‹ Joseph-Alexandre LaboulbèneChapitre 17 sur 85 · I GG · texte numérisé non relu

I GG

Très souvent Gelse oppose aux traiteinenls divers des médecins c(Mix <pii ont élémis en usaçc par lesg-eiisde la cainpaa;ne, et, sans se j)rononcer, il a ({neUpre tendance à les voir employer. Je vous citerai en particulier la manière de traiter les strunuis (livre cliap, xxvrii, ^ 7, p. 370-371), la pleurésie (livre IV, cliap. xiu, p. 238), le mal de dents (livre VI, cliap. ix, p. 43G). De même pour les maladies des yeux, à propos des effusions san«'uines par cause externe (livre VI, chap. vi, ^ 39, p. 421). Ainsi que pour l’emploi du collyre d’Evelpide, il dit qu’en l’absence de médecin ou de médicament, on peut employer le blanc d’œuf ou le lait de femme (livre VI, chap. vi, |8, p. 402. Ce n’est pas là un lan^a^-e d’oculiste expert et s’adressant aux praticiens spéciaux. Ce sont des conseils pour les philiâtres et les gens du monde.

Une dernière preuve vous sera fournie par la description des maladies des parties génitales, partes ob.scenæ. Quoique, à l’époque de Celse,le relâchement des mœurs fut déjà grand, la langue latine n’avait pas encore, « dans les mots, bravé l’honnêteté ». Celse observe que les Grecs ont, pour désigner les parties honteuses, des mots convenables et adoptés par l’usage, mais qui « n’ont pas même l’excuse d’être employés par les personnes qui parlent avec une certaine retenue » (livre VI, chap. xviir, p. 447). Toutefois, cette considération ne le détourne pas d’écrire, « parce qu’il veut embrasser tout le cercle des connaissances qu’il regarde comme salutaires, ensuite parce qu’il importe surtout de répandre dans le public le traitement des affections que chacun ne montre à autrui qu’avec une extrême répugnance » (loc. cit..., p. 447). V'ous voyez nettement à qui s’adresse le Traité de médecine, au [lublic et non au médecin proprement dit.

Celse ne pratiquait pas l’art médical, il s’élève contre les médecins intéressés, qui exercent en vue du gain (livre III, chap. iv, p. '14G) et qui voient trop de clients.

Il vaut mieux d’avoir, dit-il expressémeut (livre I, p. dOl, pour médecin un ami qu’un étranger, utiliorem lamem mcdicum esse amicum quam exlraneum.

Remarquez, messieurs, qu’en ne donnant pas à Celse la quali-, fication de médecin nous revenons au.x idées anciennes. Personne, dans l’antiquité ui même au moyen âge, n’a rangé Celse parmi les médecins romains. Pline, ({ui a cité j^lusieurs fois (Virnelius (ielsus, le place parmi les auctores et jamais parmi les medici. Aucun auteur médical n’a jiarlédc lui, ui chez les Grecs,

(;ki.sk kt son œuvre

ni chez les Latins. (îalien et La'lius Aurelianus, Actius, Oril)ase et Paul d’Etfine «ardent un silence absolu, qui serait inexplicable si (lornelius (ielsus avait été médecin et s’il avait écrit pour des médecins. Le traité De re niedica faisait partie d’une encyclopédie pour les §ens du monde, destinée au public en général, aux philiàtres en particulier.

Lorsque le Traité de Celse sur la médecine, le seul cjui nous soit parvenu, fut imprimé, puis répandu, on le trouva si parfait et tellement supérieur à ce qu’on possédait en langue latine sur les sciences médicales, qu’il fut admis d’emblée parmi les classiques du premier ordre. On ne s’inquiéta pas de savoir si l’auteur était un praticien, voué à la profession médicale. Puis, on s’aperçut que l’auteur du Traité de la médecine était le même que le Oornelius Celsus de Columelle, de Ouintilien et de Végèce, et alors, d’un commun accord, les savants reconnurent que Celse n’était pas médecin.

Les érudits conservaient cette opinion, tandis que les médecins qui lisaient, qui étudiaient Celse ne pouvaient imaginer que l’auteur le plus exact, le mieux renseigné qu’ils avaient entre les mains n’eût pas été un homme de métier. Daniel Leclerc Schulze et la plupart des historiens médicaux qui suivirent partagèrent et propagèrent cette idée ; dix-sept siècles après Celse, on a pensé pour la première fois qu’il était médecin ; mais nous devons aujourd’hui, avec Van der Linden, Bianconi, Dezeimeris, Broca Daremberg, reconnaître le contraire.

