‹ Jordano BrunoChapitre 22 sur 45 · VIE. I«S · texte numérisé non relu

VIE. I«S

iTeloqiieiiœ et de dialectique. Pour ees cours de rhéto» riqoe, il adapte même les préceptes qu'Alexandre avait reçus d'Arislole.' En dialectique, il continua à prêcher le lulUsme, cette méthode merveilleuse, selon lui, pour riavenUon, pour la disposition des idées, pour la description et pour l'argumentation. Il la présenta a Wittemberg,* tantôt sous la figure d'une lampe, d'un flambeau au moyen duquel toutes sortes de notions se débrouQlent et s'ordonnent systématiquement, par lequel loos les mystères de Pythagore et de la Kabbale se dévoilent ; tantôt sous l'image d'une chasse qui conduit à la déoouvarte des notions fondamentales de l'cHprit hmoftin, sous l'image d'une forêt, d'une meute, d'un équipage de chasse, de gibier, de chiens, de filets, d'armes, afin de représenter l'intelligence et ses facultés, les problèmes posés par la raison et les divi^rn moyens de les résoudre. Tour à tour architecte) H explorateur, le LuUiste est en quête de la manière la plus prompte et la plus sûre de répondre à (outiw ktM questions scientifiques.

Ce fut k Wittemberg aussi que Bruno fit imprimer les Articles soutenus à Paris contre b physiriue d'Aris* lote et de Ptoicmée. Cette publication tut fut pas un effort isolé; elle était accompagn/*e d'atta/|u«fH jour* nalières contre les adversaires de Co|M*mic^ Le Ikhi Mélanchtbon servit à ceux-ci d'autoriu*, ayant l'Htini/*

dMire ^m éti tM b ntare el Un reMovnv*» de Vé^M^uitptt!, f né êUtqimt^ lo§it<ontmk^ iWt : « Ad prompU H ttipùMÊ tU ^witrum^iââ propoêilo

i64 JORDANO BRUNO.

une impiété de croire au mouvement de la terre. Tycho-Brahé, vingt-cinq ans après la mort de Copernic, était venu d'ailleurs prêter son appui à ce système.' Néanmoins, comme on avait promis à Rhéticus, le plus hardi des disciples immédiats de Copernic, d'enseigner à Wittemberg la mobilité du globe, on laissa Bruno, avec -la même indulgence, se rire de « la chimère de Ptolémée : » « spécimen f)estrœMmanitati$in$ignis! »* De Wittemberg, Bruno remonta l'Elbe et se rendit à Prague, université catholique,' mais où l'iutolérance n'avait pas encore atteint la vivacité que lui communiqua la bataille du Mont-Blanc, défeite finale des protestants. Cette université, créée et magnifiquement dotée par Charles IV, avait recueilli au XV* siècle, dans

1 Tycho-Brahé combattit Copernic à Wittemberg de 1566 à 1568.

* Brcko, Orai, valed-f § XVI. — Cette modération, cette équiuble humanité ne se soutint pas toujours à Wittemberg. Avant la fin du siècle, les péripa* téticiens, Jacq. Martini à leur tète, forcèrent l*EIectenr à rendre un édit sévère de proscription contre le ramisme qui faisait mine de sMntroduire à Wittero* lx*rg. La Faculté de médecine suscita dans le même temps une émeute contre Dan. Sennert, un des pères de la chimie, qui avait attaqué Galien et Aristote. Calovius amena le fanatisme dans la Faculté de théologie. Dans la seule Faculté de droit se conservèrent quelques étincelles de la sagesse tant prônée par Bruno, et ce bienfait était dû à Gasp. Ziegler, un des meilleurs commentateurs de H. Grotius, et dont les élèves, à cause de leurs vues plus étendues sur le droit naturel, reçurent alors le titre de « moralistes,» donné depuis à une autre sorte d'écrivains, ceux que Tabbé de Saint-Pierre nomme les officiers de morale. Dès lors Wittemberg partagea Taversion des autres universités pour ce qui était « neuf et non encore reçu, nova et non hactentu recepta. »

