LES MEDECINS ARABES ET 1. ECOLE DE SALEHNE
(les contradictions. Uazès fait un aveu précieux à retenir, eu disant que la diversité des opinions émises par les anciens porte la confusion dans ses idées et qu’il veut s’en rapporter à l’autorité de Galien.
La sémiolog;-ie est l’étude de prédilection des médecins arabes, elle flattait leur goût pour le merveilleux et l’art prophétique. L’habileté de Razès a été grande pour annoncer la terminaison des maladies aiguës et chroniques ; il avait contrôlé au lit du malade les recherches de ses prédécesseurs, il a insisté surl’uroscopie.
Le traité de la petite vérole et de la rougeole est capital. Razès décrit un ensemble de fièvres éruptives sous le nom commun de varioles et, chose singulière, il ne les regarde pas comme des affections nouvelles, puisqu’il croit les reconnaître dans plusieurs passages de Galien. Il donne de bons préceptes de traitement. Cet ouvrage est le plus ancien que nous ayons sur la variole, celui d’Aaron étant perdu. Je vous ai déjà parlé des notions laissées par les historiens occidentaux sur la variole au vi® siècle, elles précèdent celles des médecins arabes.
La chirurgie de Razès est élémentaire. Il cherchait à reconnaître si le corps était sec et la partie humide, ou inversement, pour déterminer l’onguent ou l’emplâtre auquel il fallait recourir. 11 réduisait les fractures et les luxations avec des machines. Les conseils pour faciliter l’accouchement sont effroyables : si les secousses fréquentes auxquelles on doit avoir recours dans tous les cas n’amènent pas la sortie du fœtus, il faut mettre celui-ci en lambeaux et le retirer partiellement. Razès a indiqué bonnombre de médicaments tirés du règne minéral, ainsi que des préparations pharmaceutiques ; le premier il a mentionné l’eau-de-vie.
Ce qui donne à Razès un mérite hors ligne, c’est l’indication de ses devanciers grecs, persans, indiens. Quant à ses prédécesseurs immédiats, leur nombre est plus considérable que l’on aurait pu le supposer.
Nous avons les titres de 220 ouvrages de Razès. Le Djaini et le- Fakhir n’ont pas été traduits. En résumé, aucun médecin arabe n’a surpassé Razès ipii a frayé la voie et (jui a rénni l’érndition et l’expérience.
Ali, filsd’Abbas (Ali ben el Abbas el Madjoussy), surnommé le Mage ou le Magicien, est [loslérieur de cinquante ans environ
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à llazès et d’oriçine persane comme lui. Son ouvrage en vin^t livres, intitulé le Maleky ou le recueil royal, est dédié à Adliad Eddoula, émir de Bagdad. C’est un système complet de médecine d’après Galien et ses successeurs. Ali Ahbas expose, avec beaucoup de méthode, la médecine entière au point de vue théorique et surtout pratique. « Les jeunes médecins, dit-il, doivent étudier longtemps dans les hôpitaux : c’est là que j’ai recueilli la plupart de mes observations. » 11 ajoute qu’il s’est conformé aux préceptes de la médecine grecque, en la modifiant pour l’accommoder au climat et ne s’en écartant que pour la matière médicale enrichie par une quantité de médicaments nouveaux. Ce recueil royal, le Malekij, est certainement supérieur par le côté pratique à l’ouvrage si célèbre d’Avicenne dont je vais vous entretenir.
Avicenne (Al Hussein Abou li Ben Abdallah Ebn Sina) a été surnommé le prince des médecins (B.eys, prince, et Cheikh, maître). 11 est né à Bokhara, dans le Khorassan, en 980 et son principal ouvrage a dominé en médecine pendant plus de dix siècles. Son père lui donna une éducation très soignée; l’enfant se vantait de savoir le Coran par coeur, à dix ans. Avicenne apprit rapidement la grammaire, la dialectique, la géométrie d’Euclide, l’astronomie de Ptolémée, puis l’arithmétique avec les chiffres indiens devenus, avec quelques changements, ceux des Arabes. A vingt-deux ans, il perdit son père, il vint étudier la philosophie et la médecine à Bagdad. Travaillant avec persévérance, il prenait la nuit d’abondantes boissons pour chasser le sommeil. 11 eut de bonne heure de grands succès pratiques; on a dit de lui qu’il guérit le neveu d’un khalife d’une maladie causée par l’amour. Nous avons vu attribuer pareille cure à Hippocrate et à Galien. Quelque temps après il fut élevé à la dignité de vizir et il jouit de la plus grande considération; mais il tomba tout à coup du faîte des honneurs au fond d’un cachot. L’émir avait conféré le you-
vernement de la contrée natale d’Avicenne à son neveu; celui-ci s’était attaché Avicenne en qualité de médecin, lorsque l’émir, mécontent de la conduite du nouveau gouverneur, résolut de s'en défaire par le poison et par la main d’Avicenne. Le médecin, ne voulant manquer ni au souverain ni à son client, garda le silcïice et ne commit pas le crime. Le neveu, instruit du projet de son oncle, punit Avicenne du secret qu’il lui en avait fait. D’autres ont dit qu’il avait favorisé une sédition. Quoi (pi’il en
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soit, il s’écliappa de sa prison sous l’habit d’un sufi et atteignit Ispahan. L’émir l’accueillit bien et lui donna une maison, finalement Avicenne avait su reconquérir tout ce qu’il avait perdu. Pendant les dernières années de son existence, il composa ses ouvrages déjà commencés sur la médecine et les autres sciences. Enfin, après une vie agitée, livrée aux excès du travail et des plaisirs, il fut atteint de dysenterie et mourut à Hamdan, en 1036 ou 1037, âgé seulement de cinquante-huit ans.