Celse était donc un compilateur, mais un compilateur de génie. Si le Traité de la médecine ne renferme presque rien d’original, s’il est une traduction des Grecs avec les réflexions de l’auteur, fort sensées, fort justes le plus souvent, ne nous étonnons pas que ceux qui avaient sous les yeux les sources où Celse avait puisé ne l’aient pas cité,

Cornélius Celsus, très instruit, n’était pas plus médecin qu’agronome ou guerrier. C’était un ami des sciences, un de ccsphiliâtres indiqués par Galien, qui, soit à Alexandrie, soit à Rome, et plus tard en Italie ou dans les Gaules, s’instruisaient des choses de la médecine dans les livres plutôt qu’au lit des malades. Les philiâtres discouraient médicalement; ils pouvaient traiter leur famille et leurs amis, comme nous le verrons faire à fiaton le Censeur. Celse n’a été ni un praticien occupé ni un simple amateur. Sans expérience chirurgicale il expose admirablement ;

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mais il décide raieinent cl. sc laisse ''uider [)ar son l)oii sens, surtout dans les ([uestions toucliant à l’Iiyg’iène.

On a dit de (iOrnelius (^elsus qu’il était le (acéron des médecins, Cette appellation me paraît inexacte, elle pourrait avec j)lus de justesse s’appliquer à Pline. Au contraire, la rpialification d’Hippocrate latin me paraît mieux caractériser Cielse,

Le traité de Celse, De re inedica, comprend huit sections ou livres, divisés en chapitres et sous-divisés en parag'ra[)hes. La chirurg-ie, quoique moins étendue, a été, de la part des traducteurs français, l’objet de soins particuliers avec accompagnement de figures et représentations d’instruments. Sans la négliger, je tiens à insister sur la médecine proprement dite.

Le I®*' livre de la médecine est le sixième de l’ouvrage général des Arts. C’est en quelque sorte un résumé d’hygiène qui s’ouvre par une préface, prœfatio ou præmium, des plus remarquables, par un aperçu historique et la recherche de la meilleure doctrine médicale.

Les littérateurs ont célébré, comme les médecins, cc præmium qui a été qualifié d’admirable, dans lequel Celse a exposé l’hi.stoire de l’art médical depuis les temps anciens jusqu’à son époque, en citant Esculape, mis au rang des dieux, ses deux fils Podalire et Machaon ; les philosophes Pythagore, Empédocle et Démocrite, très versés dans la médecine ; Hippocrate, de Cos, remarquable par le savoir et l’éloquence, qui sépara la médecine de la philosophie, c’est-à-dire qui l’affranchit de la tutelle des philosophes. Depuis lui, Dioclès de Caryste, puis Praxagore et Chrysippe exercent notre art. Celse nous fait connaître l’Ecole d’Alexandrie avec Hérophilc et Erasistrate : c’est, dit-il, à cette époque que la médecine fut divisée en trois parties. Enfin il parle de ses prédécesseurs immédiats et de ses contemporains.

Dans son examen des doctrines médicales, Celse discute tour à tour le dogmatisme hippocratique, scrutant la nature même des choses; l’empirisme, rejetant le raisonnement et n’admettant que les expériences et le méthodisme introduit par Asclépiade et auquel Thémison « a tout récemment dans sa vieillesse apporté quelques modiricalioiis ». Quoi qu’on en ait dit, et le texte sous les yeux, vous verrez que Ce'se n’est pas tendre pour les méthodistes, bien qu’il cite et qu’il adopte ])lusieurs fois les opinions d’Asclépiade. \\cc une sagacité rare, ( lelse réfute tour à tour les hypothèses exagérées des dogmati([ues, les illusions des emj)iri-

(JALIEN ET S(5N (ECVUE

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(jiies, mais aussi les préleiitious outrées des mélliodi(jues (|ui u’adiuelteiil « que les caractères commtius des maladies, caractères qui sont de trois sortes : le resserrement, le relâchement et un état mixte ». Celse déclare (ju’il veut le raisonnement appuyé sur l’expérience; son « avis, sans adhérer à runc on l’antre doctrine, ne s’éloigne trop d’aucune d’elles et tient en quelque sorte le milieu entre les sentiments extrêmes », retenant de chacune ce qu’il y a de meilleur. Il n’est donc ni dog-matistc, ni empirique, ni méthodiste ; étant tout cela, il conservera en tout temps sa liberté de penser, mais il ne s’enrôlera sous aucune bannière particulière.