* Nouvelle inconséquence! s'écrient ici ses biographes; comment, aprrs avoir exalté Luther, se rendre à Prague, dans la capitale de saint Népomucènel... C'est oublier que Bruno, peu d'années après, poussera rimprudeoce jusqu'à braver l'inquisition en Italie! Nous en conclurons, d'une part, que Bruno n'avait pas embrassé le luthéranisme; et, d'autre part, que Prague n'était pas aussi intolérante qu'on se plaît à l'avancer, puisque Bruno y fit imprimer des ouvrages. Enfin, nous supposons au Nolain des motifis plus nobles que ceux dont Clément le croit animé : « A quoi, dit ce bibliographe, à quoi n'est pas sujet un philosophe errant sur la face de la terre, dès que la faim le talonne et qu'il ne sait de quel bois faire flèche? »

un quartier à part, quatre mille écoliers, et rivalisait an XVI^ avec Vienne. Elle dut captiver la curiosité d*im homme qui a été surnommé depuis le Huss de la philosophie moderne. L'empereur y tenait sa cour, cet empereur même que Bruno venait de citer honorablement,* après Charles-Quint et Maximilien II, après Christian III et Frédéric II, rois de Danemark et de Norwége, pour son zèle à hâter les progrès des sciences naturelles et particulièrement de l'astronomie. Plusieurs circonstances pouvaient lui gagner la bienveillance de Rodolphe II : la mémoire de Sidney, qui complimenta ce monarque à son avènement, les honneurs que les savants recevaient à sa cour, la protection de l'ambassadeur d'Espagne, qui gouvernait l'empereur et qui était disposé, peut-être, à bien accueillir un Napolitain célèbre.

Bruno présenta à Rodolphe CLX Thèses^* dirigées contre les mathématiciens de cette époque. Il y a apparence que l'empereur accueillit défavorablement le Iirésent que lui fit le novateur. Ce prince, qu'on se |ilaisait à comparer à Henri III, était tour à tour énergique ou languissant, ami des lumières et de la superstition^ de h liberté d'esprit et du despotisme sacerdotal : il est difficile de faire accorder les actes qui ont rempli sa vie. ' Son père , Maximilien 11 ,

•Oral. rol0if.,S^-

* P n m mimm , CLX The$e$ adcersmi kujmg temporU mathemati^t, ad iluéu lp ku m II iwtpêrat. Prag. 15118.

* Ce n'eit pas à Brantôme r|a*il but se fier, siirloot pof A»n% Venânni suivant : « L'««i|iemir Boc'olpbe, qai impérie aujonrrl*biii, Men qull n^a^rt i^U* touTcnt

rn caoi|iaiene, cfMnmc tes prrdi'ceMeani, ni a-t'il monMn* avoir du rouragt t*t «Ir Veaprit^ et ne s'est point c^tooné; car II a esl^ fort traverse qnasy tfiiis les ^m B {Uommu iU., X. I, dise. 3 .

prince tolérant, lui avait légué un bel exemple de douceur; chez lui, la douceur dégénéra en irrésolution. 11 accorda le libre exercice de la religion protestante aux sujets de la Bohème, et il abolit à Vienne la confession d'Augsbourg; il refusa de mettre en vigueur la bulle In Cœnd Domini, et il laissa régner les jésuites. Ses goûts le tournaient vers l'étude de la nature et des arts, vers Talchimie et la peinture, vers rétablissement de musées et de précieuses collections. Sa cour lettrée se composait d'astrologues, parmi lesquels le hasard mit quelques astronomes et quelques poètes tels qu'Ercilla. Ce penchant à interroger les astres où, suivant Bruno, « le haut regard des princes doit être attaché toujours, M* fut cause que Rodolphe dispensa les hérétiques, qui avaient nom Tycho-Brahé et Kepler, de l'accompagner dans les processions qu'il faisait en hiver, nu-tète, un cierge à la main, dans les rues de Prague. Mais quelle existence pénible Kepler traîna près de lui, persistant à n'obéir ni aux caprices astrologiques du c( César qu'il servait et immortalisait, »* ni au prosélytisme des jésuites! ^

< Orat. valed., § X.

< Od sait que Brahé « corrigea » à Prague les Tables prussiennes, et que Kepler y fit les Tables rodolphines, persuadé néanmoins quMl « servirait autant le genre humain que César. »

' C'est sous rinspiration de celte société qu'est conçu le seul ouvrage de philosophie que le XVU' siècle voit publier à Prague, c'est-à-dire un ouvrage qni se propose d'anéantir la philosophie, ou d'exposer, comme dit Huet, la philosophie de ne point philosopher {Essai sur la faib, dé Vesp humaine 1. HI, ch. XIl). C'est un abl)é de Notre Dame-du-Mont^-Sion , vicaire-général de l'ordre des prémonlrés, Jérôme Hirxhaim, qui est l'auteur de celte lourde et violente agression contre la raison et la science humaine , qu'il considérait comme des maladies et des maux, fruits de la vanité et de la corruption [De typho generis humani, 1676, 4»). Pour dégoûter la Bohème des lumières modernes , il commença par se contredire , c'cst-h-dire par nier le

