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Sur (juelles données s’appuie l’opinion de l’incendie spécial
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par les Aiahes de la hihliotliècpic d’Alexandrie? On en trouve le récit dans Aboulfarage Grégoire, dont je vous parlerai, comme médecin-historien arabe du xui"' siècle. Le récit net, circonstancié, est inséré dans la biographie de Jean le Grammairien, autrement dit Philoponus, qui était contemporain delà [)rise d’Alexandrie et qui a pu en être témoin, comme Paul d’Égine, suivant la remarque du docteur l\ené Briau. Mais tout ce que dit Aboulfarage est extrait littéralement du Kitab el liokama de Djemal Eddin, le plus grand bibliophile qu’aient eu les Arabes et qui écrivait d’après Abd Ellatif et peut-être d’après le Fihrisl de Ben Ishaq Ebn en Nedim, ces derniers auteurs éloignés de 000 ans de la prise d’Alexandrie. Il en résulte une transmission de plusieurs mains. Le récit d’Aboulfarage n’est pas, comme on l’a dit, de fantaisie ou de polémique ; mais il s’amplifie trop et il tient de la légende pour l’indication des livres servant pendant six mois à chauffer les bains publics.
En résumé, tout en admettant la destruction répétée, au moins partielle, d’anciennes bibliothèques dans Alexandrie, avant la prise de la ville par les Arabes en 6il, je crois, avec Matter, avec mon savant collègue le professeur Verneuil, dans sa conférence historique sur les chirurgiens érudits, avec le docteur Lucien Leclerc, à la perte par le feu ou n’importe de quelle manière, de ce qui pouvait rester des dépôts publics de livres à Alexandrie. La perte a été causée par les Arabes, sous le khalifat d’Omarben Kattab, troisième successeur du Prophète. Le grand fait historique, après la prise d’Alexandrie, a été la dispersion des savants ainsi que le déplacement du foyer scientifique s’opérant dès lors de plus en plus vers l’Orient.
Deux siècles se passent pendant lesquels les Arabes, trop fidèles aux préceptes rigoureux du Koran, hostiles aux recherches intellectuelles, ravagent parle fer et par le feu les contrées soumises. Mais, à leur tour, les redoutables vainqueurs éprouvent, conformément à une loi démontrée par l’histoire, l’action civilisatrice des peuples vaincus. Les chefs de l’Islam, les khalifes comprennent l’influence bienfaisante des sciences et des arts. Les Abbassides surtout se montrent les protecteurs éclairés des savants; ils les attirent à leur cour et encouragent leurs travaux.
Après la conquête, l’instruction scientifique est venue aux Arabes de plusieurs côtés; leurs premiers précepteurs ont été
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nombreux. D abord les Xestorieiis bétcrodoxes qui avaieul l’oiulé 1 école persane de Djoudisabour, où ils enseignaient la philosophie et la médecine, puis des Grecs et des Juifs chassés d’Alexandrie, des chrétiens syriaques, des péripatéticiens persécutés à Athènes et réfugiés en Orient.
Les médecins arabes sont extrêmement nombreux j on en connaît plusieurs centaines d’après les patientes recherches de Lucien Leclerc. Pour vous faire connaître et apprécier les principaux de ces médecins dont les œuvres nous sont parvenues, je ne suivrai pas leur nationalité dans les États musulmans. Perse, Irak, Syrie, Égypte, Magreb, Espagne, ni une rigoureuse indication chronologique. J établirai deux divisions : 1° les médecins des khalifats d’Orient; 2° ceux qui ont appartenu aux khalifats d’Occident. J insisterai sur la biographie des plus célèbres d’entre eux.
Le traité le plus ancien que les Arabes aient possédé est de Aaron (Ahroun ou Haroun el Ouass) ; ce traité est perdu, sauf quelques fragments. Je vous ai fait remarquer un grand nombre d ouvrages qui ne nous sont point parvenus, qui ne sont connus que par ce que d’autres auteurs en ont rapporté. Aaron vivait dans la première moitié du vu*'’ siècle; il était contemporain de Paul d’Égine. C’était un prêtre d’Alexandrie : avant le sac de la ville, il avait composé en grec un ouvrage formé de trente livres et intitulé Pandectes de médecine, Compendium on Traité de Vart de (juérir. Ces livres furent traduits en syriaque par un juif de Bassora, nommé Masserdjouih ou encore Masserdjis, et par Gosius (Djasious), d’Alexandrie. D’après ce qu’en ont dit Razès et Ali Abbas, les Pandectes étaient des extraits d’écrivains dov^matiques, principalement de Galien. Je vous parle d’Aaron parce qu’il a donné une des premières descriptions de la petite vérole, maladie communiquée cinq cents ans auparavant aux Sarrasins par les peuples d’Éthiopie.