Je dois vous faire remarquer la division de la médecine indiquée par Celse. Des controverses nombreuses se sont élevées à ce sujet ; voici le texte ; « La médecine fut divisée en trois branches (partes) ; l’nne guérissait par le rég-ime; l’autre par les médicaments ; la troisième par les opérations manuelles. La première reçut des Grecs le nom de ^laiTriruv?, la seconde celui de tpafp-axeux-wr/, la troisième celui de j^afoupy-xr) ». (Liv. L'', préface, p. 23, édit. Védrènes.) Pour Daniel Leclerc, Spreng-el, Haller, Choulant et le plus grand nombre des historiens, ce passage prouverait une division de la médecine en trois branches répondant à trois catégories de praticiens traitant les malades, les uns par l’application du régime suivant l’extension ancienne de ce procédé, les autres employant les médicaments extérieurs, les derniers pratiquant les opérations. Hocher émet une opinion moins exclusive, et qui me paraît juste : d’après lui, cette division de la médecine en trois parties ne devait pas fournir trois classes d’hommes de l’art, mais il résultait de ce partage que chacun s’attacha plutôt à l’une des branches qu’aux autres et conti’ibua de la sorte à un perfectionnement spécial.

Pour se former unè opinion impartiale à cet égard, il nous faut rechercher dans Celse comment il expose et comprend la division de la médecine. Or, la moitié de son Traité, soit les quatre premiers livres, correspond, ainsi que nous le verrons bientôt, aux maladies internes, à celles qui relevaient du régime (diététique). Dans les livres intermédiaires se trouvent les maladies externes exigeant l’emploi des topiques et des moyens extérieurs (pharmaceutique). Les derniers livres exposent ce que nous appelons la méflecine opératoire (chirurgique ou chirurgie). Mais notez, (lès à présent, ce fait qui vous frappera : les matières de

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cliaciine dos soclioiis no soiil ])as noUonient séparées, elles sont fort souvent mélangées entre elles. De plus, l’anteiir dit expressément, dans l’exposé de sa pliarmacentiqne : « 11 importe avant tout de savoir que toutes les parties de la médecine sont tello ment liées entre elles, (pi’il est impossible de les séparer entièrement et que chacune tire son nom du système curatif auquel elle demande le plus. Par exemple, celle qui traite par le régime emploie quelquefois les médicaments; de meme, celle qui lutte à l’aide de ces derniers doit aussi faire intervenir le rég-ime, dont l’iitilité est d'un grand secours dans tous les maux qui affligent le corps. » (Liv. V, p. 281, édit. Védrènes.) Nous devons conclure, par Celse lui-même, qu’il s’agit, en définitive, d’une division scientifique et nosologique des maladies, fondée sur la thérapeutique, ayant pour but de permettre une classification plus ou moins régulière, malgré des empiétements nombreux et réciproques des trois sujets d’études. D’ailleurs, l’histoire nous montre les médecins de l’antiquité grecque, illustres ou obscurs, pratiquant toutes les branches de l’art de guérir. Il n’existait pas de distinction acceptée ou consacrée par l’usage ; les médecins étaient également chirurgiens. Toutefois il faut reconnaître et apprécier les grands progrès que les découvertes anatomiques de l’École d’Alexandrie avaient fait faire à la chirurgie qui, nous dit encore Celse, « à cause de la grande extension qu’elle avait prise, fut consignée dans des livres spéciaux ». Il est sûr que si, du temps de Celse, des praticiens ont été appelés chirurgiens, à cause d’aptitudes individuelles, la majorité exerçait la médecine tout entière et dans son ensemble. J’ajoute, enfin, que, pour Galien qui nous donne une longue liste des spécialités médicales, ces spécialités ne sont pas des parties distinctes de la médecine qui est une, quelles qu’en soient les divisions. Galien admet, comme Celse, une division scientifique de la médecine, fondée sur la diversité des moyens thérapeutiques, mais non une division matérielle et nettement séparée.