VIE. ler

On ignore si founo fut goûté davantage de l'homme le phis puissant de Prague, de TenToyé de Philippe II, don Guillaume de S. Clémente. Un ouvrage, consacré au compatriote du diplomate, au majorquain Lulle, fut dédié à San Qemente...' 11 n'y a d'autre fait à aflBrraer ici que la brièveté du séjour que Brunie Bt à Prague. Mus tard , son nom y fut prononcé fréquemment par Kepler,* et il n'était pas inconnu, peut-être, à Descartes, alors que ce philosophe se trouva au siège de Prague, et alb rechercher, dans la ville prise d'assaut, les traces deTvcbo, comme le capitaine Vauvernargues, cent ans après, y rediercha celles de Descartes.

En quittant Prague, Bruno se présenta, je ne sais sur b foi de quelle recommandation, à b cour de Brunswick, à l'université de Helmstaedt. Il y fut aussitôt chargé d'achever l'éducation du jeune duc Henri- Jules.

p rim H ^ ê é» €omirodieii4m, nos lequel tonte démoostnlioo est ioifMMsible. «Ni le» f«fHeft Batardleft , ni les Térités Mirnatarelles ne pearent être acqulMB, si b Gfftee, «1 ITglise ne doqs io&pire et instruit • (c. Uf, p. M, f M. tM) . Oo a trop hMOffé Hirahaim, en le metunt an même rang qoe PsMsal, HneC, GranTllIe, Ptoirvi, qni, dans le même siècle, tentèrent de discréditer la philosophie au pinÉI dn christianisme.

* m VmiêT vêêtroâqvê^ » dédie. d*nn extrait du de Lamp, ewmb.

* laire antres dans le Nwteiuê Sffd$rtu$ adressé par Kqiler à Galilée (UIO). VwÊârùùome wurtembergeois a plus d*une analogie avec le Napolitain, surtout par remhoualasme. L'un et Tautre se pialsent i s'abandonner à la tutmr ment, Lttèti imdmigtn mcto t^rori, s'écrie Kirun.

i68 JORDANO BRUNO.

La maison de Brunswick- Wolfenbuttel/ une des plus anciennes de l'Europe, était restée^ sous Henrile-Jeune, fidèlement attachée au Saint-Sîége;' sous Jules^ elle devint protestante. Ce dernier, homme droit et désintéressé,' abolit les couvents et ne s'appropria pas leurs possessions. Il fondh une université évangélique où il appela les savants libéraux de l'Allemagne, après avoir ^té lui-même réprouvé et calomnié par les théologiens rigidement orthodoxeà.^ Lorsqu'il vint à mourir, Henri-Jules, son fils, l'élève de Bruno, avait à peine vingt-cinq ans. C'était un esprit aussi bien cultivé que bien -fait , et rempli de grands et glorieux projets. Son règne cependant ne lut qu'une longue agitation. Une double guerre délabra ses finances, l'une contre la ville de Brunswick soutenue par la ligue anséatique , l'autre contre la noblesse, qui écrasait les campagnes de tailles et de corvées. L'établissement d'une milice permanente, ne le ruina pas moins que l'ambition de s'immortaliser par de beaux monuments. Après avoir réformé la province d'Halberstadt, et réfuté en personne, dans une solennelle dispute, les jésuites,

* D*abord Brunswick-Lunebourg. Elle desœDdait, par Blagnus-le-Pieta (1350). de Guelfe, fils d'Asoo, marquis d'Esté.

« Voy. Sleidaiv, ComrMnt., l. XV. ad ann. 15i4.

