métaphysiciens allemands, cette même division et souvent les mêmes définitions. Les notions qu'on y détermine ordinairement sonloelles-d : chose, possible et impossible, nécessaire et contingent, essence, matière et fonne, etistence et réalité, espace et temps, subsUnce et accident, fondement et ftHidé, cause et eOet, force et action mutuelle, quantité, quahté, unité, vérilé, perfection, fiai et infini ou absolu.
« Voy. P. I , p. 364. P. II, p. iSO, nol« S.
* Le terme de marotu est une preuve de modératâon cfaei un autenr do XVIII* siècle^ où le iehématùme de Lulle, comme Kant s'exprime, était généralement app«lé le iMiiliffiM.
Dam lapidem quaaris, Lulli, quem quœrere nalli Profuit, bsud Lullas, sed mifai Nullus eris.
GAB. UTBNflOmTt.
Bruno, iii de sa physique ou de sa morale : il est Tintrodocdon des diverses parties de son système, leur enveloppe, leur cortège et parfois leur écueil. Dans les traités dont nous venons d'extraire les. passages qui nous ont semblé les plus intéressants ou les plus caractéristiques, c'est le lullisme qui prédomine; mais il y sert en même temps à exposer les opinions de Bruno sur le monde, sur l'homme et sur Dieu. Il nous reste encore à décrire deux productions où ces opinions apparaissent en quelque sorte sur le premier plan , et où le lullisme ne se'trouve qu'en sous-ordre.