Sprcngcl est dans l’erreur quand il croit que la pharmaceutique pouvait répondre à la rhizotomie, à la pharmacopolie antiques, et plus ou moins comparable à notre apolhicairerie ou pharmacie. Celse dit positivement en tête du cinquième livre que la pharmaceutique est la branche de la médecine qui combat les maladies l)rincipalement par les médicaments : « Passons maintenant, ditil, à celte partie de la médecine ([ui lutte jilutot à l’aide des

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inédicainents. » 1^'liistoire dos inédicanienls osl ici joitile à la nosographie comme dans la première ptirtie : la matière de l’hyi;iène (‘st jointe à la diététique. Les rhizotomes anciens n’étaient [)as médecins, et leur rôle était secondaire; ils recueillaient les plantes qu’ils vendaient sur le marché soit au public, soit aux médecins. Les pharmacopoles tenaient toute espèce de dro'ji'ues [)remières, mais du temps de Celse ne préparaient pas d«' médicaments. J’insisterai bientôt sur ces questions.

Kevenons à l’exposé rapide du traité De re medica. Après le præntium, le premier livre vous offrira dans la succession des principaux chapitres ; De quelle manière l’homme sain doit se conduire et de quelle manière les personnes délicates. — Observations concernant le tempérament, l’àge et les saisons, — pour ceux qui ont la tête faible, — qui souffrent des yeux, de coryza, de catarrhe de la gorge, de maux d’estomac, de flux de ventre. — Conseils sur le chaud et le froid de l’air, — sur la conduite à tenir en temps d’épidémie pestilentielle.

Dans le IL livre de la médecine, Ariium liber sepUmits, Celse a exposé les signes de la maladie et les secours généraux. Il fait de continuels emprunts aux Livres hippocratiques, aux Aphorismes, au Pronostic, aux Prorrhétiques. Il passe en revue les saisons, les âges, les tempéraments, qui mettent à l’abri de la maladie, ou, au contraire, qui y disposent davantage. Il recherche les signes prémonitoires delà maladie, — les bons et les mauvais signes dans les maladies et les fièvres, — les signes qui annoncent qu’une maladie sera longue, — les indices delà mort, — les signes propres à plusieurs espèces de maladie, — les symptômes qui font espérer le retour à la santé ou craindre quelque danger.

Le régime ou la diététique est toujours opposé aux états morbides qui précèdent; mais, ainsi que je vous l’ai dit, et sans être astreint à un ordre absolu, Celse passe à la saignée par la veine. Ce chapitre est curieux par sesdéveloppements ; l’auteur indépendant est peu soucieux des doctrines sur la révulsion et la dérivation. En principe, il recommande la saignée du bras pour les maladies générales, et le plus près possible de la partie malade pour les affections locales. Puis viennent les ventouses, d’un emploi fort ancien, car Hippocrate en parle comme d’un moyen thérapeutique depuis longtemps en usage ; les premières paraissent avoir été de corne. — De la purgation, — Du vomissement,

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aiiqiu'l on avait, recours inènie en santé, — De la friction, sur la(|uelle Asclépiade a insisté, mais (|ni est due à Hippocrate. — De la ”-estation et de ses diverses espèces : en bateau, en litière, en chariot, dans un lit suspendu. — De la diète, — Des moyens de provoquer la sueur. — Des aliments et des boissons, tant de bon suc que de mauvais suc, doux, acres, etc. — Des attractifs, des astring-ents, des émollients, des écbaulfants, de ceux qui durcissent et de ceux qui assouplissent les tissus.

Nous venons de voir, dans ce deuxième livre, des principes de pathologie et de thérapeuti(pie générales. Le livre III reid’errne une pathologie plus spéciale avec limites assez distinctes et un traitement approprié.

Les Grecs, dit Gelse, ont partagé les maladies en aiguës et en chroniques; mais il y a un plus grand nombre de classes. Il les divise en celles qui affectent tout le corps et celles qui n’en intéressent qu’une partie. Il montre comment on reconnaît si les maladies augmentent, si elles restent stationnaires ou si elles diminuent. Il s’occupe des différentes espèces de fièvres et des diverses manières de les traiter. — Du temps où il convient de donner des boissons aux fébricitants. — Du traitement des fièvres pestilentielles, de la fièvre demi-tierce, des fièvres lentes, de la fièvre quotidienne, de la fièvre tierce, de la fièvre quarte, de la fièvre double-quarte. Remarquez la netteté des types indiqués pour les fièvres à malaria.

