I.ES MÉDECINS AKAHES ET l’ÉCüDE DE SALEUNE
Les souverains arabes trailaient g’énéi’alcmeiiL avec déférence et générosité leurs médecins; aussi lafin lamentable d’isliaff ben Amran, an siècle, est-elle nue exception. Originaire de Bagdad, Ishaq ben Amran vint à Kaïrouan, appelé par le sanguinaire Zyadet Allah, qui s’était engagé à le laisser repartir quand il lui conviendrait. Ishaq était chargé de vérifier les aliments du despote, et, dégoûté de cet office, il voulait s’en retourner en Orient. Zyadet décida la mort de son médecin Ishaq ; il lui fit ouvrir les veinesdes bras et le laissa mourir d’hémorragie ; puis il fît mettre le cadavre en croix, le laissant en pâture aux oiseaux.
Maimonide, un des plus beaux noms du judaïsme, mais plus philosophe que médecin, venu d’Espagne en Égypte, nous offre nue des grandes figures du xii® siècle. Maimonide vécut jusqu’en l’année 1204. Il écrivit généralement en arabe.
Constantin l’Africain ne doit point actuellement nous occuper; il eu sera question avec l’école de Salerne.
Le khalifat d’Espagne a été un des pays les plus heureux soumis au joug arabe. El Hakem avait établi à Cordoue une académie qui a fourni des savants distingués; elle attirait de toutes parts les étudiants, comme l’avait fait Bagdad. Au x^ siècle, la bibliothèque de Cordoue était la plus riche de l’Occident et renfermait au moins 284.000 volumes; on a dit plus tard, jusqu’à 000.000, avec 44 volumes pour le catalogue. Séville, Tolède et Murcie avaient aussi des écoles médicales.
Les premiers médecins arabes de l’Espagne arrivèrent de l’Orient comme lounes de Harran, et d’autres, nés sur le sol ibérique, allèrent à Bagdad pour étudier; puis ils retournèrent dans leur pays à l’exemple de Mohammed ben Abdoun.
-Vu XII' siècle vivait Abulcasis ou Albucasis (Aboul Kasem Khalef beu Abbas Ezzahraouyj qui n’est autre que Alzaharavius et qui mourut vers l’an 1013. C’est le premier médecin ainbe dont les écrits ont été publiés à Venise, traduits en latin. Il était né à Zahara, près de Cordoue, d’où l’origine du surnom Ezzahraouy. Nous avons d’Abulcasis l’ensemble de ses œuvres eu trente livres et qui porte le nom de Tesrif. Le premier traité jiublié sur la préparation des médicaments n’est pas une siinjile couqiilalion, il a mérité les éloires de Haller. Puis vient le livre de la théorie
•lOSKPIl-ALKXANDIlE LAHOULUÈ.NE
et de la pratique. Sa cliirurgie, attribuée à Alzaliaravius et qui est sùreineiit abulcasieniie, comprend trois parties : la cautérisation, la médecine opératoire, les luxations et les fractures. Elle nous offre un des monuments scientifiques les plus précieux, ayant comme double mérite riiitroduclion des figures à côté du texte. Albucasis attribue l’abandon de la cbirurg-ie à l’état d’ignorance des médecins pour l’anatomie; il se montre enthousiaste de l’emploi du feu, il indique quarante maladies où il ne voit pas de meilleur remède. Albucasis cautérisait les tumeurs de la lèpre noueuse et de môme les ulcères cancéreux, non sur le milieu, mais à la circonférence. Dans les luxations spontanées, il employait le feu autour des cavités articulaires, il plaçait le cautère actuel sur les gibbosités commençantes, nous dirions aujourd’hui sur le mal de Pott. Le chirurgien arabe donne quatre méthodes pour arrêter une hémorragie artérielle : la cautérisation, la section entière du vaisseau qui alors se rétracte, la ligature et la compression.