Aux viii^ et ix*^ siècles, plusieurs familles médicales se font estimer comme médecins des souverains et surtout comme traducteurs d’ouvrages. Remarquez bien cette pléiade de traducteurs jouant un grand rôle dans l’essor arabe. Rappelez-vous que les khalifes orientaux aimaient et favorisaient les arts de la paix. Vous savez qu’après avoir affermi sa puissance, Almanzor le Grand (Mansour) fit bâtir la ville de Bagdad en 702, et ([ue l’un
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rie ses successeurs, Ilarouii Errachid ou al Rascliid, conlemporain de Gliarlemagne, établit dans cette ville des écoles, des hôpitaux, des pharmacies publicpies. Almamon (Mâmoun), son deuxième fds, institua une académie à Bag'dad. Il y appela les savants de tous les pays, sans distinction de religion, récompensa leurs travaux et se fit un honneur de les partager. Par ses ordres, on achetait de tous côtés des manuscrits qu’il faisait traduire en langue arabe. Bagdad avait acquis une renommée universelle; on accourait pour suivre les leçons de son collège de médecine ; le nombre des savants, des professeurs, des élèves de l’Académie
de Bagdad était considérable; on a dit qu’il s’était élevé jusqu’à six mille.
Une famille de médecins nestoriens connue sous le nom de Bakhtichouou Batischwa se rendit célèbre à la cour des khalifes. Georges (Djordjis), le premier Bakhtichou, quitta Djondisabour pour venir à Bagdad auprès d’Almansor. Son fils vint aussi plusieurs fois à Bagdad. Le plus important des Bakhtichou fut Gabriel (Djabril), très favorisé par Haroun al Raschid auquel il sauva la vie et dont il guérit la favorite. Les derniers Bakhtichou ont eu bien moins de renom.
.le vous signalerai encore, parmi les médecins nestoriens, Mésué et ses fils dont le plus célèbre, appelé l’Ancien ou Jean fils de Mésué (lahya ou louhanna ben Massouih), était pensionné à la cour d’Haroun et enseignait la médecine; il ne parait pas avoir été praticien. Son disciple Honein (Honein ben Ishaq), natif de Hira, est une des grandes figures du xi® siècle; il devint médecin du khalife Moutaouakkel. .Sprengel dit, mais sans preuves suffisantes, qu’il mourut empoisonné. Honein a été le traducteur par excellence, le plus scrupuleux de tous, n’ayant jamais omis un seul mot, ni commis de contresens. Il reproduisit en arabe Hippocrate, Galien, Pline, Ptolémée et Paul d’Égine. Ses deux fils, Isac (Ishaq ben Honein) et David (Daoud ben Honein), sont aussi des traducteurs. De plus, Hobeïch, fils de la sœur de Honein, s’est lui-même distingué par scs traductions, comme les autres membres de la famille, et on a de lui un ouvrage médical où les subtilités abondent. Costa ben Luca, de Balbek, Tsabet ben Torra, de Harran, ont été non seulement des traducteurs éminents, s’occupant de Galien, mais aussi des mathématiciens et des astronomes de l’antiquité.
LKS MI-nECINS ARARES ET l’ÉCOLE DE SALERNE
Avant (I arrivera Razes, je mentionnerai Jean fils de Serapion ou Sérapion l’Ancien (lahya ben Scrapibn), appelé plus lard Janus Dainascenus, parce cpi’il était né à Damas. Le livre de Sérapion, intitulé Kounnach ou Af/{irefiator, était écrit primitivement en syi'iacpie. Il fut traduit d abord en arabe et plus tard en latin par Gérard de Crémone qui l’appelle Breviarium, puis par Alpago sous le titre de Pmctica. Ouanl à El Kendi (Abou Yousef lakoub ben Ishaq el Kendy) ou Alkhendi, de race noble, qui jouissait d’une grande considération à lacourd’Almamon et d’Almotassem, et connaissait la science des Grecs, des Persans et des Indiens, c’est un écrivain fécond et ses ouvrages philosophiques l’ont fait placer au rang- des magiciens.