Je mentionne, parmi les chapitres dn livre III, les suivants qui vous intéresseront au point de vue historique : Des trois espèces de folie. — De la maladie cardiaque, xaf(îiaxôî des Grecs, où on retrouve les symptômes de la suette. — Des hydropiques. — De la consomption et de ses espèces. — Du mal comitial, ainsi nommé parce que les comices romains étaient dissous lorsque quelqu’un tombait en épilepsie dans ces assemblées, pour éviter le malheur dont on croyait que cet événement était le présage. — De l’ictère, mal royal. « Il (le malade) aura un lit et une chambre ornés avec goût; il se livrera anx divertissements, aux jeux, aux amusements et aux plaisirs qui procurent à l’esprit des distractions agréables ; voilà pourquoi cette maladie semble avoir été surnommée royale. » (Liv. III, chap. xxiv, p. 202, édit. Védrènes). — De l’éléphantiasis. — De la résolution des nerfs : générale, àTroT^-n^la ; locale, TrxpâXuoiç. — Des douleurs de nerfs, du tremblement Tierveux. — Des suppurations internes.

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Le 1V“ livre de la médecine, LV livre des arts, déimie par une ilescriplion des parties intérieures du corps lumiain, curieuse pour l’époque. Cettedcscriplion indique les connaissances anatomiques dues à l’École d’Ale.xandric; elle est rapportée par Celse pour faciliter la connaissance des maladies de tous les org-anes internes et le traitement qui leur convient. Puis viennent : le traitement des maladies de la tête. — Du rhume et de l’enclii- Irènement. — Des maladies du cou, des maux de gorge et de l’angine. — De la difficulté de respirer, (îû^Tcvota, SaGfjia, iç,0o7rvoia. — Des ulcères de la gorge, pour lesquels Celse cite Asclépiade, mais dont il n’adopte qu’en partie les idées. — Des maladies de l’estomac. — De la douleur de côté, TcvrjprTtî. — De l’hépatite. — De la rate malade. — Des maladies des reins. — Des maladies des intestins, et d’abord du choléra (uniquement nosiras). — De la dysenterie, de torminibus. — De lalienterie. — Des vers dans le ventre, indication des vers plats et ronds. — De l’hystérie. — De l’écoulement trop abondant de semence. — Des douleurs de la hanche (coxalgie) et des genoux, des mains et des pieds (surtout goutteuses). — De la manière de restaurer un convalescent.

Le livre V'* énumère les propriétés des médicaments, tandis que les précédents ont eu en vue le régime (diététique). C’est par ce livre que commence la pharmaceutique, branche de la médecine employant surtout les médicaments externes. Érasistrate et aussi Mérophile ne traitaient sans leur secours aucune maladie. Asclépiade avait exclu en grande partie leur usage. Dès le temps de Celse les médicaments étaient fort composés, rarementsimples. La polypharmacie a toujours plu à la majorité des malades.

^ ous verrez successivement : les remèdes hémostatiques, les agglutinatifs des plaies, — les maturatifs et suppuratifs, les apéritifs (des bouches des vaisseaux), — les détersifs, rongeants, corrosifs, caustiques, escharotiques, discussifs, attractifs, expulsifs, lénitifs, — les incarnatifs (faisant renaître les chairs), les émollients.

Un chapitre important est celui du mélange des simples et de la valeur des poids. L’once romaine pesait sept deniers. Celse a divisé le denier en sixièmes ou sextants ; chacpie sextant pèse, de la sorte, autant que l’ôSoXôç des Grecs. J’ajoute ({ue le triens vaut deux sextants.