> Ces détails sont indispensables à ceux qui désirent lire les ooTrages de Bruno, particulièrement son Oratia consolatoria.-- La devise de Jules était : Aliis inserviendo consumar,

^ Je ne puis retracer ici les querelles que lui firent rinlraitable Gbemnitt ei Jacques Andreae, chef de la savante famille des Andreae, lorsqu'il eut ridée, étrange en effet, de faire élire évoque d'Halberstadt Henri-Jules, &gé de quatorze ans « Cet enfant innocent, disaient-ils, en recevant la tonsure sera immolé à Molocb.» Le duc régnant n'était plus qu'un renégat, un paîen« un musulman. C'est à la suite de ces démêlés que Jules appela auprès de lui le souple et turbulent Hesbusen, « un de ces opiniâtres, dit Bèie ( Vie de Calvin), qui ont esté les plus ardents ennemis de Vérité et do Concorde. »

VIE. 1fi9

puis les avoir bannis de son Etat; après avoir lutté dix aos sans succès,' Henri-Jules se dégoûta, de la souveraineté, et six ans avant sa mort, c'est-à-dire en 1607, il se relira à Prague, auprès d'un empereur, comme, lui délaissé. Devenu le plus intime confident de Rodolphe, il conçut le noble dessein de relever l'empire, miné par une sourde désunion, et de prévenir des déchirements violents. Se posant en médiateur, n'entrant daiis aucun parti, il ne fit que dépbire à l'Union comme à la Ligue. La discorde allumait son flambeau quand il décéda.^ Henri-Jules, né dans un rang aussi élevé que Rodolphe, serait mort avec gloire. Ce n'est pas le génie, c'est l'argent qui lui faisait défaut. L'antiquité et l'Italie, cette Italie à laquelle il se vantait d'appartenir par ses ancêtres, lui proposaient des modèles qu'il était dangereux d'imiter. Le rôle de Périclès, d'Auguste, des Médias, ne convient pas à tout prince.

De quelle manière ces deux souverains, le père et le fils, régirent-4ls TAcadémie Julienne de Helmstaedt, une Académie qui attira l'attention du c Père de l'histoire moderne, »' et du philosophe Gassendi, avant que Louis XIV fit des pensions à ses professeurs?^ Heureu-

« Voy.DBTBOC,l.CXVIII.

* Cest an de ses quatre flis qui se distingua dans la guerre de Trente ans avec Màosfeld , et qui s*inlitulait « ami de Dieu, ennemi des pritree » : c*est Christian de Brunswick, qu'on a comparé au brave de La Noue, parce qu*il avait aasei un hra$ de fer. U mourut empoisonné, dit-on, à i*&ge de vingl-«lx ans (Voy. PumiiDOEF, hUrod. à l'HUt, univ., 1. lU, c. VU).

* Ce titre, que CasaulxHi donna le premier au loyal de Tbou (il fév. 1611), lui est à bon droit resté.

* Hdmfltaedt joue un rAle à part dans la sphère des universités allemandes. Elle elTaça, au XVII* siècle, Wittemberg et léna, et disputa le premier rang à Halle; elle tenta les premiers essais de critique historique en fait de religion, timide réclamation du bon sens contre la tyrannie des confessions de foi.

sèment située entre le Véser et la Basse-Elbe, fondée avec munificence par Jules, comblée de privilèges et de dotations par Henri- Jules, elle comptait en 15S9 cinquante professeurs, et avait immatriculé cinq mille étudiants. Ses statuts avaient été soumis à l'examen des plus doctes étrangers', et rédigés après une étude scrupuleuse des règlements des Académies existantes en pays protestants. La pensée qui avait présidé à leur rédaction était essentiellement pratique : elle consistait à mettre un frein à l'esprit de controverse. A leur installation, les membres du corps enseignant étaient tenus de prêter un serment ainsi conçu : c J'aurai soin de .conserver la concorde et la paix parmi mes collègues ; je me garderai de blesser la dignité de personne et d'occasionner aucun différend ; et si, ce que Dieu veuille empêcher dans sa clémence, quelque dispute survenait, comme cela peut arriver entre hommes, je contribuerai, autant que je pourrai et saurai, à ce qu'elle soit vidée suivant vos statuts, c'est-à-dire doucement et fraternellement. i>^ Par cet article fondamental, Jules espérait guérir la fièvre qui transportait tout le siècle, cette maladie à laquelle n'avaient échappé, au nord comme au midi, ni les gens de lettres, ni les gens d'épée ; qui fit

Halle entreprit une réaction mystique et ascétique, sous la conduite de Speoer et de H. A. Francke, contre le fh>id et stérile dogmatisme du parti dominant. Il importe de remarquer ces différences, parce qu*elles vont se perdre de bonne heure toutes ensemble. A partir du XVIU« siècle, les universités s*ouvrent à une action étrangère, à la philosophie venue de France ou d'Angleterre, à celle que protègent tantôt Tautorité de Descartes et de Leibnitz, tantôt le nom de Bacon et de Locke, et qui engendre, sous bien des nuances diverses, une opinion vaguement désignée par le terme de rationalisme.