Il me tarde de vous parler de Razès dont le nom arabe est : Abou Bekr Mohammed ben Zakarya Errasy.
Au sujet du nom de Razès, permettez-moi de vous faire observer que les biographes arabes mettent généralement en évidence, en vedette pour ainsi dire, le nom le plus connu de la personne qu’ils veulent désigner, que ce soit le nom vrai ou un surnom. La nomenclature classique se compose de noms qui indiquent la paternité, le nom propre, la fdialion, poursuivie parfois assez loin pour éviter la confusion avec des homonymes, enfin les surnoms tirés de la patrie, de la profession même du père, de l’habitat, etc. A une certaine époque, on a ajouté des surnoms d’ordre religieux ou politique, tels que Nour Eddin, la lumière de la religion, Adhad Eddoulah, le bras ou le soutien de l’État. Ceci posé, Abou Bekr Mohammed ben Zakarya Errasy désigne un Mahomet, le père de Bekr, le fils de Zacharia, nnlif de Bey, dont nous avons fait Bazès.
Razès naquit à Rey, Raï ou Ray, une des villes les plus considérables de la Perse. Pendant sa jeunesse, il se livra aux lettres et aux arts, il se passionna pour la musique et la poésie, il exerça môme la profession de changeur. Puis ily renonça pour s’adonner à la médecine et à la philosophie, une visite faite à l’hôpital de Bagdad détermina sa vocation. Razès avait fait de si grands progrès qu’il était devenu le plus célèbre professeur de Bagdad. Il écrivit douze livres sur la chimie, art secret, qui était, disait-il, plus possible qu’impossible. Doué d’une activité infatigable, il fut successivement directeur de l’hôpital de Rey el de celui de Bagdad. Il fit quelques voyages, écrivit, praticpia la médecine avec
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î^rancl succès et finit ses jours à Rey. Devenu aveuiçle à quatrevingts ans, on prétend qu’il ne voulut pas se laisser opérer de la cataracte parce que le chirurgien chargé de cette opération ne put lui dire le nombre des membranes de l’œil. D’autres avancent (pic Razès, pressé de se faire opérer, aurait répondu : J’ai tant vu le monde ([ue je ne tiens plus à le voir. Razès mourut en 932 de notre ère.
Il reste deux ouvrages de Razès. Le premier est composé de dix livres sur le traitement des maladies. 11 est dédié à Almanzor le Samanéen, gouverneur du Korassan, neveu du khalife Moktasi. Cet Almanzor a donné lieu à toutes sortes d’erreurs, étant regardé comme khalife de Bagdad ou comme prince de Cordoue. Razès lui-même lui donne son vrai titre. On trouve dans ce premier ouvrage, le Mansoury (Liber ad Almansorein), un exposé des qualités que doit posséder le médecin, des règles pour sa conduite, une critique des charlatans qui rappelle les traités analogues d’Hippocrate et de Galien. Par conséquent, les médecins arabes de cette époque avaient une haute idée de leurs devoirs et de la science acquise par la lecture, la méditation, ainsi que par l’observation des malades.
Le second et le principal des ouvrages qui nous sont parvenus sous le nom de Razès a pour titre Havi, Haouij ou Contiiiens, ainsi appelé parce qu’il contient tout un corps de médecine pratique. Le Continent, divisé en deux parties, renferme dix-sept livres. C’est un abrégé de médecine et de chirurgie, condensant les opinions des médecins anciens et même plus modernes. Le plan n’est pas uniforme; il n’a pu être donné par Razès tel que nous l’avons aujourd’hui, car l’auteur y est cité souvent à la troisième personne; on y voit nommés des médecins grecs postérieurs à Razès, dont il ne pouvait avoir connaissance. Aussi a-t-on élevé des doutes sur l’authenticité du Continent; mais il est certain qu’il a été composé ou écrit en grande partie par Razès lui-même, et formé d’une série d’extraits, de notes, qui n’étaient point destinés àêtre publiés de la sorte, enfin que l’ouvrage primitif a été surchargé d’additions postérieures. Cuvier pense ([ue c’est un recueil des leçons de Razès, remanié après sa mort.
Nous reconnaissons dans le Ilaouij on Conlineas tout le galénisme mêlé de méthodisme. Les Arabes ont dû se trouver embarrassés en voulant suivre aveuglément les Grecs et rencontrer