Vous trouverez une longue suite de Malagmcs (analogues aux cata[>lasitjes et faits avec des plantes), — (r(;mj)h\tres et de pas-

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tilles (composés principalement avec des substances métalli(pjes),

— de pessaires. — Des mixtures sous l’orme sèche, — Des gargarismes. Je vous signale encore : les antidotes qui remédient à des accidents extrêmement graves. Le premier qu’indique Delse contient vingt-neuf substances : le second, ou antidote d’ambroisie, fut imaginé par Zopyre pour un roi Ptolémée; le troisième et le plus renommé est l’antidote de Mithridate qui, en le prenant tous les jours, se mit, dit-on, à l’abri du danger des poisons. Det antidote renfermait trente-quatre substances broyées ensemble et incorporées à du miel. — Les acopes, liquides avec lesquels se font les onctions, — Les catapotes, âvcüiîuva, anodins, qui calment la douleur et qui ont aussi d’autres usages.

J’ai eu soin de vous prévenir que la médecine et la chirurgie, telles que nous les comprenons, sont mélangées dans l’œnvre de Celse. En voici une nouvelle preuve. Après cette exposition de médicaments, il examine les troubles morbides auxquels le corps est sujet et il commence par les blessures. Il s’occupe tour à tour des blessures incurables, des blessures difficiles à guérir, des blessures dont la guérison est la plus sûre. Celse recherche l’inlluence de l’âge, de la constitution, du genre de vie et de la saison ; il expose les signes des blessures internes, des blessures du cœur, des poumons, du foie, des reins, de la rate, de la vessie, de la matrice, du cerveau, de la moelle épinière. Les caractères du sang, de la sanie et du pus étant appréciés, Celse donne la manière d’arrêter l’hémorrhagie dans les plaies ; après l'emploi de plusieurs moyens, il dit expressément ; « Si l’hémorrhagie résiste, il faut saisir les vaisseaux qui fournissent le sang, les lier en deux endroits autour de la plaie et les couper dans l’intervalle, afin qu’ils se rétractent, tout en ayant leurs orifices fermés. » (Liv. V, chap. xxvi, | 21, p. 336.) Remarquez bien que Celse décrit la ligature des vaisseaux comme étant usuelle; c'est probablement à l’Ecole d’Alexandrie qu’en revient l’invention. Evelpide passe pour l’avoir apportée à Rome.

Puis viennent les traitements contre l’inflammation des plaies,

— les procédés de réunion, — la manière de bander les [)laies,

^ suivies de l’hygiène du blessé et du pansement. Les ulcères et

leur traitement, celui de l’érysipèle, de la gangrène, des plaies compliquées complètent ce chapitre.

L(; suivant vous oll’rira de curieux renseignements. Il s’agit des plaies (pii [iroviennent de morsures, soit de l’homme, soit du

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singe, souvent du eliien, quelquefois des hèles féroces ou des serpents. I.e traitement de la morsure du ^chieii enragé est extrêmement remarquable : extraire le virus avec une ventouse et cautériser par le feu. Celse parle de la rage, f[ue les Grecs appellent ûôpo'fô,3ouç, « maladie des plus tristes, dans lacpielle le malade est à la fois tourmenté par la soif et la crainte de boire et où il ne reste (ju’un faible espoir au malheureux blessé ». (Liv. V, cbap. xxvri, § 2, p. 3o4.) Le traitement des morsures de serpents, de la piqûre de l’araignée et du scorpion, les remjèdes contre certains poisons précèdent le traitement des brûlures.

Oise avait reconnu cinq espèces de troubles du corps. Nous venons de voir le premier par cause externe ; les autres proviennent soit d’altération par cause interne comme dans le cancer, soit par production d’un corps étranger; tantôt par excès quand une veine tuméfiée tourne en varice, tantôt par défaut comme lorsqu’un organe est trop court. Fidèle à cet arrangement, Celse s’occupe des ulcères par vice interne ; il y place le charbon, maladie importée, le carcinome, le thériome, le feu sacré et l’ulcère chironien, qui sont énigmatiques, — puis les strumes, le furoncle, le phvma, les abcès et les fistules.

La fin du V® livre traitait de plusieurs affections générales de la peau; des différentes espèces de pustules, pustiUœ, è^âvQnfAades Grecs, — de la gale, scabies, «yf-G, — des papules, — des formes du vitiligo, àltfôç, fji£>a;, Xtijxy), SUC lesquelles l’accord historique n’existe point encore.

Le VF livre commence par la description d’autres éruptions cutanées : du prurigo, — du sycosis, — de l’area, — des boulons et éphélides. Mais Celse est bien plus utile à connaître dans les descriptions qui suivent pour les maladies de chaque partie du corps, surtout des yeux, des oreilles, des organes des sens, à l’intégrité desquels les Romains tenaient beaucoup.