^ « Ero itudiosuê, etc. » Voy. VHUt de VVniv. de Helmetaedij par le docteur L.-T. Henke (1838, en allem.).

mourir des milliers de duellistes et de controversistes, et qui animait jusqu'aux petits écoliers, journellement engagés dans de rudes combats pédestres, portant et parant les coups de pied avec une adresse incroyable. * Un autre article appelle notre attention, c'est l'article touchant les études philosophiques. « Deux maîtres, chargés d'interpréter Aristote et de développer soû système, prendront à tâche de le mettre à couvert de toutes altérations^ ainsi que des calomnies des sophistes. Chaque docteur en philosophie jurera d'enseigAer la véritable et antique philosophie avec sincérité, sans cherdier à briller par des innovations, sans fard ni artifice. »* Cette conviction, que l'ancienne philosophie était la vérité, avait particulièrement été suggérée à Jules par un humaniste célèbre, précepteur de Henri- Jules,' et pendant vingt-trois ans l'âme de la Faculté

s Quelques-unes de ces ordonnances étaient citées comme d*heureuses iMMi?eautés.« Les élèves n'étudieront sur chaque partie de renseignement qu*un seul livre, un livre substantiel et bien fait, parce qu'étudier à la fois plusieurs ouvrages qui diffèrent sérieusement entre eux, c*est dissiper Tesprit et non pas le nourrir.. j> C'était appliquer le mot de saint Thomas^' Aquin : TifMO hominêm tmiui Hbri. « Le Décalogue servira de base à renseignement de la morale.. . Les annales du peuple Juif devront former le point d*appui, le ftl conducteur dans rétude de Tbistoire. » Même plan que celui de Bossuet. — « Ni la poésie. ni la musique ne pourront être négligées, Tune et Tautre servant à adoucir et à élever le caractère. »

* « Veram et antiquam philosophiam, Hncere, eitra attentatUmis $t inruH vationis studium, Hne fwio et fallada, » En quel sens fallait-il entendre cette épllhète d'anftgua? Bruno aussi se portait pour défenseur de Tantique philosophie. L'antiquité se partageait, pour le XV1« siècle, en deux moitiés iuégalcs, celle qui précéda Aristote, celle qui le suivit. A Hcimstaedt, c'était la philosophie de la seconde moitié que Ton considérait comme la véritable.

» Caselius de Gottingue, disciple favori de Mélanchthon, se signala par ses travaux diplomatiques, presque autant que ]ïar ses cours et ses écrits littéraires. On lui trouvait « l'abondance de Cicéron et le discernement de Quintllien. » Il forma deux disciples éminents, Martini et Callixlus. MarUni, le maître de Conring, eut moins d'étendue et d'élégance d'esprit et de savoir que Caselius ; mais Callixlus en eut davantage. Callixtus» le protecteur de Relmstaedt dans

des lettres, Jean Caselius. Les services que cet écrivain délicat et judicieux, orateur spirituel , caractère pacifique, actif, généreux, rendit à Helmstaedt, furent considérables : il sut modérer la Faculté de théologie , il organisa des travaux d'histoire; il fit école, et forma des maîtres éminents, quoique décriés aussi sous le titre de c poètes épicuriens, d'orgueilleux autodidacti. »^

Telle était l'université où l'on rencontre, en 1589^ Bruno avec Henri- Jules. « C'est la Providence, dit-il, et non le hasard qui l'y avait conduit, a ^ Néanmoins il n'eut pas plus tôt commencé ses fonctions auprès de ' l'héritier présomptif de Brunswick, que le duc régnant mourut. L'académie Julienne, apprêtant à son fondateur des obsèques dignes d'elle et de lui, chargea l'Italien de l'un des éloges funèbres. Ce fut le premier juillet qu'il prononça son discours de consolation ^ Oratio consolatoria , harangue pleine de fougue et d'imagination, qui encourut les censures de l'Inquisition au même titre que YOratio valedictoria. L'orateur y proteste, en effet, avec des paroles qui expriment une douleur réelle, de sa vive reconnaissance envers l'auguste défunt; il gémit avec l'université qu'il

la guerre de Trente ans, eul le courage de montrer» Thistoire à la main, que les réformateurs étaient restés agenouillés devant saint Augustin, et de supplier les théologiens d'entreprendre, sur Tantiquité chrétienne, les mêmes inTestigalkMis que les philologues classiques. faisaient sur Tantiquité païenne. Enfin, pour affermir la tolérance, Callixte proposa de dégager scientifiquement la morale du dogme, et lui-même il accomplit avec fermeté ce que Daneau et Cbarron n'avaient tenté qu'avec tâtonnement.