Albucasis s’est montré très circonspect à l’égard des amputations des membres.
Le Tesrif restera comme la première expression de la chirurgie scientifique, fondée sur la connaissance de l’anatomie. Les figures dont il est pourvu sont une innovation heureuse, lui assurant toujours un succès mérité.
Eben Guefrth ou Ebn Ouafed (Aboul Motharref Abderrahmann ben Mohammed ben Abel Kebir ben lahya ben Ouafed Ellak'hmy), qui a été encore appelé Abenguefit et de plusieurs autres manières, était de Tolède.
Il s’est appliqué à l’étude de Galien et d’Aristote, et surtout à rechercher l’action des médicaments simples ; il surpassa ses contemporains sur ce sujet. Ses livres renfermaient ce qu’avaient dit Galien et Dioscoride. Eben Ouafed fut élevé à la dignité de vizir et mourut en 1074.
Ce qui caractérise pour nous Eben Guefilh, ce sont ses connaissances en matière médicale et en thérapeutique. Je dois vous dire cependant qu’il a poussé très loin les distinctions subtiles; il établissait des différences au moins singulières entre les effets des médicaments et ceu.x des substances alimentaires. Les effets des remèdes A-arient, dit-il, suivant la température; on peut les apprécier par la saveur : la chaleur produit une saveur amère, acre et
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salée ; le froid, une saveur austère, acide et styptiijue ; une température moyenne, une saveur douce et grasse.
Une famille médicale illustre de la fin du xi® et du xii® siècle s’est produite en Espag-ne, rappelant celles des Bakhtichou, des llonein, des Mésué. Les Ebn Zohr sont connus sous le nom d’Avenzoar, et le plus célèbre de tous, l’auteur du Teissir, va nous occuper.
Avenzoar (Abou Merouan Ab ciel Malek ben Abil 01a ben Zohr), né à Penattor, près de Séville, est un observateur ayant plus d’originalité cjue beaucoup d’autres Arabes, et ne copiant pas servilement ses prédécesseurs. Il était juif de religion, fils et petit-fils de médecins. Eu médecine aussi bien qu’en chirurgie, Avenzoar accepte Galien ; mais il le modifie, il le combat, et en beaucoup d’endroits, il se montre hippocratique.
Son père commença, vers l’âge de dix ans, à l’instruire dans son art et lui fit faire bientôt serment de ne jamais employer de poisons. Ce serment vous montre à quel point les empoisonnements devaient être fréc[uents chez les Arabes. On raconte qu’Abdel Moumen voulut user de purgatifs. Avenzoar imagina d’arroser une vigne avec une solution purgative et en fit manger les raisins au khalife émerveillé. Avenzoar parvint à un âge très avancé. 11 fut le maître d’xVverroès et mourut à quatre-vingt-douze ans à Séville, en 1162 ; il fut enterré à côté de son père à Séville, près de la porte de la Victoire.
Le livre d’ Avenzoar porte le titre de Teissi)' ou Tlieïsyr ; il est remaiTjuable, et le médecin de Séville s’y montre plus praticien que théoricien. Il dit avoir saigné son enfant âgé de trois ans seulement et avec un plein succès. En raison de sa haute position, Avenzoar paraît avoir exercé la médecine en médecin consultant ; il dédaignait la pratique des opérations chirurgicales, qu’il considère comme le lot de ses aides; il a le même dédain pour la préparation des médicaments.
Averroès ou Avcrrhoes (Aboul Oualid Mahammed ben Ahmed ben Mohammed Ebn Rochdj est plus philosophe que médecin. C’est le grand commeiitatenr arabe d’Aristote, il était né à Cordoue. Son père était justicier et grand prêtre d’Andalousie ; sa famille élevée occupait depuis longtemps les premières charges de la magistrature. Averroès étudia successivement la jurisprudence, la théologie, les mathématiijucs, la physifjue ; en méde-