L’oculistique est fort développée ; il donne un grand nombre de collyres, collip’ia, d’après Denys, Cléon, Théodole, et surtout Erelpide, « le plus grand médecin oculiste de l’époque ». Les collyres trygode, celui appelé fxtfxtypvoç, les collyres chiron, sphœrion, un dernier collyre liquide étaient tous fl’Evelpide. 11 y avait encore le collyre philalèthe, le collyre cylhion ou téphrion, celui d’Hermon, celui de Nilée, le meilleur de tous et beaucoup d’autres. Je vous engage à parcourir les chapitres relatifs à la cataracte, mi/f'usio, — à la mydi-iase, — à l’héméralopie, etc.

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JjCs maladies des oreilltîs, la surdilé, les hourdomiernenls, la manière d’extraire les corps étrangers auriculaires précèdent les maladies des fosses nasales, leurs productions cliarnues, polypes, carnncAilœ carnosissimœ, — le mal de dents, « qu’on peut rang-er parmi les plus atroces tourments, » — les ulcères buccaux, comprenant les «tpGai des Grecs, commençant par les gencives, envahissant le palais et la bouche, — la gangrène buccale, — les parotides, etc.

Après avoir parlé de la saillie de l’ombilic et donné la formule d’un emplâtre pour éviter d’en venir à une opération ou à l’emploi du cautère actuel, Gelse arrive aux affections des parties génitales, C’est ici qu’il dit expressément : « Les Grecs ont... des expressions assez convenables et déjà acceptées par l’usage... il est assez difficile d’exposer ce sujet si l’on veut concilier la bienséance avec les préceptes de l’art. » (Liv. VI, chap. xviii, p. 447.) Le mérite de Celse est grand pour être parvenu à faire passer en latin des choses que les Romains ne pouvaient dire et bien connaître faute de mots acceptés; il n’a pas hésité devant la défaveur et presque le scandale d’une description des maladies des parties honteuses.

Les maladies de la verge, cotes, gangrène, phagédénisme, callosité, etc. ne me paraissent pas se rapporter à la syphilis, mais plutôt aux ulcérations vénériennes non spécifiques. Les maladies testiculaires et de l’anus, lesrhagades, les condylômes, les hémorrhoïdes sont traités par les bains, les emplâtres, les médicaments caustiques. Enfin, le traitement des ulcères des doigts, ougle'incarné, par l’alun, les esçharotiques, au besoin par le scalpel et « la cautérisation avec des fers déliés », termine le VL livre et clôt la pharmaceutique.

Le VIL livre De re mecUcina, ou XIL- livre Avlium, se rapporte ainsi que le suivant à la médecine opératoire, Celse y trace l)rièvement l’histoire de la chirurgie. « La troisième partie de la médecine est celle qui guérit par le secours de la main... branche bien que la plus ancienue... cultivée par Hippocrate, avec plus de soin que par ses devanciers... Elle fit aussi des progrès en Egypte, dus principalement aux travaux de Philo.xène, qui l’expo.sa en plusieurs volumes avec beaucoup de talent. Gorgias, Sostrate, Héron, les deu.x Apollonius, Ammon d’.Vlexandrie et beaucoup d’autres hommes célèbres l’enrichirent aussi chacun de (juehpies découvertes. A Rome également, des maîtres d’un méi-ite réel.

CELSE ET SON ŒUVRE

et, dans ces derniers temps surtout, ïryphon le père, Evelpide, et, comme on peut en ju^er d’après ses’ travaux, Még'ès, le pins savant de tons, contribuèrent par des changements heureux aux prog-rès de celte science. » (Liv. VII, cliapitre i«b p. 461-462, édition Védrènes.)