* Cette expression est à relever. Les théologiens de cette époque repoussaient ceux qui voulaient s'instruire par eux-mêmes et non pas tout acœpuar docilement du clergé.

* «iVofi cota, 9êd jnwideniiâ ^uàdam ad rêgionem hanc cùwqmlsHsn {Ont canêol).

représente de la perte <f un si solide appui. « Souvienstoi, ô Italien, s'écrîe-t-il en faisant retour sur sa propre affliction, souviens*toi qu'arraché à ta patrie, à tes amis, à tes études, tu fus exilé pour avoir aimé la vérité, et qu'en ces lieux tu es traité en citoyen. Là, tu étais exposé à la dent vorace du loup romain; * ici, tu jouis d'une pleine liberté. Là, tu étais asservi à des pratiques superstitieuses et absurdes ; ici, on se contente de t'exhorter à suivre un culte vraiment réformé. Là, tu étais comme mort par la violence de plus d'un tyran; ici, tu vis par la douce équité du meilleur des princes, comblé de grâces et d'honneurs... C'est à lui, comme à ton véritable souverain, à ton protecteur et bienfaiteur, que tu as toutes les obligations imposées par la gratitude. »

Henri-Jules ayant quitté les lettres pour les affaires, Bruno fut réduit à professer la philosophie à Helmstaedt. Encore ceci ne lui fut-il pas accordé sans conteste, sans restriction. Trois mois après, le chef du clergé deHelmstaedt, un nommé Bœthius, l'excommunia en plein temple. C'est du moins ce que nous ap-

1 Le mot de loup est celui qui fut remarqué particulièrement dans ce pass^^ fameux. Ce mot était du nombre de ceui que les combattants se renvoyaient les uns aux autres, comme un trait mortel. Tandis que les catholiques désignaient ainsi les hérésiarques, les hérétiques appelaient de ce terme le clergé romain, et nommément le pape. Si Muratori nomme Calvin « quêtto lupo^» Bèxe appelle le Parisien Bolzec un « loup déguisé. » Lamez, au colloque de Poissy, taxe Calvin et Bèze de « «cimta, voïpi, monstri » (singes, renards, monstres). Le jésuite Guignard, ami de J. Chàtel, dit : « Henri UI est un Sardanapale, le Béarnais un renard, Elisabeth une louve, le roi de Suède un griffon, et Télecteur de Saxe un porc. » L*emploi fréquent de ces dénominations « peu nobles » (GniGiTsift, But. de la litt. iial., t. 5S6) est une des marques de la sociabilité du temps, qu*on pouvait bien, avec Dupont de Nemours, assimiler à b «sociabilité des loups. »

iU JORDANO SRDNO.

prend une lettre de Bruno adressée au pro-rectenr, et conservée aux archives de l'université.

» Très-illustre et respectable seigneur pro-recteur,

» Excommunié par le premier pasteur et surintendant de l'église de Helmstaedt, lequel s'est érigé en juge dans sa propre cause, en exécutant lui-^mème, dans des discours publics, une sentence rendue contre un adversaire qui n'avait pas été entendu, Jordano Bruno de Nola, vient s'inscrire humblement en faux, devant votre Magnificence et le très-digne sénat, contre l'exécutimi publique de cet arrêt personnel et inique. Il vient demander qu'on lui donne audience, afin de savoir au moins si les attaques dirigées contre sa position et sa réputation sont justes et méritées. Il se souvint de ce que Sénèque dit : Quiconque a prononcé sans entendre la partie adverse, quand même il aurait d'ailleurs prononcé avec équité, n'a pas étdéquitable. * C'est pourquoi il prie y. Exe. de citer devant elle, de son autorité, le rév. pasteur lui-même, pour qu'il soit établi, s'il plait à Dieu , qu'en lançant ses foudres il faisait son devoir, voulait sauver son troupeau, et n'obéissait point au caprice d'une vengeance individuelle. »^

^ C'est une maxime analogue qne cita, au concile de SoiaBons (1191), un é?èque favorable à Taocusé , c'est-à-dire à Abélard ; c'est le langage que Nieodème avait tenu pour sauver le Christ : « EstHse que notre loi condamne un homme s'il n*a pas été ou! auparavant, et sans qu'on sache ce qu'il a taitt» {Ev. saint Jean, VII, 51). — Voy. M. de Rèmusat, Abélardj i, p Ml aq.