Laissant de côté ses publications philosophiques, je puis vous dire que son ouvrage considérable intitulé Canon ou Règle a été uu classique par excellence. Avicenne a été jugé diversement; pour les uns, c’était un second Galien; d’autres ont dit qu’il avait été louche en médecine et aveugle en philosophie. Les circonstances ont favorisé l’ouvrage d’Avicenne parce qu’il formait un traité complet. Au moyen âge, les médecins s’en tenaient volontiers aux décisions d’un auteur qui dispensait de toute espèce de recherches et qu’on regardait comme un oracle. Le Canon contenait la majeure partie de ce qui avait été dit jusqu’alors par les médecins grecs et arabes; l’ordre qui y règne s’accordait avec l’esprit scolastique. En résumé, si le Canon d’Avicenne est mieux ordonné que le Continent de Razès, Avicenne doit plus à la lecture qu'à la pratique personnelle. Ali Abbas, inférieur à Razès, est supérieur à Avicenne.
Avec une intelligence précoce, Avicenne avait de vastes connaissances; mais, s’il raisonne et discute beaucoup, il avait légèrement observé, et, en somme, il ne montre pas d’originalité. Sa physiologie est celle de Galien, encore plus raffinée. Quand il s’écarte de Galien, il est dirigé par Aristote; comme ce dernier, il accorde trois ventricules au cœur. Sa pathologie n’est pas moins féconde que sa physiologie en subtilités outrées. Il compte quinze espèces de douleurs. Ses descriptions sont moins complètes et moins exactes que celles de Razès et d’Ali Abbas. Je dois une mention aux affections des organes génitaux qui ne se rencontrent pas chez ses prédécesseurs et que le voluptueux Persan connaissait mieux (jue beaucoup d’autres médecins. La matière médicale est abondante avec les acquisitions faites parles Arabes : purgatifs doux, loochs, sirops, alcoolats, camphre, emplâtres, collyres, usage du lait, du sucre, etc.
Après Avicenne, dont le Canon eut tant d’autorité au moyen
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Ag-e sur la pratique et l’enseig'iiemeul de la médecine, je citerai Mésué le jeune, fds de Ilamech, qui vécut au Caire auprès du kluilife El Hakeni, puis Sérapion le jeune. Mésué a écrit sur la matière médicale et la médecine pratique ; il est mort à Tag-e de quatre-ving-t-dix ans, Tan 1015. Sérapion, bien distinct de son homonyme du ix’’- siècle, a laissé un traité des médicaments et de thérapeutique g'énérale.
Parmi les médecins arabes orientaux, il y a eu, au xiii' siècle, des érudits et des historiens que vous devez connaître, car leurs écrits ont une grande importance. Ce sont : Abd Ellatif, né ainsi que mort à Bag’dad (1161-1231), écrivain abondant; Djemal Eddin ebn el Koftliy, mort en 1248, un des plus ardents bibliophiles, auteur du fameux Kitab Tarikii elholiama, ou Livre.de riîistoire des savants. Ebn Abi Ossaïbiah, dont je vous reparlerai, et qui ne fut pas seulement historien, mais encore praticien d’hôpital, est né à Damas en 1203; il mourut en Syrie l’an 1260. Ossaïbiah a composé un ouvrage des plus utiles, intitulé Sources de renseignements sur les différentes classes de médecins, qui, malgré ses défauts, des erreurs de chronologie, de la sécheresse et trop peu de critique, reste un monument unique devant être consulté sur les médecins de tous les peuples, soit les plus anciens, soit contemporains d’Ossaïbiah. Ce livre i-eproduit l’iiistoire la plus complète de la médecine en Orient.
Enfin, je dois une mention à Aboulfaradj fils d’Haroun, vulgairement dit Aboulfarage Grégoire ou Bar Hebræus, qui ne doit pas être confondu avec plusieurs autres Aboulfaradj. Son père était médecin; il le fut à son tour et vint à Damas, où il fut chargé d’un service de malades en même temps que Djemal Eddiii. Philologue, sachant le syriaque, les langues grecque et arabe, il devint par la suite métropolitain des Jacobites. On a de lui une Histoire des dijnasties, sorte de notices universelles, poursuivies jusqu’à la fin du xiri® siècle, mais généralement empruntées au Kitab el lioluuna. Aboulfarage Grégoire est mort à Meraga en 1286.
Comme transition entre les médecins arabes des khalifats d’Orient et ceux de l’Occident, on trouve, en Egypte et dans le Magreb, des personnalités qui ne doivent pas être négligées. C’est ainsi qu’Omar ben Ali est un des spécialistes de rocuIisti(jue ; ^ ^ b‘us tem[)s le pays favorable aux ophlalmies.