Le portrait du bon clururgien est tracé de main de maître. « Le chirurgien doit être jeune, ou du moins assez voisin de la jeunesse; il faut qu il ait la main ferme, prompte, jamais tremblante; la gauche non moins habile que la droite ; la vue nette et perçante; l’esprit hardi ; le cœur assez compatissant pour vouloir la guérison de son malade, mais non au point de mettre, sous 1 émotion de ses cris, plus de précipitation que la circonstance ne le comporte, ou de moins retrancher que le cas ne l’exige ; en un mot, il doit tout faire comme si les gémissements du patient ne l'impressionnaient pas. Peut-être demandera-ton quel est le domaine propre de cette branche, puisque les chirurgiens revendiquent pour eux le traitement de beaucoup de plaies et d’ulcères dont j’ai parlé ailleurs? Pour ma part, je crois que le même homme peut suffire à tout ; et, puisqu’il y a des divisions, je loue celui qui en embrasse le plus. » {Loc. cit., p. 462-463.)

Après cet exposé, Gelse donne le traitement des entorses, — des tumeurs spontanées, avec la manière de les ouvrir et de les guérir, — les bons et les mauvais signes de la suppuration. Les fistules en général, les fistules thoraciques, abdominales, celles de l’anus l’occupent ensuite ; puis vient la manière d’extraire les traits, flèches, traits à fer large ou empoisonnés et les autres espèces de projectiles. Ce chapitre est curieux à étudier.

L’auteur latin examine tour à tour : les tumeurs de la tête nommées ganglions, mélicéris, athéromes etstéatomes, — les maladies des yeux curables par une opération; kystes palpébraux ; le tubercule du bord ciliaire, nommé xpi0r, par les Grecs, à cause de sa re.ssemblance avec un grain d’orge; l’onglet des yeux, izvz^vyiov ; l’encanthis; l’ankyloblépharon; l’ægylops ; l’irritation causée par les cils déviés; la lagophlhalmie ; l’ectropion; le staphylôme ; les clous de l’œil ; la cataracte ; la lippitude. — Et ensuite les maladies de.s oreilles curables par une opération. — La manière de restaurer les mutilations des oreilles, des lèvres et du nez, — les polypes des fosses nasales, — l’ozène.

Dans le chapitre des affections de la bouche, qui se traitent par des opérations, se trouvent indiquées: les dents ébranlées ; l’in-

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duration des toiisillcs ; riidlainination delà luette; la langue bridée parle filet; l’abcès sous-lingual, grenouillette. — Puis viennent ; les affections du cou; les affections de l’ombilic; la manière d’évacuer l’eau chez les hydropiques.

Les plaies pénétrantes de l’abdomen et des intestins; la rupture de la membrane interne ; les varices de l’abdomen, sont à lire, ainsi que l’exposé des maladies des testicules et les opérations qui se pratiquent sur ces organes. Il en est de même pour le traitement de la descente de l’intestin ou de l’épiploon dans le scrotum; de la hernie aqueuse; du cirsocèle et de la castration. Je vous recommande les opérations ([ui ont pour but de recouvrir le glan découvert, paraphimosis, — de découvrir le gland, (plfAwaiç, — de pratiquer l’infibulation.

Les fissures calleuses de l’anus ; les condylomes ; les hémorrhoïdes; le traitement des varices ; de l’adhérence et de la rétraction des doigts ; l’amputation des membres après la gangrène, terminent ce livre Vil, un des plus instructifs de l’ouvrage de Celse.

Le livre VIII de la médecine, XIIP livre des arts, commence par un traité d’ostéologie. Après avoirdécrit la position et la forme de tous les os du corps humain, l’auteur s’occupe de l’altération et de la corruption des os, des signes auxquels on les reconnaît, et de leur traitement; — des fractures, fissures, perforation et contusion des os.

La manière d’exciser les os par la trépanation forme un chapitre très intéressant. Il est suivi du traitement des fractures du crâne, du nez, du maxillaire inférieur, de la clavicule, des cotes, de la colonne vertébrale, et des divers os des membres supérieurs et inférieurs.

L’étude des luxations, luxations complètes dans lesquelles ossa movenlnr sedibiis suis, est faite de la tète aux mains et aux pieds, en commençant par la luxation du maxillaire inférieur; — puis celles de la colonne vertébrale, du bras, du coude, du fémur, du genou, etc., sont complétées par les luxations accompagnées de [)laies.

Lelte brèv'e et sèche énumération des VIL et \1IL livres de (lelse, ayant [)lus particulièrement trait à la chirurgie, ne peut vous en donner qu’une idée imparfaite. Il vous faudra lire et relire la plupart des cluq)i très, et vous serez surpris des ressources (jue [)réseutait alors la médecine opératoire.

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