< Cette lettre n'ayant encore été mise à profit par aucun historien de Bruno, nous la transcrivons ici textuellement :

« Àmplissime et iï"« D^ Prorector,

» Jordanus Brunut Nolanus^ per BelfMtadiensù eeel. primarium patto^ B rem et tuperintendentemy in prùpriâ actione et inquditâ eauêâ factvm

Cette lettre ftit écrite le 6 octobre 4589, et, nn an après, Bruno se trouvait encore àflelmstaedt : d'où l'on doit conclure que sa réclamation ne fut pas inutile, et qu'il parvint à se justifier. La chose était sujette cependant à des difficultés considérables, que l'intervention bienveillante de Henri -Jules était seule capable de surmonter. La principale venait de ce que le pro-recleur à qui le litige fut soumis, instigateur de ces tracasseries, s^tait servi d'un autre ecclésiastique pour accusateur, en se ménageant à lui-même le rôle d'arbitre : conduite que Vœtius imita .plus tard envers Descartes. C'était le fameux Daniel Hoffmann, chef d'un parti qui porta son nom, HoffmannianU et dont Leibnitz accabla les derniers restes. * Ainsi que Gilbert Voët, ce théolo-

» judicem, et exequutorem in publicU eùncUmihus, excommunicatuif tenarê » prmunthumaMagni^entia Rfnœvestrœ claritatê, etahunivenâ iunpliâiêmi » ienaiûi dignitate^ in publico œnsi$torio humiliter adversus iniquissimœ et m privatœ iUiu9 êententiœ publicam exequtUionem expostulans, audiri petit, 9 ut si fwttl jure contra ipHuê gradum et dignam easiâtimationem accident, B taltem pute acddiue cognoseat : quamviê seeundum Senecœ S :

> Qui statuit aliquid parte inaudita altéra, » ^quum licct statuerit, haud œquus fuit.

n Quamobrem et ipsum R. Pastorem ExcelL Âmpliss. V. Àuthoritate citarv- » dura rogat : ut et illud (si Deo placuerit) constare possii, non ex privatœ » vindictes libidine, êed ex boni poMtoris munere pro ovium tuarum salute » profectum fulmen Ulud esse, Datum Belmstadii sexta Octobris 1589. Jor^ » danu» BrunuM qui scr. manu propria. » — Sur ce pasteur, voyez Chry- » SAiVDR., Ministri Helmst , p. 10 ; Hexkb . Die Univers. Beïmstaedt im » 16 Jahrh., p. 69 ; Cfr. aussi Weritsdorfii, Memoria Frobesii, p. XXXk

1 Joies RTait chargé Hoffmann de réfuter, de concert avec Hesbusen, la fonoule de concorde au colloque de Quedlinbourg ; telle fut rorigine de sa (kveiir. Mais p^ayant plus à combattre la confession de foi, ni Tubiqiiité, HoftmaDD-se prit à attaquer jusqirà la philosopbie scolastique. Il soutint avec emportement que la morale d'Aristote favorisait le.pélagianisme ; puis, qu*il y, avait plusieurs choses qui , vraies en philosophie, étaient fausses en religion (Voy. J. TBOMAsn, prsef., XLfl, p. Sli ; Horn, Hist. philos., VI, c. XII ; Cassmattr, rofmofNMta, qu. VI, cl). Enfin, dit Leibnitz, ail se déchaîna cootre toute philosophie, tandis qn*il fallait blâmer seulement les abus des philosophes »

gien fîit ft toujours le contre-tenant de quelqu'un de ses collègues ou de quelque autre savant homme. » * C'était une variété d'un type vulgaire et indestructible, qui, dû temps de Ramus, se nomma Charpentier ; du temps de Mallebranche, Garasse ou Le Tellier^ du temps de Wolff, Langé; du temps de Rant, Wœllner. Quoique, grâce à la protection du jeune duc, Bruno ne fut pas forcé, comme le philosophe de l'ermitage d'Egmond, de représenter aux magistrats qu'il n'était pas, en qualité d'étranger, soumis à leur juridiction, et bien qu'il pût poursuivre ses leçons , il paraît que la secte de Hoffmann finit par lui rendre le séjour de Helmstaedt insupportable. *

Au milieu de ces conjonctures, et après son départ de Helmstaedt, Bruno conserva toujours l'amitié de Henri- Jules. Les dédicaces qu'il lui adressa ensuite de Francfort, les vœux qu'il forma lors des noces du jeune prince.

{Opp.f 1. 1, p. I, p. 75, édit. Dutens). Il réussit à diviser l^Académiè el le dndié 'de Brunswick. Satler^^Werdenbagen , Schilling, Bœthius (tirent de son c^Vté: Casélius, Henri-Jules, Bas. Stater, prédicateur de la cour, furent contre lui et remportèrent. Hoffmann, qui, en 1586, avait argumenté contre Bèze sur l*Eucharistie, se trouva accusé de calvinisme; lui qui avait prétendu enseigner la philosophie à Goclcn, se trouva convaincu de ne rien entendre en philosophie, et reçut, après avoir été terrassé par la discussion, un ordre de la cour qui lui interdit de se mêler de porter un Jugement sur de pareilles matières.

1 Voy. SoBBitRE, Lettres et relations, p. 182.

* Ce qui porte à le croire, c'est <fue Bruno, aussitôt qu'il fût sorti dû duché de Brunswick, déiteignit ainsi les ennemis quMl y avait rencontrés i « Ces prétendus secrétaires du ciel ne sont que des grammairiens. Lorsqu'ils s'imagineol savoir le latin, le grec. Thébreu, le syriaque, le cbaldéen, ils se donnent bravement pour inventeurs des dieux et des hommes, et décident en maîtres des matières philosophiques... Ces teologi sont theotoehi^ c'est^-dire qu'ils fobriqueut leur divinité à l'étroite mesure de leur cervelle» (de ImmensoM, c 10, p. 398). Peut-être aussi qu'aux tracasseries tbéologiques s'étaient ajoutées les plaintes des aristotéliciens. Le soulèvement que causaient en 1595 les ramistesPfaffradet Nothold, les concessions que le ramiste J. Jung, homme de science et de bon sens, se hâta de faire en arrivant de Rostock, et quek[ue8 autres motifi^ ooncourent à rendre cette supposition fort vraisembbble.

meCteotcepointhûfsdeciiscinfikMi. LepbiloMplie inTO- «{ne, en vers, sekm son habitude,' b DiTimlé, h lumière , b Tie , foules les puissances qui soutiennent Tunivers; il les invite à contempler avec bonté ce que h terre possède de plus noble et de plus beau.'

« Contemple, 6 Divioitô! ce que b terre possède de meiDenr sur son dos courbé, et ce qu'elle compare avec orgueil aux astres les plus éclatants. Contemple le fik de Joies, issu de ces rois antiques dont les armes subjuguèrent les peuples de l'Europe, bouleversèrent les empires de la brûlante Lybie, de Timmense Asie, et rendirent aux Germains les trophées jadis conquis sur eux par la bravoure latine! C'est Henri- Jules, que tu connaûs mieux que mes chants ne sauraient le peindre ! Tu le connais, puisque c'est de toi seule qu'il peut tenir les triples grâces d'un génie calme, d'une aménité et d'une beauté qui l'élèvent au-dessus de tous; puisque c'est toi qui as revêtu sa grande âme de ces dons sublimes. toute-puissante déesse, si tu abaisses tes regards sur tout ce qui est élevé, tu connsùs aussi son épouse,' b sœur auguste du prince dont le sceptre couvre les valeureux Danois, b sœur de cette autre Nymphe unie au héros redoutable que la célèbre Bretagne adore comme roi,^ et qui en parent affectueux

* V09. ptr ex. Oral. voMfef., fin» « Sol, eic,. » II, p. 51. aq.

* « ÂMfiet fMod Têiluê (nier meUara recurvà

m Moiê têmêi^ magniê piod caH comparât aiiris,» etc. {âê THpUei, Jflii..elc,v.«0-M).

* Sm épottie, EHttbetb, était lœar de ChrislUn IV, roi de DuienariK, qui «cmH de ««eeéder à Frédéric II, son père, et le père des lettres danoises (ra TODC, L LXXXIX . Ette éUit BUeule de te rdne d*Angleterre.

* laoïnes VI dTooMo épousa Anne, qui devint mère de llnfortuné Charges l*', • du —Ihpnfvni électenr palatin, Frédéric. L*aUiance des StnarU Jeta

Page 1